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Fièvre de l’or et quête de justice : La lutte de la société civile hondurienne pour une exploitation minière responsable
Au moins, dans le cas des envahisseurs espagnols, c’était leur vision géopolitique et anthropologique différente qui les amenait à penser que nos possessions leur revenaient de droit; dans ce cas-ci, c’est notre propre gouvernement qui donne nos biens sans rien exiger en retour. 
Le cardinal Oscar Andres Rodriguez,
mai 2005
Du 9 au 13 septembre 2007, trois parlementaires du Canada et du Royaume-Uni se sont rendus au Honduras dans le cadre d’une mission d’observation sur les questions minières. Il s’agissait d’Alexa McDonough (Canada, NPD, Halifax), porte-parole du NPD pour les affaires étrangères et le développement international; Keith Hill, (R.-U., travailliste, Streatham), secrétaire personnel parlementaire de l'ancien premier ministre Tony Blair; et Stephen Pound (R.-U., travailliste, Ealing North).

Développement et Paix et CAFOD ont commandité la mission à la demande de leur partenaire, Caritas Tegucigalpa, qui avait besoin d’aide pour plaider en faveur d’une loi sur les mines juste et responsable au Honduras. Caritas a travaillé sans relâche à l’adoption d’une loi sur les mines qui donne préséance aux intérêts du pays sur ceux des compagnies minières étrangères. En outre, elle avait collaboré étroitement avec les communautés touchées par l'impact environnemental et humain de San Martin, une mine à ciel ouvert dirigée par Entre Mares, filiale de Goldcorp, compagnie minière située au Canada.

Développement et Paix a également tâché d’assurer le suivi des recommandations des Tables rondes nationales du Canada sur la responsabilité sociale des entreprises, une consultation multipartite lors de laquelle des personnes représentantes de l’industrie minière et de la société civile ont formulé des recommandations consensuelles visant à améliorer le rendement en RSE des entreprises canadiennes présentes à l’étranger. En examinant la question des mines au Honduras, la mission a cherché à montrer comment un cadre de normalisation faible permet aux compagnies étrangères de profiter de la situation et d’adopter des comportements qui seraient jugés inacceptables dans leur pays d'origine. Inversement, cela mettrait en lumière la nécessité pour le Canada de tenir les compagnies minières, pétrolières et gazières responsables de leurs activités à l’étranger.

CAFOD a tâché d’assurer le suivi de sa campagne Unearth Justice, dont les responsables au Royaume-Uni pressent l’industrie de la joaillerie de s’approvisionner exclusivement auprès de fournisseurs qui peuvent garantir le respect de pratiques de production responsables. Avec le lancement en 2002 de l’Initiative pour la transparence dans les industries d’extraction (EITI) par l’ancien premier ministre Tony Blair, le gouvernement britannique a lui aussi été à l’avantgarde des efforts visant à assurer que les entreprises minières, gazières et pétrolières agissent avec transparence en ce qui concerne les redevances et les taxes versées aux gouvernements de pays hôtes, et c’est précisément ce qui est en jeu au Honduras.

La délégation a rencontré des personnes représentantes de tous les milieux au Honduras : gouvernement, industrie et société civile. Elle a entendu parler de la relocalisation obligatoire des familles, de pratiques répréhensibles de la part d’Entre Mares, de la gouvernance médiocre et des signalements de maladies provoquées par la pollution environnementale. Notamment, la délégation a appris ce qui suit :

  • La Loi sur les mines actuelle de 1998 accorde préséance aux intérêts des compagnies d'exploitation étrangères sur ceux de l'État hondurien. La délégation a noté les situations suivantes qui illustrent les lacunes de la loi :
  • Des maires locaux se sont plaints d’avoir appris par hasard que le gouvernement avait accordé des concessions minières dans leur municipalité;
  • Le procureur d'État chargé de l'environnement croit que la faible législation minière et environnementale mine sa capacité de faire son travail;
  • L'évêque Juan Jose Pineda a parlé de la corruption généralisée facilitée et encouragée par les compagnies étrangères sans scrupules;
  • Entre Mares, une filiale de Goldcorp, a refusé de payer une amende pour pollution environnementale autour de la mine de San Martin parce qu’elle n'était pas d’accord avec les résultats des tests environnementaux du ministère.
  • Une large section transversale des organismes de la société, soutenue par quelques politiciens clés, a travaillé inlassablement pour réformer la loi et la rendre conforme aux intérêts du pays, mais s’est heurtée à plusieurs reprises au puissant lobby de l'industrie minière qui cherche à maintenir le statu quo.
  • Les travaux de la mine ont gravement réduit l'approvisionnement en eau des communautés à proximité de la mine de San Martin et
  • Huit ans après avoir déménagé pour accommoder la mine de San Martin, des familles n’ont toujours pas de titre de propriété pour leurs terres et vivent dans la crainte d’être expulsées.
  • Les communautés de la vallée de Siria vivant à proximité de la mine croient que la pollution a affecté leur santé. Le gouvernement a entrepris des tests biologiques rigoureux et des échantillons ont été envoyés à un laboratoire indépendant en Colombie pour analyse. Les résultats n’ont pas encore été rendus publics.

La veille du départ de la délégation pour le Honduras, les membres ont reçu une bonne nouvelle. Roberto Micheletti, président du Congrès, a promis qu’un projet de réforme de la Loi sur les mines de 1988, résultat de vastes consultations auprès de la société civile, serait discuté en Chambre avant la fin de la session parlementaire. Les parlementaires étaient persuadés de la nécessité de renforcer la réglementation du secteur minier par le gouvernement hondurien, tout en étant conscients du fait qu’il faudra du temps pour réaliser de vrais changements. Ils ont donc constaté que tant que les compagnies minières canadiennes exercent leurs activités dans des pays où la réglementation est faible, le Canada a une responsabilité et un rôle à jouer. Le bien-fondé des mécanismes de responsabilisation des compagnies minières canadiennes dans leurs activités à l’étranger est clair et sans équivoque.
Télécharger le rapport (pdf)

© CAFOD
 Il faut mondialiser la solidarité humaine, de manière à y inclure le partage des richesses de la terre pour le bien commun, dans l’équité et la justice; avec des options qui préservent la dignité des pauvres et l’autodétermination des communautés. Accepter la mondialisation de la richesse, de la technologie et du pouvoir, sans la mondialisation des droits humains et de la dignité humaine, c’est un constat d’échec. 
Le cardinal Oscar Andrés Rodriguez
mai 2004
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