Développement et Paix demande au gouvernement canadien de cesser de faire campagne à l’ONU pour bloquer la reconnaissance de l’eau en tant que droit fondamental
19 mars 2008
Montréal
À l’approche de la Journée mondiale de l’eau (20 mars) qui nous rappelle la lutte de 1,2 milliard d’humains pour l’accès à l’eau potable, Développement et Paix demande au gouvernement canadien de cesser de s’opposer au droit à l’eau, auprès des Nations Unies (ONU). Dans une lettre adressée à l’honorable Maxime Bernier, ministre des Affaires étrangères, Développement et Paix exprime une fois de plus son indignation face à la position du gouvernement canadien sur ce droit humain des plus fondamentaux.

La semaine dernière, à l’ONU, les gouvernements d’Allemagne et d’Espagne ont présenté une résolution qui permettrait au Conseil des droits de l’homme de créer un poste de « rapporteur spécial », dont le mandat serait de faire avancer la question du « droit universel à l’eau et à l’assainissement ». Cette résolution bénéficie du soutien d’un grand nombre d’États et d’organisations de droits humains; mais le Canada et les États-Unis y font opposition sur divers fronts. En ce moment, ils sont les deux seuls pays des Nations Unies à s’opposer officiellement au droit à l’eau. Les négociations sur cette question devraient prendre fin cette semaine.

« Dans les pays du Sud, de nombreuses personnes doivent marcher très loin pour rapporter de l’eau », observe Hélène Trépanier, présidente du conseil national de Développement et Paix, « le fardeau de cette tâche revient habituellement aux femmes et aux enfants, menaçant ainsi leur droit à l’éducation et grugeant le temps nécessaire pour améliorer leur situation parce que le besoin en eau est essentiel à la vie. »

« L’eau s'avère un droit indispensable pour lequel luttent bon nombre de nos partenaires du Sud », ajoute Michael Casey, directeur général de Développement et Paix. « Selon nous, un système de droits humains fort et équilibré qui garantisse ce droit est un outil essentiel et obligatoire du développement. Le Canada devrait donc cesser de s’opposer à ce droit fondamental », poursuit-il.

En 2006, grâce à la campagne d’éducation de Développement et Paix, 236 000 Canadiens et Canadiennes ont demandé à leur gouvernement de reconnaître l’eau en tant que droit humain. Ils lui ont également demandé de s’opposer à la privatisation de l’eau imposée aux pays en développement comme condition préalable aux prêts des institutions financières mondiales. Aujourd’hui, Développement et Paix demande au gouvernement canadien pourquoi celui-ci persiste-t-il toujours à ne pas écouter la voix de son peuple ?

La résolution proposée à l’ONU fait suite à un rapport de la Haut Commissaire des Nations Unies aux droits de l'homme, Louise Arbour (anciennement juge à la Cour suprême du Canada), qui souligne qu’actuellement il y a un manque d’attention spécifique, dédiée et soutenue face à l’eau potable et à l’assainissement, et ce, à l’échelle mondiale. Elle recommande que l’accès à l’eau potable et à l’assainissement soient reconnus en tant que droits de la personne.

Développement et Paix se joint à d’autres ONG canadiennes, au Conseil des Canadiens, à l’AQCME (Association québécoise pour le contrat mondial de l’eau) et à des Églises chrétiennes telle l’Église unie du Canada, pour demander au gouvernement de ne pas mettre ces amendements de l’avant et de cesser d’opposer son veto à la résolution telle qu’elle fut proposée au départ.

Michael Casey trouve très déplorable que les efforts de Louise Arbour pour faire avancer la question de l’eau et de son assainissement soient minés par son propre gouvernement.

En novembre 2006, Développement et Paix applaudissait l’adoption, par le Conseil des droits de l’homme de l’ONU, d’une résolution pour lancer une étude détaillée sur les obligations pertinentes aux droits humains liées à un accès équitable à l’eau potable, dont découle la présente résolution; car les analystes juridiques ont soutenu qu’il existait des références implicites au droit à l’eau dans la Déclaration universelle des droits de l’homme de 1948, dans le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, dans la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discrimination à l’égard des femmes et dans la Convention internationale des droits de l’enfant. Les présentes objections du gouvernement sont surprenantes et franchement indignes d’un pays qui a signé et ratifié tous ces traités.

Depuis plus de 40 ans, Développement et Paix collabore avec des organisations regroupant ou représentant les populations pauvres et marginalisées du Sud, et a acheminé plus de 515 millions de dollars pour appuyer quelque 15 000 projets en Afrique, en Asie, en Amérique latine et au Moyen-Orient. Nous œuvrons activement de concert avec 200 partenaires dans 33 pays. Au Canada, Développement et Paix, qui regroupe 13 000 membres d’un océan à l’autre, est un mouvement démocratique de solidarité internationale qui sensibilise la population aux causes de la pauvreté et la mobilise dans des actions de changement. Développement et Paix est l’organisme officiel de solidarité internationale de l’Église catholique au Canada et le membre canadien de Caritas Internationalis.

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