Brésil : le pape François est préoccupé par la détérioration des droits des peuples autochtones

2 mai 2014

En avril dernier, le pape François a rencontré Mgr Erwin Kräutler, évêque de la Prélature de Xingu et président du Conseil indigène missionnaire (CIMI), dont le travail est soutenu par Développement et Paix dans les États de Goiás et Tocantins (GOTO) dans le centre du Brésil.

Lors de la réunion, Mgr Kräutler a présenté au pape François un document traitant des violations des droits des communautés autochtones au Brésil, soulignant les cas de violence liés à des projets de développement à grande échelle qui détruisent l'environnement et le mode de vie des peuples autochtones. Mgr Kraütler a lui-même fait face à plusieurs menaces de mort pour avoir publiquement protesté contre ces projets et le traitement brutal infligé aux communautés autochtones.

« Les groupes politiques et les aspects économiques relatifs à l'industrie alimentaire, l'exploitation minière et la construction, avec le soutien et la participation du gouvernement brésilien, tentent de révoquer les droits fonciers des peuples autochtones », peut-on lire dans un extrait du document remis au Saint-Père.

Les communautés autochtones dans les États de Goias et Tocantins, dont certaines continuent à vivre isolées du reste de la société, sont menacées par l'extermination de leur peuple. Ces États, dominés par les fleuves Araguaia et Tocantins, sont riches en ressources naturelles et sont devenus les sites de plusieurs grands projets hydroélectriques ainsi qu’un bassin pour les plantations de soja massives. Ainsi, cela conduit au déplacement des communautés autochtones, ainsi qu’à l'exploitation de leurs terres ancestrales sans leur consentement.

D’autre part, le gouvernement brésilien a ébauché de nouvelles lois qui porteraient atteinte au droit des communautés autochtones d’être consultées sur les projets devant avoir lieu sur leurs terres et supprime leur droit de donner un consentement éclairé et libre, préalable au démarrage de ces projets.

Bien que ces grands projets industriels soient souvent promesse de croissance économique, ces communautés, qui sont parmi les plus pauvres du pays, connaissent peu de victoires dans ce dossier et ont peu ou pas accès aux soins de santé, à l'éducation et à d'autres services essentiels.

CIMI-GOTO dénonce la situation vécue par les communautés et les soutient dans leur lutte pour la défense de leurs droits et de leur territoire. Le groupe met sur pied des formations qui traitent des conventions et lois qui protègent les droits des peuples autochtones, il organise des actions de mobilisation, il accompagne des collectivités vers l'accès à la justice et il tient des conférences où les communautés autochtones peuvent se réunir pour discuter des questions qui les touchent afin de développer des actions concertées.

Depuis son élection l'an dernier, le pape François démontre un intérêt particulier pour les personnes les plus pauvres et marginalisées, ainsi que pour le rôle de l'économie actuelle dans la perpétuation des inégalités. En décembre dernier, le Vatican a organisé un colloque intitulé L'émergence des exclus, où João Pedro Stedile du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre du Brésil (MST), un partenaire de Développement et Paix, a parlé de l'importance de comprendre les causes de la multiplication des personnes exclues dans le monde, plutôt que de se concentrer exclusivement sur les conséquences.

Lors de sa rencontre avec le Saint-Père, Mgr Kräutler a mentionné qu'un rapport produit par le CIMI révèle qu'il y a 519 projets de développement à grande échelle au Brésil, affectant 437 territoires appartenant à 204 communautés autochtones.