Brésil - Commission pastorale de la Terre

Des marchés locaux pour l’agriculture à petite échelle

24 février 2012

« La structure agraire brésilienne est une structure qui nécessite de profonds changements si nous voulons un pays plus libre et démocratique. »
José Gomes Neto, secrétaire, Commission pastorale de la terre (CPT)


Culture des légumes par une famille d’agriculteurs engagés à travers la CPT

« En visitant la CPT, nous avons constaté que, autant au Brésil qu’au Canada, nos organismes tirent leurs origines de l’Église catholique, peu de temps après Vatican II. Au Brésil, devant la misère des paysans, les évêques ont fondé la CPT, en pleine période de dictature. Plusieurs organismes, à vocation plus spécifique, sont nés de cette Commission. La Conférence des évêques catholiques du Canada, quant à elle, a fondé Développement et Paix pour favoriser la solidarité et un développement nord-sud plus équitable, en proposant des activités et des projets porteurs des valeurs du message évangélique. »
Richard Beaucher, membre de Développement et Paix

Au Brésil, les établissements agricoles comptent 85 % de fermes familiales contre 15 % d’entreprises privées. Pourtant, ce sont ces dernières qui profitent de 75 % de la superficie des terres arables, ne laissant que 25 % aux fermes familiales. Quand on sait que l’agriculture familiale est responsable de la production de la majeure partie des aliments consommés par la population brésilienne, cet écart, qui ne cesse d’augmenter, met un frein à la sécurité alimentaire.

« C’est un manque de sagesse que de maintenir des millions de personnes loi des moyens de productions, concentrant dans peu de mains la richesse et les biens qui sont destinés par la nature à tout le monde ! », affirme José Gomes Neto.

Forte de ses 36 années d’expérience dans la lutte pour la réforme agraire et pour la défense des droits des travailleuses et des travailleurs de la terre, la CPT, partenaire de  Développement et Paix, appuie, forme et mobilise des communautés agricoles dans tout le Brésil.

Programmes d’achat local

Grâce aux efforts de milliers de personnes et de communautés mobilisées via la CPT autour de la question de la réforme agraire, le gouvernement brésilien a récemment mis sur pied deux programmes qui facilitent l’ouverture de marchés locaux pour les petites productions agricoles. Il s’agit du programme d’acquisition des aliments et du programme national d’alimentation scolaire. Ils visent les hôpitaux, les écoles, les prisons, les centres pour personnes âgées et certains groupes communautaires. Désormais, 30 % à 40 % de la nourriture servie par ces services publics doivent provenir des petites productions agroécologiques locales. C’est un changement important autant pour ces dernières que pour les bénéficiaires des services publics, qui n’avaient autrement accès qu’à des aliments transformés, souvent de mauvaise qualité, issus des multinationales.

Afin d’accéder à ces programmes, les petites productions agricoles font face à plusieurs défis. Elles doivent entre autres satisfaire aux exigences agroécologiques en vigueur au Brésil. La CPT les appuie dans leurs démarches, donne des formations sur l’agroécologie, organise des activités de sensibilisation et met sur pied des réseaux qui favorisent le partage d’expériences et l’échange de bonnes pratiques.

Grâce à ce programme et à l’appui de la CPT, les petites productions agricoles bénéficient d’un marché pour leurs aliments et peuvent obtenir un rendement plus régulier. Certaines d’entre elles commencent même à transformer les produits de base et à créer des petites entreprises paysannes.

Romarias de la terre et de l’eau

La mission de la CPT consiste à renforcer les capacités des Brésiliens et des Brésiliennes, le « peuple de la terre et de l’eau », afin qu’ils et elles puissent contribuer au changement social dans leurs communautés. Pour y arriver, la CPT organise, chaque année, des Romarias de la terre et de l’eau partout au Brésil. Les personnes participantes, appelées romeiros, venues de tous les comtés d’un état, se réunissent pour partager expériences, luttes, projets et espérances. Ces rencontres leur donne l’opportunité de réfléchir ensemble dans une perspective à la fois pastorale et politique.

Changer le système, pas le climat !
C’était le slogan de la dernière Romaria de la terre et de l’eau de l’État de Bahia, à laquelle ont participé quelques milliers de personnes, dans la ville de Bom Jesus da Lapa. Ce sont les changements climatiques qui ont nourri les réflexions de la romaria, en continuité avec celles de l’an dernier, où les romeiros s’étaient posé la question suivante : « Terre mère, où allons-nous ? ».