Comment le commerce l’emporte sur le climat

16 décembre 2015

S’il est vrai que la COP21 se concentre sur les négociations elles-mêmes, les nombreux événements dynamiques organisés parallèlement par la société civile et les mouvements sociaux représentent un côté plus effervescent de cette conférence mondiale.

L’un des événements les plus attendus était une table ronde formée entre autres de la militante canadienne Naomi Klein et de Joseph Purugganan, coordonnateur de Focus on the Global South aux Philippines, un des partenaires de Développement et Paix.

La table ronde s’est penchée sur une transition juste vers une économie sans carbone et le fait que les accords commerciaux forment le principal obstacle à cette transition. Naomi Klein a cité plusieurs exemples canadiens où des accords de libre-échange actuels et l’Organisation mondiale du commerce ont accordé la préséance aux intérêts des entreprises sur la capacité d’une nation à agir pour le bien commun. Elle a évoqué le cas de l’Ontario, où le gouvernement provincial a présenté un plan pour remplacer les emplois manufacturiers touchés par la crise financière de 2008 en éliminant progressivement le charbon et en introduisant les énergies vertes. Malgré le succès initial du plan, la transition a été interrompue brusquement lorsqu’une entreprise a poursuivi le gouvernement de l’Ontario pour perte de profits et a gagné. « Le commerce l’emporte sur le climat », répétait-elle après chaque exemple, révélant la puissance dangereuse du commerce et les influences en action.

Joseph Purugganan, dont le travail chez Focus on the Global South consiste à analyser l’impact des accords commerciaux sur les populations les plus pauvres et les plus vulnérables aux Philippines, a parlé de la réalité sur le terrain. Il a expliqué que le gouvernement philippin a mis en place des politiques contradictoires, cherchant d’une part à obtenir la justice climatique en faisant payer aux pays développés une indemnisation pour la vulnérabilité des Philippines aux catastrophes climatiques, mais d’autre part, s’inclinant devant les grandes sociétés qui contribuent aux changements climatiques, notamment dans le secteur agroalimentaire ou l’exploitation minière. Conséquence : les Philippines subissent déjà les effets épouvantables des changements climatiques, comme en témoigne le super typhon Haiyan. Selon lui, aux Philippines, le commerce l’emporte sur la survie même du peuple.

Les accords commerciaux comme l’Accord de partenariat transpacifique (PTP) et l’Accord économique et commercial global (AECG) intervenu entre l’Union européenne et le Canada, ont été qualifiés de traités qui vont saper les initiatives de réduction des émissions de carbone et de limitation de la hausse de la température mondiale sous les 2 degrés Celsius. Contrairement à celui qui émanera de la COP21, ces accords sont contraignants. Cela signifie que les pays sont à la merci des entreprises, qui peuvent les poursuivre en justice si elles estiment que l’État a mis en place des conditions qui entravent leur capacité de fonctionner et d’engranger des profits.

Bien que les obstacles à la lutte contre les changements climatiques semblent infranchissables et écrasants, les panélistes ont tenu à terminer la soirée sur une note positive. Ils ont rappelé aux 3000 personnes réunies dans la salle les succès qu’a connus le mouvement climatique jusqu’ici, notamment la mobilisation de masse inspirante de tous les milieux dans le cadre des préparatifs de la COP21. Au bout du compte, le changement est possible parce que même si le commerce l’emporte sur le climat, le pouvoir du peuple l’emporte sur tout!