APPEL URGENT À L’ACTION
LE PREMIER MINISTRE PAUL MARTIN DOIT RALLIER LES DIRIGEANTS DU MONDE POUR METTRE FIN AUX CRIMES CONTRE L’HUMANITÉ AU DARFOUR.
Beaucoup de Canadiennes et de Canadiens ont été informés par les médias de la catastrophe humanitaire qui se déroule présentement dans le Darfour, au Soudan. Les Nations Unies en parlent comme de la pire crise humanitaire de la planète, et les groupes qui défendent les droits de la personne allèguent des crimes contre l’humanité, une épuration ethnique et un génocide. La stratégie du gouvernement du Soudan a été d’armer des milices, les Janjaweed, pour faire la guerre aux groupes rebelles du Darfour. Sous la direction du gouvernement, ces milices ont attaqué et brûlé des centaines de villages. Des troupes gouvernementales ainsi qu’un avion militaire ont été ajoutées à l’offensive des Janjaweed.

Selon les Nations Unies, environ 1,2 million de personnes ont été déplacées de force, et entre 30 000 et 50 000 autres ont été tuées au cours des raids ou sont mortes de faim ou de maladie pendant leur déplacement. On estime que 1 000 personnes meurent chaque jour. Le Conseil de sécurité des Nations Unies cherche à faire cesser ces attaques et les agences d’aide internationale tentent de répondre aux besoins des personnes déplacées. Cependant, la situation humanitaire et la sécurité dans la région demeurent extrêmement précaires. À la fin du mois de juillet, un membre du personnel de l’Église unie du Canada est allé au Darfour en mission d’évaluation pour l’Association de la Banque canadienne de grain et a confirmé la situation désespérée à laquelle font face des centaines de milliers de personnes au Darfour.

Il n’est pas simple de décrire les sources du conflit qui ont produit la crise au Darfour car elles sont très complexes. Un processus de paix est en cours mais son progrès a été interrompu et s’avère très lent. Le plus important pour l’instant est de faire en sorte que l’aide d’urgence puisse être acheminée aux personnes qui en ont besoin et que les Janjaweed soient désarmés et maîtrisés. Le gouvernement soudanais doit également cesser d’inciter les milices à la violence et mettre fin à ses propres attaques de civils. Il faut absolument que la sécurité soit rétablie dans les camps de personnes déplacées et dans l’ensemble de la région, sinon le nombre de morts ne fera qu’augmenter.

Les Églises canadiennes ont écrit une lettre au Premier ministre Paul Martin (voir plus bas) lui demandant instamment de s’impliquer directement dans la réponse du Canada à la crise du Darfour. Par le biais des Nations Unies ou par d’autres moyens appropriés, il se doit de rallier les dirigeants du monde pour exercer une pression forte et continue sur le gouvernement soudanais afin qu’il mette fin aux atrocités du Darfour. Nous prions les Canadiens et les Canadiennes d’envoyer un courriel ou de téléphoner au bureau du Premier ministre pour lui exprimer leur inquiétude concernant la situation au Darfour, et pour l’inciter à s’impliquer personnellement et plus énergiquement dans ce dossier. Il faut lui dire que ses efforts aideront à empêcher que le Darfour ne devienne un autre Rwanda.

Bureau du Premier ministre du Canada
80, rue Wellington
Ottawa, ON K1A 0A2

Numéro de téléphone : (613) 992-4211
Numéro de télécopieur : (613) 941-6900
Adresses courriels : martin.p@parl.gc.ca ou pm@pm.gc.ca


Le 23 août 2004

Le Très honorable Paul Martin
Premier ministre du Canada
Chambre des Communes
Ottawa, Ontario, Canada

Monsieur le Premier ministre,

Nous, les dirigeants des Églises canadiennes qui signons cette lettre et KAIROS, sommes très inquiets de la situation qui se détériore au Darfour. Les attaques des milices Janjaweed soutenues par le gouvernement soudanais ont entraîné des accusations pour crimes contre l’humanité, épuration ethnique et génocide, et ont conduit à la catastrophe humanitaire que nous connaissons maintenant. Nous ne voulons pas, dans six mois ou dans un an, regarder en arrière et reconnaître que nous aurions pu faire davantage, comme plusieurs pays l’ont fait après le génocide du Rwanda. Nous avons la conviction que vous partagez notre appréhension. Nous croyons qu’une crise aussi sérieuse que celle du Darfour mérite l’attention des dirigeants du monde. Nous vous prions donc, ainsi que les autres ministres gouvernementaux de haut niveau, de vous impliquer directement dans la question du Darfour pour donner du poids à la politique du Canada dans ce dossier. Nous pensons que votre intervention et votre direction peuvent grandement ajouter aux efforts du Canada pour atténuer cette crise humanitaire et faciliter l’instauration de la paix au Soudan.

Malgré le fait que la détérioration de la situation au Darfour soit connue depuis plus d’un an, la communauté internationale ne s’est impliquée que très récemment. Le 30 juillet, le Conseil de sécurité des Nations Unies adoptait la proposition 1556 qui donnait 30 jours au Soudan pour désarmer les milices Janjaweed et restaurer la sécurité au Darfour. D’une manière générale, cette résolution est perçue comme étant ‘trop peu, trop tard’. Pourtant, en dépit des doutes, beaucoup espèrent encore qu’elle atteindra ses objectifs.

