Aux urnes

28 novembre 2011

À 5 h 30, il faisait toujours noir lors de notre arrivée au Lycée de Kiwele, le centre de vote où nous allions observer. Déjà, quelques dizaines de personnes étaient massées devant la grille qui n’allait s’ouvrir que lorsque les 25 bureaux de vote du centre auraient reçu tout leur matériel. Le chef et son personnel s’affairaient à compter les paquets de bulletins de vote et à les distribuer dans chacune des salles. On manquait de bulletins pour les législatives, mais semble-t-il qu’on allait les recevoir plus tard dans la journée.

À 7 h, nos bureaux de vote ont été déclarés ouverts. Partout, des centaines d’électrices et d’électeurs faisaient la queue devant chacun des bureaux de vote. À Kiwele, tout annonçait qu’on allait procéder rondement malgré la grande affluence.

file d'attenteFile d’électeurs et d’électrices devant un bureau de vote vers 10 h du matin. Tous les centres visités au cours de la journée montraient ces longues files d’attente, signe d’un électorat bien décidé à exprimer son droit de vote.

Il n’en fut pas de même partout. Vers 10 h, nous avons commencé à circuler pour visiter d’autres centres de votes à divers endroits, où nous avons constaté que certains bureaux ou même des centres complets n’avaient pas été ouverts. Il manquait parfois l’urne, parfois l’isoloir, ou carrément les bulletins de vote. Ou encore, on n’avait pas prévu un lieu assez grand pour le nombre de bureaux qu’on devait y accueillir. C’était le cas dans un centre de vote près de la commune de Katuba. Là, on avait érigé des tentes, acheminées dans l’avant-midi. D’autres centres de vote où se trouvaient nos partenaires n’ont ouvert leurs portes qu’à 16 h et ont accueilli des électrices et des électeurs jusqu’à 1 h du matin. Les bureaux doivent normalement être ouverts pour une période de onze heures.

isoloir de fortuneDans certains bureaux de vote, le personnel électoral a dû composer avec un manque de matériel. Ici, on a confectionné un isoloir à l’aide de tables puisque celui fourni par la CÉNI (Commission électorale nationale indépendante) n'a pas été acheminé. Dans certains bureaux, les urnes ou les bulletins de vote manquaient. Dans ce cas, impossible de voter. Certains éléments sont plus essentiels que d’autres !

bureau de vote de fortunePrès de Katuba, la CÉNI avait prévu 30 bureaux de vote mais ne disposait que de 20 salles de classe. On a érigé des bureaux de vote de fortune. Les tentes sont arrivées tard dans l’avant-midi, ce qui a retardé considérablement l’ouverture du scrutin. Sous cette tente, il y avait deux bureaux de votation. Difficile de disposer les isoloirs de manière à ce que les gens puissent voter dans le secret. Les gens étaient très mécontents et nous ont exprimé qu’ils avaient peur de ne pas pouvoir voter.

Dans les bureaux où le matériel avait été acheminé à l’heure prévue, tout se déroulait dans le calme. Des incidents ont eu lieu dans l’après-midi, surtout dans les bureaux qui n’étaient toujours pas ouverts et où les gens attendaient depuis 6 h le matin.

Déploiement de l’observation

La Radio communautaire du Katanga (RCK), partenaire de Développement et Paix, a déployé 150 observatrices et observateurs dans presque tous les quartiers de la ville de Lubumbashi. De plus, elle avait des correspondants à plusieurs endroits, ce qui lui a permis de donner un portrait régulier de la situation dans la ville. La Commission Justice et Paix, également appuyée par Développement et Paix pour son programme d’éducation civique, a déployé quelque 1000 observatrices et observateurs dans tout le Katanga.

La délégation de Développement et Paix, venue en appui au travail de terrain des partenaires locaux, était répartie dans trois villes : Lubumbashi, Kasenga et Likasi. La veille, à Lubumbashi, nous nous étions réunis avec d’autres délégations d’observation internationale, entre autres du Centre Carter et de l’Eurac, afin de s’assurer d’un déploiement qui couvre l’ensemble de la ville.

Incertitude
Vers le milieu de l’après-midi, une attaque dans un bureau de vote a provoqué un vent de panique à Lubumbashi. Selon des sources locales, trois personnes ont péri dans l’incident. Par mesure de prudence, la RCK a dû fermer ses portes. Nous nous sommes repliés à la procure où nous avons communiqué avec les autres délégations d’observation internationale et avec nos partenaires locaux. Certaines délégations internationales avaient reçu l’ordre de retourner à leur hôtel, alors que d’autres s’interrogeaient à savoir si elles allaient continuer d’observer. C’est grâce à notre réseau de partenaires que nous avons pu faire un choix éclairé : puisque la situation s’était calmée, nous avons décidé de retourner à Kiwele, dans les bureaux où nous devions assister au dépouillement.

Fermeture des bureaux
À 18 h, alors que le centre devait fermer ses portes, on a dû acheminer des bulletins de vote pour les législatives puisqu’il en manquait. On a annoncé qu’on continuerait d’accueillir les électeurs et les électrices jusqu’à 20 h, puis jusqu’à 21 h 20.

Dépouillement
À 22 h, l’un des membres de notre délégation, présent à Kassenga, nous téléphone pour nous souhaiter… bonne nuit. Là, le dépouillement venait de se terminer, alors que dans nos bureaux de vote, on s’apprêtait à débuter. À Lubumbashi, certains bureaux de vote n’ont fermé qu’à 1 h du matin. Toujours est-il qu’à 22 h, nous étions loin de nous douter qu’à 13 h le lendemain après-midi, le personnel des bureaux de vote serait toujours là. À Lubumbashi, plus de 600 candidats se sont présentés à la législative. La compilation des résultats, avec des bulletins aussi gros que La Presse du samedi, était donc tout un casse-tête.