9 décembre 2015

Depuis près d’une semaine, les négociations sur le climat vont bon train à Paris. L’objectif de la COP21 est clair : obtenir une entente ambitieuse, légalement contraignante qui permette de limiter la hausse de la température en-deçà de 2° Celsius d’ici 2100 et qui appuie les pays du Sud dans leur lutte contre les changements climatiques. En résumé, l’Accord doit faciliter, pour toutes et tous, une transition vers une économie alimentée à 100 % par les énergies renouvelables.

Sans être exclusifs, deux critères peuvent permettre d’évaluer si cette future entente favorisera réellement l’émergence d’un nouveau modèle économique et énergétique qui ne reposera plus sur les énergies fossiles : une réduction immédiate et drastique des émissions de gaz à effet de serre (GES) et une justice climatique pour les communautés les plus pauvres déjà affectées.

Une réduction immédiate et drastique des émissions de gaz à effet de serre (GES)

D’ici le 11 décembre, fin de la Conférence de Paris, chaque pays doit présenter ses objectifs de réduction d’émissions de GES après 2020. Le décompte des contributions nationales doit limiter la hausse moyenne de la température à 2°C d’ici 2100. Cependant, pour que ces objectifs nationaux soient efficaces, des mécanismes de révision et de suivi devront être mis en place dès maintenant afin d’évaluer les progrès réalisés par les pays en fonction des cibles établies jusqu’à 2020. À ces mécanismes de révisions pourraient s’ajouter des sanctions si les pays n’atteignent pas leurs cibles.

Les objectifs de réduction de GES d’ici 2020 doivent être pris au sérieux et des plans réalistes mis en œuvre par chaque pays afin que les cibles soient atteintes. Dans un souci de cohérence, ce plan doit cesser toute forme de subventions aux énergies fossiles et investir des sommes conséquentes dans le développement d’énergie renouvelables.

Quels sont les obstacles à l’identification de cibles ambitieuses?

Le droit au développement est le principal argument soulevé par les pays émergents, comme l’Inde pour justifier l’utilisation des énergies fossiles, principalement le charbon. L’accès à l’énergie, particulièrement l’électricité, est essentiel pour mettre fin à la pauvreté. Toutefois, l’Inde se dit prête à réduire de plus de 30% ses émissions de GES d’ici 2030 si des ressources financières et technologiques sont mises à sa disposition pour faciliter sa transition énergétique et économique. Les réductions de GES, pour la grande majorité des pays du Sud, deviennent donc conditionnelles à un engagement financier des pays du Nord.

Où en est le Canada?

La cible du Canada pour 2020 est de réduire ses émissions de 17 % par rapport aux niveaux de 2005. Il s’agit d’une cible insuffisante qui a été établie en 2009 dans le cadre de l’Accord de Copenhague. À moins d’un changement de cap radical, il est maintenant largement admis que le Canada n’atteindra pas cet objectif. Si le Canada est sérieux lorsqu’il dit être de retour dans la lutte contre les changements climatiques, il doit se doter rapidement d’un plan réaliste qui lui permettra d’atteindre ses cibles.

En ce qui concerne les cibles post-2020, le gouvernement Trudeau a conservé celles de son prédécesseur, soit une réduction de 30% des émissions de GES d'ici 2030, sous les niveaux de 2005. Toutefois, le gouvernement Trudeau reconnaît que ces cibles sont modestes. Ainsi, elles sont présentées comme étant des cibles minimales qui seront révisées et augmentées sur une base régulière. La première révision des cibles canadiennes devrait avoir lieu dans les 90 jours suivant l’Accord de Paris.

La justice climatique pour les communautés déjà affectées

L’Accord de Paris doit garantir l’accès aux ressources financières et techniques nécessaires pour faciliter l’adaptation aux changements climatiques et la transition vers une économie faible en carbone pour les pays du Sud et ce, tout en leur garantissant l’accès à l’énergie nécessaire pour leur développement. Ce financement, qui doit être majoritairement public et attribué sous forme de subventions, doit être à la hauteur des responsabilités historiques des pays développés. Il est impératif qu’il soit prévisible et transparent.

Quels sont les obstacles au financement climatique?

Il semble y avoir un consensus sur le devoir d’appuyer les pays du Sud de même que les petits États insulaires dans leurs efforts d’adaptation et de réduction des GES. Cependant, on constate d’importantes divergences autour de l’appui donné aux pays dits émergents tels que l’Inde, le Brésil ou encore le Mexique. Même si d’importants problèmes de pauvreté subsistent dans ces pays, les pays développés, comme le Canada, argumentent que le bien-être de ces populations est une responsabilité nationale que les pays émergents devraient être en mesure d’assurer seuls.

Où en est le Canada?

L’engagement du Canada sur ces enjeux est plutôt positif. Le gouvernement Trudeau a annoncé une enveloppe financière de 2,65 milliards de dollars répartie sur 5 ans pour appuyer les pays les plus pauvres dans la mise en œuvre d’une économie basée sur les énergies renouvelables et pour les aider à s’adapter aux changements climatiques. Nous sommes encore loin de la juste part canadienne qui est de 4 milliards de dollars par année à partir de 2020. Ces sommes doivent être additionnelles à l’aide publique au développement, ce que n’a pas spécifié le gouvernement. Le gouvernement soutient que le secteur privé devra lui aussi contribuer sa juste part aux finances climatiques, cependant ceci ouvre la porte à des abus potentiels d’influence aux impacts dangereux

Enfin il faut souligner l’engagement pris par le Premier ministre Trudeau dans son discours d’ouverture sur la fin des subventions aux énergies fossiles. Jusqu’à maintenant, le gouvernement fédéral octroie près de 1,7 milliards de dollars par année de subventions à l’industrie de l’énergie fossile et ce, sans compter les 2,8 milliards de dollars qu’accorde Exportation et Développement Canada à la production d’énergie fossile. Si le gouvernement Trudeau maintien le niveau actuel de subventions accordées aux énergies fossiles, alors il dépensera 8 fois plus dans les secteurs des énergies fossiles qu’il ne le fera pour la finance climatique au cours des 5 prochaines années (22,5 milliards de dollars de subventions aux énergies fossiles contre 2,65 milliards de dollars pour la finance climatique).