Cardinal Pedro Barreto : « L’ensemble des acteurs sociaux doivent s’unir pour sauver la planète »

11 octobre 2018
Cardinal Pedro Barreto

Le cardinal Pedro Barreto Jimeno Ricardo, Archevêque de Huancayo, au Pérou, siège au Conseil Pontifical Justice et Paix au Vatican, créé par le pape Paul VI en 1967 et dont le mandat principal est de « promouvoir la justice et la paix dans le monde, à la lumière de l’Évangile et de l’enseignement social de l’Église ». Le Cardinal Barreto est de plus, le président du Département de la Justice et de la Solidarité du Conseil épiscopal latino-américain (CELAM) et vice-président de la Commission épiscopale pour l’action sociale (CEAS) des évêques, une organisation soutenue depuis plusieurs années par Développement et Paix – Caritas Canada.

Il œuvre activement pour la justice sociale dans son diocèse, face aux graves problèmes de pollution causés par une fonderie américaine à La Oroya, classée parmi les 10 endroits les plus pollués de la planète, avec des niveaux élevés de plomb, d'arsenic et d'autres métaux lourds présents dans le sol, l'air et même dans le sang des résidents locaux. 

Dans cette entrevue, il mise sur le travail de l’ensemble des acteurs sociaux pour sauver la planète. Ainsi, parmi les multiples responsabilités de son ministère, celui de vice-président du REPAM (Réseau ecclésial panamazonien) l’a amené à animer le chemin du synode pour la région panamazonienne qui aura lieu en octobre 2019.

Ainsi, le cardinal Barreto est convaincu que ce synode cherche non seulement à se transformer en une offre de protection de la vie et des cultures au plan mondial, mais aussi à concrétiser cette offre par des actions à poser dans les sept millions de kilomètres carrés qui délimitent l’Amazonie.

De nombreux défis sont palpables sur le territoire amazonien, notamment ceux liés à la violence dans les territoires où les vies des Autochtones mais aussi des dirigeantes et dirigeants sociaux et religieux sont menacées. Selon le cardinal Barreto, tout cela renvoie au mystère pascal : « C’est la passion, la mort et la résurrection » et nous devons précisément « risquer la vie, comme l’a fait Jésus. »

La solution ne doit pas venir uniquement de l’Église

Quels défis percevez-vous en tant que cardinal pour la région panamazonienne ?

Je n’y crois pas seulement en tant que cardinal, mais bien en tant qu’Église. Et je suis convaincu — comme le dit le pape François — que ce n’est pas l’Église qui va fournir la solution technique, mais plutôt l’ensemble des acteurs sociaux qui doivent s’unir autour d’une seule vision commune pour sauver la planète, parce que le réchauffement mondial, que personne ne conteste, cause des effets négatifs partout dans le monde.

En ce sens, je me sens très serein, mais je sais que je ne verrai pas les solutions qu’il faut apporter à moyen terme. De ce fait, nous devons agir dès maintenant, même si à moyen terme, il faudra attendre 10 ou 15 ans pour voir les effets escomptés.

 

La protection de la vie et des cultures

De quelle manière peut-on sensibiliser le monde aux défis de l’Amazonie ?

C’est le pape François qui a prononcé cette phrase, mais en premier lieu, l’Amazonie est reconnue pour sa richesse naturelle impressionnante, sa biodiversité. Deuxièmement, il nous parle aussi de cultures ancestrales qui nous montrent comment vivre en harmonie avec la nature, bien sûr avec des exceptions parce qu’il ne faut pas mythifier les Autochtones de l’Amazonie. Mais en réalité, ils protègent l’eau, la terre et l’air parce que ce sont eux qui vivent dans cet environnement et leurs propres cultures comprennent une sorte de spiritualité écologique inhérente.

Ainsi, nous considérons le synode de l’Amazonie qui aura lieu au mois d’octobre de l’année prochaine comme une offre de protection de la vie et des cultures à l’échelle mondiale, mais aussi en tenant compte du fait très concret que la grande Amazonie a une superficie de 7,5 millions de kilomètres carrés. Et c’est ce sur quoi nous travaillons.

 

Risquer sa vie pour l’Amazonie

Face aux assassinats de dirigeantes et dirigeants en Amazonie, quel est votre message en réponse aux cris de détresse de celles et ceux qui souffrent ?

En réalité, c’est un fait qui nous renvoie au mystère pascal de Jésus ; c’est la passion, la mort et la résurrection de Jésus, et l’Amazonie est une région très convoitée par les grands intérêts des investisseurs. À cause des ressources naturelles abondantes qui s’y trouvent, on nous parle d’investissements très élevés de ceux qui détiennent le pouvoir économique et qui justement ne s’intéressent qu’à cultiver des liens pour extraire de grandes richesses, pour dilapider les ressources naturelles et les cultures ancestrales. 

D’une part, les assassinats désormais fréquents de ces frères et sœurs font aussi partie d’un processus douloureux de purification. Mais d’autre part, nous devons risquer la vie en suivant l’exemple de Jésus et c’est ce qui se passe avec nos frères et sœurs.

 

Le témoignage de Carlos Riudavets

Concernant l’assassinat du prêtre jésuite Carlos Riudavets à Yamaquenza (Amazonie nord-orientale du Pérou), que penser de ce lamentable événement violent ?

Il était un de mes collègues jésuites. Il a travaillé pendant 38 ans au collège Valentín Salegui de Fe y Alegría à Yamaquenza, un district du Chiriaco de la province de Bagua, dans le département d’Amazonas.

Avant Huancayo, j’ai été évêque du vicariat apostolique de Jaén, où se trouve ce territoire. Sa vie exprimait le désir de voir la mise en œuvre d’une approche éducative et intégrale pour les populations autochtones des cinq rivières que compte la zone. Et d’une certaine façon, nous pouvons dire que Carlos Riudavets a donné sa vie, en tant que prêtre et jésuite, à l’éducation des Autochtones awajús et wampis.

Entrevue accordée à Vida Nueva le 26 septembre 2018