Cimenter les relations en Syrie pour consolider la paix

15 mars 2016

Est-il possible de construire la paix comme on bâtit une demeure? Pour la Maison de la paix, la réponse est oui!

Soutenue par Développement et Paix, cette nouvelle organisation d’édification de la paix s’attache à ériger des fondations solides pour l’avenir de la société syrienne. Alors même que la paix peut sembler inatteignable pour les Syriennes et les Syriens, les fondateurs de la Maison de la paix croient que la réconciliation est encore possible. Cependant, pour y arriver, il faut agir dès maintenant et non pas attendre que les champs de bataille se soient tus, laissant derrière eux des blessures profondes et indélébiles.

Ainsi, la Maison de la paix a élaboré un plan de construction qui consiste à travailler avec d’autres organisations locales pour apaiser les tensions sociales entre divers groupes et tracer des sentiers vers la coexistence pacifique et la réconciliation.

« Nous travaillons avec des organisations et des communautés locales pour les aider à cerner des avenues potentielles pour la paix et leur suggérer des pistes d’action », rapporte Elias Sadkni, directeur et cofondateur de la Maison de la paix. Auparavant, Elias a œuvré auprès du Service jésuite des réfugiés (JRS), en aidant ce partenaire de Développement et Paix à acheminer son aide humanitaire à Alep. À mesure que la guerre empirait et que les perspectives de paix s’éloignaient, il continuait de croire en la nécessité de placer les actions de paix à l’avant-plan de tout travail auprès des communautés.

« Actuellement, on voit même les tensions monter entre des personnes d’affiliation politique semblable. Cela s’explique par les changements dans les circonstances socioéconomiques des personnes, et les façons dont ils doivent désormais interagir. À présent, chaque aspect de l’identité d’une personne compte — sa religion, son urbanité ou sa ruralité, sa classe sociale… Toutes ces divisions augmentent quotidiennement, exacerbées par des violences brutales, des bombardements, des persécutions, l’oppression et l’extrémisme qui se perpétuent dans la presque totalité des régions, même celles éloignées des zones de combat. Je suis convaincu qu’il nous faut travailler sur la paix sociale dès maintenant », poursuit Elias, qui a obtenu sa maîtrise en Conflit, sécurité et développement à l’Université du Sussex au Royaume-Uni.

De retour dans la région, et influencé par ses études et par l’approche neutre de JRS, Elias a établi les fondements de sa vision. Pour ce faire, il s’est inspiré des composantes d’une maison, en s’intéressant d’abord à la main d’œuvre, qui correspond aux organisations locales travaillant auprès de la population syrienne, ainsi qu’aux briques, soit les actions que ces dernières entreprennent. Ensuite, il a envisagé les diverses pièces de la maison, qui représentent les nombreuses communautés formant la société syrienne. La cour arrière, qui sert à entreposer l’information recueillie, est entretenue par des jardiniers, ou des spécialistes de divers domaines qui peuvent recommander les meilleures façons de cultiver les fragiles racines de paix subsistant encore. Et bien sûr, il y a les voisins, c’est-à-dire les organisations internationales qui, comme Développement et Paix, appuient les initiatives locales.

Cette vision implique non seulement de s’attaquer aux tensions qui dominent actuellement, mais aussi de mettre à jour les divisions latentes qui ont été exploitées par les diverses factions guerrières pour créer le sectarisme violent auquel on assiste aujourd’hui.

« Les âmes meurent à petit feu », constate Elias. « Même si la guerre a gravement miné la cohésion sociale de la Syrie, nous devons faire preuve de courage et admettre que notre histoire est loin d’être parfaite. Auparavant, il n’y avait pas de lutte ouverte entre les groupes et nous vivions dans la paix, mais on ne nous a pas appris à nous aimer les uns les autres. La violence a projeté nos différends au premier plan et nous devons les régler. »

Même si la Maison de la paix souhaite éventuellement mener des actions en Syrie, l’organisation est actuellement établie au Liban, où un million de Syriennes et de Syriens se sont déjà réfugiés. Dans ce pays de quatre millions d’habitants, les tensions sociales liées au manque d’espace et de ressources sont inévitables.

« Il nous faut donc examiner tout ce que les communautés locales vivent au quotidien. Parfois, quelque chose d’aussi simple que d’inviter les gens à faire la file pour du pain quand il pleut et de leur fournir des parapluies peut contribuer à atténuer les frictions », explique Elias.

Le groupe a commencé à offrir des ateliers à d’autres acteurs locaux et à recevoir des propositions pour des initiatives de paix, mais ses représentants admettent que le contexte actuel complique leur travail. Cependant, ils refusent d’abdiquer, faisant valoir qu’on ne construit pas une maison robuste et solide du jour au lendemain. « La population syrienne n’est pas dénuée d’espoir et nous devons croire en cette société », affirme Elias. « Nous ne sommes pas prêts à partir, ou à accepter que la situation actuelle soit sans appel. »

Voyant que les Syriennes et les Syriens refusent de renoncer à leur pays ou à la paix, alors même qu’ils traversent le pire de la guerre, n’avons-nous pas l’obligation, ici au Canada, de nous comporter en bons « voisins »? Ne devons-nous pas les appuyer pleinement dans la construction d’une maison où tous peuvent vivre dans la dignité et la sécurité?

Pour appuyer la paix en Syrie, signez la pétition de Développement et Paix ou faites un don au fonds de secours pour la Syrie.