Où va la Syrie ?

Dans Urgences
23 février 2012
par 
Guy Des Aulniers, chargé de programme pour les secours d'urgence

La révolte syrienne a démarré le 15 mars 2011. Depuis bientôt un an, ce soulèvement populaire n’a pas diminué malgré la violence des représailles. Mgr Antoine Audo, SJ, Président de la Caritas Syrie nous a informés de la forte insécurité qui règne dans les localités touchées (Alep et Homs). Il souligne que les Caritas de Jordanie et du Liban répondent aux nécessités des refugiés qui ont quitté la Syrie en ce moment difficile.

Il a également souhaité partager avec nous le message du Carême (ci-dessous) de Mgr Samir Nassar, Archevêque Maronite de Damas : « Au lieu d'une fin proche de cette crise, la tempête souffle plus fort au seuil de la deuxième année. Le bout du tunnel reste invisible. Où va la Syrie ? Nous entrons en Carême dans le silence, les mains vides, les cœurs serrés et le regard fixé sur le CHRIST RESSUSCITÉ guide de nos pas sur le chemin du Pardon et de Paix. »

OÙ VA LA SYRIE ?
Par Samir Nassar, Archevêque Maronite de Damas

1) MONDIALISATION D'UNE CRISE :
D'une petite manifestation au sud de la Syrie le 15 mars 2011, la crise a fait tâche d'huile pour passer dans presque toutes les villes syriennes.. Une révolte sans visage, animée par l'Internet et les médias informatiques. Une nouvelle technologie de communication" fantôme" qui échappe au langage classique du pouvoir et s'impose en maître.
D'une crise locale à une crise régionale, la Syrie au bout d'un an, est transformée progressivement en terrain de conflit international où des enjeux politiques, militaires et économiques déterminent l'avenir du pays et prennent la solution en otage, laissant la porte ouverte aux violences et aux grandes souffrances.

2) DEVANT L'IMPASSE :
Ce conflit semble courir vers l'inconnu : d'un côté un pouvoir central musclé qui se maintient, de l'autre, un soulèvement populaire  déterminé qui ne calme et ne désarme pas malgré l'intensité de violence. Dans ce conflit qui paralyse le pays : embargo économique, inflation, dévaluation de la monnaie locale -60%, chômage galopant, destruction, déplacement de population et victimes par milliers…. Le petit peuple est soumis à des pressions et des souffrances énormes qui s'intensifient avec le temps et la haine qui divise et la misère qui grandit en absence de mouvements caritatifs et de secours humanitaires.
La Syrie semble camper devant l'impasse meurtrière.

3) DEVANT L'ANGOISSE :
Cette situation de sans issue nourrit l'angoisse des fidèles qui échangent les adieux à la fin de chaque messe tellement l'avenir reste incertain.. La fermeture des ambassades à Damas rend l'obtention de visa impossible et réduit la possibilité de partir surtout pour les réfugiés Irakiens toujours nombreux sur place. Les jeunes de premier emploi victimes de licenciement massif, regardent assez mal cet embargo diplomatique qui augmente leur désarroi : le monde ne veut plus de nous et ferment ses portes.
Cette inquiétude gagne aussi les prêtres qui cherchent discrètement des cieux plus cléments; Que deviendrait l'Eglise de Syrie sans eux ? L'aventure avec le Christ n'est pas de toute facilité.

4) BOUÉE DE SAUVETAGE :
Dans cette grande tourmente et forte division, les sinistrés de cette crise n'ont trouvé de refuge que dans la famille…La famille s'avère sans doute comme la seule bouée de sauvetage, un lieu de vie et d'accueil qui soigne, protège, console, partage et défend avec amour et affection dans une merveilleuse solidarité…
Cette cellule de base absorbe les chocs et vers elle reviennent les déplacés, les blessés, les chômeurs.. La famille-rempart dans ce vide chaotique, assure la survie d'une société et d'une Eglise…
C'est pourquoi devant ce drame, cette même Eglise choisit de focaliser son attention et sa prière sur la famille en lui apportant l'assistance et le soutien disponible. Quelle grâce de pouvoir s'appuyer dans ce calvaire sur une famille fragilisée certes mais qui reste unie, soudée, solidaire, pieuse et croyante...

Au lieu d'une fin proche de cette crise, la tempête souffle plus fort au seuil de la deuxième année. Le bout du tunnel reste invisible. Où va la Syrie ?
Nous entrons en Carême dans le silence, les mains vides, les cœurs serrés et le regard fixé sur le CHRIST RESSUSCITÉ guide de nos pas sur le chemin du Pardon et de Paix.

Carême 2012.