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Position de Développement et Paix sur le Rapport Manley
Et le peuple afghan?

25 janvier 2008

Montréal
Développement et Paix croit et réitère que la seule façon de faire vraiment progresser le débat sur le rôle du Canada en Afghanistan et les décisions qui doivent en découler consiste à mettre la préoccupation pour le bien-être de la population afghane au centre des analyses et délibérations.
1. Une ouverture vers plus de diplomatie et un meilleur développement
Informatif et bien documenté, le rapport Manley exhorte les décideurs canadiens à se donner une stratégie d’ensemble mieux calibrée en Afghanistan, où la diplomatie et le développement retrouveraient une place plus grande que celle qui ne leur est présentement accordée dans l’action du Canada auprès de ce pays. Développement et Paix salue cette ouverture mais déplore que cette exhortation ne soit pas assortie d’analyses et de propositions plus conséquentes car l’emphase dans le rapport est mise sur les questions de sécurité et sur la meilleure utilisation de la force militaire.
Au vu des moyens, des ressources et de l’accès à la documentation dont disposait le groupe Manley, le rapport est donc assez décevant. On n’y retrouve pas d’éléments novateurs qui puissent alimenter la prise de décisions éclairées sortant du déjà vu. Beaucoup des solutions mises de l’avant dans le rapport ont déjà démontré leurs limites ou se sont révélées inadéquates par le passé. Affirmer essentiellement que le Canada doit se doter d’une stratégie d’ensemble sans en ébaucher plus précisément les éléments principaux et l’assortir de recommandations fermes pour qu’elle puisse voir le jour ne permet pas vraiment de faire avancer la recherche de solutions porteuses.
2. Le peuple afghan négligé
Comme il a été dit plus haut, Développement et Paix croit que le bien-être de la population afghane doit être au centre des analyses et délibérations. La situation des femmes étant particulièrement problématique en Afghanistan, elle doit recevoir une attention spéciale. C’est pourquoi la construction d’un Afghanistan prospère et sécuritaire pour tous et toutes ne saurait être d’abord assujettie aux impératifs de la géopolitique internationale. Les hommes et les femmes afghans y ont avant tout droit en tant qu’êtres humains et c’est notre devoir comme pays riche et solidaire d’y contribuer.
Le droit à la sécurité des Afghans est tout aussi important que les autres droits, mais l’histoire récente de ce pays a montré clairement que la sécurité ne pourra être atteinte par des opérations militaires, ni nationales ni internationales. Les initiatives diplomatiques et les actions de développement y jouent un rôle très important, mais la participation pleine et entière des Afghans à la construction de leur pays est absolument indispensable. Une société civile forte, organisée et engagée est un acteur incontournable du développement et du bon fonctionnement de tout pays, ainsi qu’un gage de démocratie et de transparence. Développement et Paix croit que l’Afghanistan ne doit et ne devra être que ce que ses citoyens et citoyennes veulent en faire, d’où l’importance de leur implication et engagement. Aucune mention de cette participation n’est faite dans le rapport Manley, et il s’agit là d’une omission grave qui ne saurait être contrebalancée par les références au gouvernement afghan. Un pays est beaucoup plus que son gouvernement.
3. Les lacunes de l’aide au développement du Canada en Afghanistan
La situation criante de violence, de pauvreté, la corruption, le manque cruel de services et d’infrastructures en Afghanistan exigent une action intelligente de développement qui combine 1) la réponse immédiate aux besoins urgents, 2) la relance de l’économie, la réactivation des services et la réparation des infrastructures, et 3) la construction de communautés solides, viables, tolérantes et démocratiques dans un pays multiethnique et multiconfessionnel. Des projets à résultats rapides, concentrés dans la région de Kandahar, en appui aux troupes canadiennes, tels que mentionnés dans le rapport Manley, ne sauraient par conséquent être cette action intelligente que Développement et Paix préconise. Bien sûr, il faut que notre aide porte des fruits dans des délais raisonnables, il faut aider la population civile dans la grande région de Kandahar, mais il ne faut pas concentrer l’aide du Canada de la sorte, il faut aller plus à fond et plus loin. Ce qui pose la question des ressources. Si l’analyse faite par le groupe Manley fait ressortir le déséquilibre entre les ressources accordées aux opérations militaires (plus de 6 milliards) et celles accordée au développement (1,2 milliard), les recommandations omettent toute référence à ce sujet. Or, le Canada a les moyens de rééquilibrer les dites ressources ; il est impératif qu’il le fasse, et le rapport Manley aurait dû le dire.
4. Le leadership afghan oublié
L’action de développement, depuis l’urgence à la reconstruction et jusqu’au développement communautaire à long terme, est complexe et difficile en Afghanistan à cause de l’insécurité généralisée, de la fragilité du gouvernement, des clivages ethniques et religieux. Les intervenants internationaux doivent composer avec des restrictions de toutes sortes, pour leur propre sécurité entre autres, et ne peuvent déployer tous leurs talents et capacités. Ils apportent des connaissances et de l’expertise, des fonds, de l’équipement et moyens techniques importants, du dévouement et de la compassion, mais il est nécessaire que le développement de l’Afghanistan soit dirigé et mis en œuvre par des Afghans avant tout. Le gouvernement afghan, les institutions nationales, les organisations locales, la société civile doivent avoir le leadership de ce processus. L’Agence canadienne de développement international (ACDI) se doit de les appuyer, et d’en appuyer la diversité. Notre expérience un peu partout dans des pays en guerre, confirmée aussi en Afghanistan, montre que les organisations locales, les réseaux naturels d’aide et de solidarité et les structures traditionnelles peuvent rejoindre les populations des lieux les plus reculés et intervenir avec un meilleur impact et une plus grande sécurité.
5. Distinguer le militaire de l’humanitaire et du développement
Pour que ce travail en développement se fasse et ait des possibilités de réussir, et pour que les Afghans en soient les premiers acteurs, la perversion de l’aide internationale en stratégie d’amadouement des populations doit cesser immédiatement. L’attribution aux militaires de la responsabilité de projets qui visent à gagner le « cœur et les esprits » des Afghans et dont la réalisation est confiée aux Équipes Provinciales de Reconstruction sous commandement militaire, représente un obstacle majeur à une action de développement à moyen et long termes, et cause dans le court terme des risques additionnels et inutiles aux acteurs du développement internationaux et nationaux. Le gouvernement du Canada doit faire preuve de leadership et d’innovation dans ce domaine, et même si l’OTAN continue d’adopter cette stratégie, il doit la rejeter et confier aux militaires uniquement des responsabilités qui sont de leur ressort. Le travail en développement exige des compétences et des approches qui ne sont pas du domaine militaire. Malheureusement le rapport Manley n’a pas su voir et identifier ce problème fondamental.
6. Le processus de négociation et de réconciliation nationale négligé
Le « cœur et les esprits » des Afghans, par contre, doivent être mobilisés autour d’une initiative de réconciliation nationale à laquelle sont invités tous les acteurs qui sont maintenant en conflit et qui, à certaines conditions, sont prêts à y participer. La diplomatie canadienne a un rôle important à jouer dans ce processus en appui aux Afghans et doit promouvoir cette initiative auprès des pays voisins de l’Afghanistan tels que le Pakistan, l’Inde et l’Iran, des autres pays membres de l’OTAN, et auprès des Nations Unies, en les pressant d’assumer un rôle plus actif dans la médiation et la négociation.
7. L’importance des débats éclairés
Dans les prochains mois et semaines, le Parlement, le gouvernement, les médias et la population discuteront de ce que le Canada peut et doit faire dorénavant en Afghanistan. Le rapport du groupe Manley déçoit les attentes de ceux et celles qui espéraient des idées nouvelles et des solutions originales à une crise complexe, mais il est important que ces discussions se tiennent et que les débats soient sérieux. Les débats et les solutions ne peuvent se restreindre au seul sort de nos concitoyens militaires déployés dans ce pays, ni se subordonner à des considérations purement géopolitiques. C’est pourquoi Développement et Paix repose la question : « Et le peuple afghan » ?

