Déclaration sur les dernières violences contre la population Rohingya en Birmanie

29 septembre 2017

Compte tenu de leur intérêt marqué pour l’Asie-Pacifique ou de leur longue expérience dans la région, les personnes et organisations de la société civile canadienne soussignées se disent extrêmement préoccupées par la dernière vague de violence militaire contre la population civile rohingya dans le nord-ouest du Myanmar.

L’armée birmane inflige actuellement une punition collective, disproportionnée et illégale aux civils rohingyas, dans la foulée d’attaques menées par l’Armée de libération des Rohingyas de l'Arakan contre de nombreuses installations militaires et policières, le 25 août 2017. En effet, l’armée a invoqué ces agressions pour justifier l’attaque systématique et la destruction par le feu de villages rohingyas ; nombre de civils ont été violés ou tués au cours de ces opérations.

Cette dernière flambée de violence s’ajoute à des attaques menées en octobre 2016, au cours desquelles l’armée birmane a assailli des dizaines de villages, causant un nombre incalculable de morts et déplaçant plus de 80 000 personnes. Les plus récentes attaques ont aussi déplacé des centaines de milliers de personnes supplémentaires. L’Agence des Nations Unies pour les réfugiés estime que, depuis le 25 août, environ 410 000 musulmans rohingyas ont fui la violence du Myanmar, leur pays natal, pour s’abriter dans des camps de réfugiés au Bangladesh.

En réaction à ces événements, plusieurs lauréats du Nobel de la paix ont exhorté Aung San Suu Kyi à condamner la violence, tandis que le rapporteur spécial de l’ONU pour le Myanmar l’a enjoint à « se mobiliser ». Le 18 septembre 2017, la conseillère d’État a condamné les violations des droits de la personne. Bien que nous accueillions favorablement cette déclaration, nous croyons qu’elle est affaiblie par le refus de la conseillère de reconnaître les interventions militaires et policières en cours, ainsi que par l’insistance du gouvernement du Myanmar de nier l’existence d’une campagne massive contre la population civile.

Regrettablement, le gouvernement du Myanmar n’a fait aucun effort public pour enrayer la violence ; au contraire, les paroles et les actions de ses représentants ont fortement contribué à aggraver la situation. En outre, le gouvernement a systématiquement empêché l’aide humanitaire de se rendre aux Rohingyas, ce qui pourrait constituer un crime en vertu du droit international. Enfin, il a toujours nié les rapports faisant état de sévices commis par des militaires et, actuellement, il empêche une équipe d’enquêteurs mandatés par les Nations Unies d’accéder à la région.

Nous accueillons avec satisfaction l’engagement récent du gouvernement du Canada de verser 2,5 millions de dollars en aide et nous invitons Affaires mondiales à examiner d’autres façons d’augmenter l’aide consacrée aux besoins les plus urgents, tels que déterminés par les organisations de première ligne. Par ailleurs, nous applaudissons la lettre du premier ministre Trudeau à Aung San Suu Kyi, soulignant l’obligation morale de cette dernière d’endiguer la crise, ainsi que l’annonce de la ministre des Affaires étrangères, Chrystia Freeland, confirmant son intention de mener des représentations à l’Assemblée générale des Nations Unies. Concernant ce dernier point, nous exhortons le gouvernement du Canada à mettre en place les mesures suivantes sans délai :

  • Utiliser toutes les voies diplomatiques à sa disposition, particulièrement son ambassade à Yangon, pour influencer et accompagner Daw Aung San Suu Kyi et le gouvernement du Myanmar, afin de garantir la cessation des hostilités, la protection des droits humains du peuple rohingya et la dénonciation des exactions perpétrées par l’armée birmane ;
  • Exiger que le gouvernement du Myanmar accorde le libre accès à la mission de l’ONU pour établir les faits, établie en mars 2017 par une résolution du Conseil des droits de l’homme de l’ONU ;
  • Insister pour obtenir un accès humanitaire et livrer des secours d’urgence dans l’État de Rakhine ;
  • Insister auprès des représentants officiels du Myanmar pour qu’ils cessent les déclarations incendiaires qui mettent en danger le personnel humanitaire et habilitent l’armée à poursuivre sa campagne contre les civils ;
  • Encourager le recours à toutes les voies juridiques – nationales et internationales – afin de traduire en justice les personnes responsables des atrocités et des violations des droits de la personne ;
  • Imposer immédiatement l’interdiction d’entrée à tous les dirigeants de l’armée birmane qui tenteraient de visiter le Canada ;
  • Proposer l’adoption par les Nations Unies d’un embargo sur les armes à l’encontre de l’armée birmane, afin de réduire la violence persistante dans l’État de Rakhine, ainsi que dans les États Kachin et Shan ;
  • Encourager le gouvernement du Myanmar à démontrer son sérieux dans l’élaboration de solutions constructives et durables pour l’État de Rakhine, notamment par l’application des recommandations du rapport final du Comité consultatif relatif à l’État de Rakhine ; appuyer le gouvernement du Myanmar en ce sens.

Nous, personnes et organisations soussignées, continuerons de suivre la situation et exhortons le gouvernement du Canada à poursuivre ses efforts pour remédier à cette crise humanitaire qui ne cesse de s’aggraver.

Les organisations suivantes appuient la présente déclaration :

Associates to Develop Democratic Burma / Euro-Burma Office

Burmese Muslim Association

Comité Canada Tibet

Collectif canadien Anti-Islamophobie

Fédération canadienne des femmesdiplômées des universités

Syndicat Canadien de la function publique

Développement et Paix – Caritas Canada

Initiatives et Changements Canada

Innerspeak Digital Media

Inter Pares

International Coalition on Human Rights in the Philippines – Canada

International Development and Relief Foundation

KAIROSInitiatives œcuméniques canadiennes pour la justice

Lawyers’ Rights Watch Canada

Mae Sot Education Project

Fonds international MATCH pour les femmes

MY STORY photo project

National Union of Public and General Employees

Comité pour les droits humains aux Philipines de l'Ontario

Partners Relief & Development Canada

Brigades de paix internationales - Canada

The Primate’s World Relief and Development Fund

Project Umbrella Burma

Fonds de justice sociale de l’Alliance de la Fonction publique du Canada

Rohingya Association of Canada

Fonds humanitaire des Métallos

South Asia Partnership Canada

Fonds de justice sociale d’Unifor

USC Canada

L'Entraide universitaire mondiale du Canada

Les personnes suivantes appuient également la présente déclaration. Elles possèdent toutes une vaste expérience du Myanmar, pour y avoir travaillé ou pour avoir agi en solidarité dans la lutte pour les droits de la personne et la démocratie dans ce pays :

Milagros Arguelles

Brenda Belak

Dominique Caouette, Études contemporaines et transdisciplinaires de l’Asie du Sud-Est, Université de Montréal

Naima Chowdhury, spécialiste en leadership féminin et en questions de genre, COADY International Institute, Université Saint Francis Xavier

Paul Copeland, C.M.

Rod Germaine, fondateur de l’ancienne Just Aid Foundation

Fareed Khan, auteur de la pétition Change.org pour retirer à Aung San Suu Kyi sa citoyenneté canadienne honoraire

Susan Hartley, boursière du programme Rotary Global Peace

Murray Thomson, cofondateur de Canadian Friends of Burma

Nisha Toomey, ancienne membre du conseil d’administration de Canadian Friends of Burma

Paul Turcot, South House Exchange

Jody Williams, lauréate du prix Nobel de la paix (1997) et présidente de la Nobel Women’s Initiative