Catastrophe minière au Brésil : les partenaires de Développement et Paix exigent la justice

10 décembre 2015

Les partenaires de Développement et Paix au Brésil condamnent la négligence et le manque de responsabilisation des sociétés impliquées dans une récente catastrophe minière aux conséquences tragiques. De l’avis de certains, il s’agit de l’un des pires désastres environnementaux de l’histoire du pays. Afin d’éviter qu’un tel événement ne se reproduise, ces partenaires exigent qu’un nouveau code minier puisse voir le jour et serve réellement à protéger les communautés et l’environnement, plutôt que les intérêts des entreprises minières.

Le désastre s’est produit lorsqu’une digue à rejets a cédé dans la mine de fer de la société Samarco, à Mariana, au sud-est du Brésil. L’accident a provoqué le déferlement de 55 millions de mètres cubes de boue et de résidus miniers, soit un volume équivalent à 25 000 piscines olympiques. Treize personnes ont perdu la vie et onze sont portées disparues. Selon les Nations Unies, les résidus «contenaient des taux élevés de métaux lourds et d'autres substances toxiques».

Des images prises sur place montrent des maisons et des voitures couverts de boue et emportés par une vague de déchets toxiques qui déferle sur les communautés avoisinantes.

« Les habitants n’ont pas été alertés par l’entreprise. Ils se sont mis à courir quand ils ont entendu le barrage se briser, pour s’enfuir rapidement vers les collines et les hauteurs du district. Plusieurs témoins ont vu des personnes emportées par les flots. Les maisons, les écoles, les installations électriques ou encore les routes ont été détruites », a témoigné un représentant du Mouvement des personnes affectées par les barrages (MAB), partenaire de Développement et Paix. De l’avis du groupe, un district abritant 620 personnes a vu 90 % de ses demeures disparaître. De plus, les personnes qui travaillaient dans le secteur de la pêche ou de l’écotourisme ont perdu leurs sources de revenus.

Les résidus du bassin de rétention se sont déversés dans la rivière Doce, contaminant l’eau et tuant la faune et la flore marine. La rivière, qui se classe parmi les plus grands bassins hydrographiques du Brésil, représente une source importante d’eau potable pour la région. Elle se jette dans l’océan Atlantique, dont les eaux littorales ont pris une teinte brunâtre au contact des déchets toxiques.

La mine est détenue en coentreprise par le géant minier australien BHP Billiton et la société brésilienne Vale, qui possède également des intérêts miniers à Sudbury, au Canada.

Le groupe Justiça nos Trilhos, également partenaire de Développement et Paix, milite depuis longtemps contre les pratiques irresponsables de la société Vale, et dénonce son mépris des droits des communautés touchées par ses activités minières.

La mobilisation rapide des communautés et le tollé général soulevé par la catastrophe ont exercé une pression sur le gouvernement du Brésil, qui a exigé que les entreprises impliquées dédommagent les communautés affectées, en plus de payer pour la vaste opération de nettoyage nécessaire pour relever la région. D’ailleurs, le gouvernement a intenté une poursuite de 20 milliards de dollars américains pour obtenir réparation des sociétés concernées.

Pour leur part, les entreprises disent ne pas connaître la cause de l’effondrement. Cependant, il semble de plus en plus évident que le bassin contenait un volume d’eau fortement supérieur à sa capacité de rétention, ce qui aurait contribué à endommager la structure. Or, divers groupes, dont le MAB, ont ressorti une étude réalisée par un groupe environnemental en 2013, selon laquelle le barrage présentait des faiblesses. On recommandait alors à Samarco d’améliorer ses méthodes de surveillance et d’élaborer un plan de secours, des mesures qui n’ont jamais été adoptées. Au lieu de cela, l’entreprise a réussi à obtenir l’aval des autorités locales pour prolonger les trois barrages de la mine. Préoccupées depuis des années par le danger que présentent ces barrages, les communautés environnantes craignent que les digues restantes ne cèdent à leur tour.

« Ces entreprises figurent parmi les plus importantes au monde. Malgré tous les profits qu’elles génèrent, elles refusent d’investir dans des mesures de sécurité de base pour prévenir des catastrophes de cette ampleur », a déclaré le MAB, avant d’ajouter qu’ « il n’y avait même pas de sirène pour alerter les centaines de résidents vivant en contrebas du bassin de retenue. »

La mine de Samarco est située dans la province de Minas Gerais, capitale minière du Brésil. En dépit de la catastrophe, le gouverneur de la province a réussi à déposer un projet de loi (le Projet de loi 2946/2015) qui stimulerait l’exploitation minière dans la région et réduirait la surveillance en matière de sécurité. Le projet de loi vise également à limiter la participation citoyenne au processus d’évaluation des retombées environnementales.

Pour l’instant, la mine de Samarco a suspendu ses activités. Divers organismes, dont le MAB et Justiça nos Trilhos, continueront d’accompagner les personnes touchées afin qu’elles soient dédommagées. Ces groupes contribuent également à organiser les collectivités pour qu’elles puissent prévenir de futures catastrophes et promouvoir un développement qui place les personnes et l’environnement au-dessus des profits.

« Notre travail consiste à faire preuve de solidarité pour les victimes de cette tragédie, à mobiliser les familles touchées et à les outiller, afin qu’elles puissent exiger que l’entreprise prenne ses responsabilités et adoptent des mesures pour qu’une telle situation ne se reproduise plus », a indiqué le MAB.

« Nous devons aussi empêcher l’adoption de la réforme proposée pour le code minier brésilien, car cette loi ne servirait que les intérêts des sociétés minières. Le texte a été rédigé par des avocats qui défendent ces entreprises et par des politiciens dont les campagnes ont été principalement financées par des minières », a ajouté le groupe.

Le congrès du Brésil tente depuis 2013 d’imposer une réforme du code minier, en dépit de vives critiques et de l’opposition généralisée des mouvements sociaux et des organisations de la société civile. Plusieurs partenaires de Développement et Paix ont plaidé auprès du gouvernement pour faire modifier le projet de loi, car certaines clauses affaibliraient les protections socio-environnementales, notamment en ce qui concerne l’utilisation et la contamination de l’eau douce. Ces revendications sont d’autant plus importantes qu’une crise de l’eau potable sévit dans plusieurs régions du Brésil. Ces groupes dénoncent également le fait que les réformes proposées placent les intérêts des minières au-dessus de considérations qui assurent le bien-être de la population, comme l’agriculture ou la nécessité de protéger les communautés traditionnelles et les écosystèmes fragiles. Enfin, elles critiquent le fait que les collectivités touchées par l’exploitation minière sont exclues du processus de réforme.

« Si on veut garantir le respect et la protection des citoyens et de l’environnement à l’avenir, il faut faire en sorte que les législateurs écoutent la population et tiennent compte de ses préoccupations et de ses droits dans le processus de réforme », a conclu le MAB.