Développement et Paix en Afghanistan
Développement et Paix a commencé son engagement en Afghanistan en août 2001.
• Il se poursuit toujours.
Développement et Paix a contribué à financer 22 projets pour un total de 2.140.000 dollars canadiens.
• Cet argent provient des campagnes de levée de fonds auprès du grand public

Nos principaux partenaires au long de ces années :

• Afghan Women Education Center
• Afghan Women Resource Center
• Afghan Bicycle Relief Association
• Caritas Allemagne
• Caritas Autriche
• Caritas Pakistan
• Catholic Relief Services - Afghanistan
• Cordaid
• International Catholic Migration Commission
• Revolutionary Afghan Women Association
• Shuhada organisation

Avec eux et elles nous avons travaillé :

• Satisfaction des besoins fondamentaux (eau potable et assainissement, nourriture, couvertures, équipement pour l’hiver)
• Aide au retour des réfugiés
• Activités génératrices de revenus
• Renforcement des capacités
• Éducation et alphabétisation
• Dialogue inter-religieux
• Formation professionnelle

Populations aidées :

• Enfants
• Femmes et jeunes filles
• Personnes handicapées et mutilées
• Réfugiés, déplaces internes et nomades

Pour la période 2007-2011, Développement et Paix dispose d’un budget de 700.000 dollars pour l’Afghanistan et travaillera à :

• Renforcer les groupes et organisations de la société civile
• L’empowerment des femmes et des groupes de femmes
Développement et Paix est l’organisme officiel de solidarité internationale de l’Église catholique au Canada et le membre canadien de Caritas Internationalis. Depuis plus de 40 ans, nous collaborons directement avec des organisations qui regroupent ou représentent des personnes pauvres ou marginalisées dans les pays du Sud. Nous avons acheminé 500 millions de dollars afin d’appuyer financièrement plus de 15 000 projets en Afrique, en Amérique latine, en Asie et au Moyen-Orient. Nous collaborons actuellement avec environ 200 partenaires dans 33 pays. Au Canada, Développement et Paix est un organisme démocratique oeuvrant à la promotion de la solidarité internationale, éduquant la population aux causes fondamentales de la pauvreté et mobilisant l’action sociale en faveur du changement. Développement et Paix regroupe près de 13 000 membres d’un bout à l’autre du pays.

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Contact médias :
Wanda Potrykus
514-257-8710, poste 365
wanda.potrykus@devp.org
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