Le gouvernement soudanais a semblé se rendre à la requête des Nations Unies, mais les comptes-rendus troublants des derniers jours laissent supposer que les promesses faites n’ont pas été tenues. Plusieurs rapports font état de nouvelles attaques de civils, y compris l’incendie de villages par les Janjaweed et le bombardement de civils par un avion du gouvernement soudanais. Un de nos représentants des Églises canadiennes était au Darfour il y a deux semaines à peine pour une mission d’évaluation de l’Association de la Banque canadienne de grain, et il confirme les rapports que nous avons reçus de l’insécurité chronique qui règne dans les camps de personnes déplacées et dans toute la région du Darfour.

Depuis son accession au pouvoir par un coup d’état en 1989, le gouvernement actuel du Soudan n’a jamais réagi qu’à une forte pression continue. Et son action a entraîné des conséquences graves quant à son non-respect du droit humanitaire international et des droits de la personne. Nous vous demandons instamment de rallier d’autres dirigeants nationaux pour que soit votée rapidement une résolution beaucoup plus exigeante au Conseil de sécurité des Nations Unies, si le gouvernement soudanais ne remplit toujours pas ses obligations d’ici le 29 août. Cette résolution devrait

  • exiger le gel des fonds dans les paradis fiscaux de tous les leaders, officiels, diplomates et dirigeants militaires du gouvernement soudanais
  • demander aux pays membres qu’ils refusent le droit d’entrée dans leur pays aux leaders et officiels du gouvernement soudanais
  • proposer la mise en place d’un processus pour identifier et traduire en justice les personnes ayant perpétré des crimes contre l’humanité, au Darfour et partout ailleurs au Soudan.

Ces restrictions ne devraient être levées que lorsqu’une enquête indépendante aura prouvée que le gouvernement Bashir a effectivement retiré son soutien aux Janjaweed et pris des mesures pour les désarmer, cessé ses propres agressions contre les civils au Darfour et démontré qu’il envisage sérieusement la paix.

En plus de son action au niveau international, le Canada devrait

  • accroître de manière significative son soutien humanitaire au peuple du Darfour par une augmentation du financement des programmes d’aide offerts par les agences humanitaires internationales travaillant dans la région. Le montant de 16.5 $ millions accordés depuis octobre 2003 est nettement insuffisant, compte tenu de la gravité de la crise ;
  • faciliter, pour les groupes en oppositions au Darfour, des occasions de consultation avec les gens de leur milieu, afin de leur permettre de participer pleinement aux pourparlers de paix prévus avec le gouvernement soudanais ;
  • augmenter sa contribution à l’Union africaine (UA) afin de soutenir les efforts énergiques de cette dernière pour traiter et atténuer la crise au Darfour ;
  • veiller à ce que toute intervention humanitaire de l’Union africaine ou de la communauté internationale plus large comprenne des stratégies politiques pour s’attaquer aux sources du conflit et à l’insécurité qui règne partout au Soudan, pas seulement au Darfour ou dans la partie sud du Soudan ;
  • renforcer le fragile processus de paix dans la partie sud du Soudan en invitant la communauté internationale à faire pression sur toutes les parties impliquées dans le conflit pour qu’elles complètent les négociations, signent une entente détaillée, et mettent fin aux violations actuelles des ententes existantes qui continuent de menacer la sécurité des civils dans certaines régions de la partie sud du Soudan ;
  • exhorter les membres de la communauté internationale à se montrer à la hauteur de leurs engagements sous la Charte des Nations Unies et le droit international, en considérant de nouvelles mesures pour protéger les civils rendus vulnérables par l’ampleur des abus commis par des acteurs gouvernementaux et autres.

Le délai de réaction de la communauté internationale face à la tragédie vécue au Darfour a déjà coûté très cher. Les erreurs du passé ne doivent pas être aggravées par encore plus d’indifférence et d’inaction. Ne perdons pas de temps à débattre de la définition du génocide alors que les atrocités et les crimes contre l’humanité continuent.

Laissons-nous nous émouvoir et passons à l’action avec force et détermination.

Sincèrement,

Le très révérend Andrew Hutchison, primat de l’Église anglicane du Canada
Le révérend Richard W. Fee, modérateur de l’Église presbytérienne du Canada
Mary Corkery, directrice exécutive de KAIROS : Initiatives œcuméniques canadiennes pour la justice
Donald Peters, directeur exécutif, Comité central ménnonite du Canada
Le très révérend Peter Short, modérateur de l’Église unie du Canada


c.c. : L’honorable Pierre Pettigrew, ministre des Affaires étrangères
pettigrew.p@parl.gc.ca
L’honorable Aileen Carroll, ministre de la Coopération internationale
carroll.a@parl.gc.ca
Alexa McDonough, Nouveau parti démocratique
mcDonough.a@parl.gc.ca
Stockwell Day, Parti conservateur
day.s@parl.gc.ca
Francine Lalonde, Bloc québécois
lalonde.f@parl.gc.ca

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