Des scènes d’apocalypse autour de Grand’Anse en Haïti, durement frappée par l’ouragan Matthew

8 novembre 2016

Quand on arrive par les montagnes dans le département isolé de Grand’Anse, au sud-ouest d’Haïti, des scènes terribles de dévastation et de désolation transforment le paysage. Ce sont des scènes d’apocalypse, comme si la région avait été ravagée par un feu hors de contrôle plutôt que par un ouragan. Des bananiers et des cocotiers s’inclinent dans des mares d’eau stagnante. Les arbres qui sont restés debout, malgré des vents de 250 km à l’heure, ont les feuilles brunies et desséchées et luttent pour retrouver un souffle de vie. Le ciel est brumeux, obscurci par les nuages de fumée provoqués par les feux que les gens allument pour brûler les débris, ou pour transformer les arbres tombés en charbon de bois.

Le département de Grand’Anse est une zone montagneuse et éloignée qui venait tout juste d’être connectée à la capitale Port-au-Prince par une route décente. C’était l’une des rares régions d’Haïti à avoir encore de la forêt. Son sol fertile produit du cacao et du café de qualité et une abondante production agricole.

Trois semaines après le passage de l’ouragan, le département de Grand’Anse ressemble encore à un terrain vague.

Même si c’est une zone habituée aux tempêtes tropicales, la force sans précédent de l’ouragan Matthew a laissé la région en ruine. Les rues étroites de la ville principale de Jérémie sont encore couvertes de débris, et les nombreuses maisons sont entourées de mares d’eau fétide, la menace du choléra planant constamment dans l’esprit des gens.

Caritas Jérémie, un chapitre diocésain de Caritas Haïti, se trouve loin dans la forêt de Grand’Anse, dans le village de Léon. Une route cahoteuse et boueuse nous mène à leurs modestes bureaux, entourés de jardins et de forêt ravagés. L’évêque à l’époque, Mgr Willy Romelus, avait choisi d’installer le bureau de Caritas dans ce petit avant-poste plutôt qu’en ville parce qu’il estimait que Caritas devait être près des gens qu’elle sert.

C’est d’ailleurs cette approche qui a orienté la réponse de Caritas à l’ouragan Matthew, une réponse centrée sur les zones éloignées, puisque la plupart des distributions ont lieu dans les centres urbains. Ceux qui vivent loin en forêt n’ont pratiquement reçu aucune aide et n’ont même pas été contactés par les autorités gouvernementales.

Comme nous l’explique Marie-Raymonde Mesnel, une employée de Caritas qui travaille avec les femmes de la région, certaines femmes vivent dans des zones de montagnes tellement isolées que le gouvernement ne connait pas leur existence. Il y a eu peu de présence gouvernementale depuis l’ouragan et, même si les gens ont perdu leurs toits et leurs récoltes, ils se moquent un peu lorsqu’on leur demande s’ils ont eu la visite des autorités.

Avec des élections prévues le 20 novembre prochain, le gouvernement intérimaire d’Haïti a inexplicablement refusé de décréter l’état d’urgence, ce qui a grandement limité l’aide internationale et contribué à une sous-évaluation de la situation.

« Dans deux ou trois mois, ce sera la famine, » dit le Père Saint-Alphonse, directeur de Caritas Jérémie. « C’est la saison des semences, mais les gens ont perdu leur dernière récolte et n’ont pas de graines à semer » explique-t-il.

Jusqu’à maintenant, Caritas a distribué des rations de nourriture et des trousses d’hygiène, apportant ainsi une aide essentielle, mais le Père Saint-Alphonse sait que ce n’est qu’une goutte d’eau face à l’ampleur des besoins. « Les gens n’ont pas de toit et il pleut sans cesse. Ils sont vulnérables aux maladies et ne peuvent pas dormir. »

Caritas Jérémie, avec le soutien de Développement et Paix - Caritas Canada, a fait des distributions dans le village de Léon, au bord de la rivière.

Le ciel de Jérémie est brumeux, obscurci par la fumée des feux que les gens allument pour brûler les débris ou transformer les arbres tombés en charbon de bois, comme source de revenus.

Avec cinq bouches à nourrir dans sa famille, Nerlande Clairveau a réussi à faire durer sa ration de pâtes, d’huile, de pois, de riz et de maïs pendant 22 jours, mais ils seront bientôt à court. « Nous avons perdu toutes nos récoltes, même les arachides que nous vendons d’habitude au marché. » La famille n’a donc plus de revenus et ne peut pas acheter de feuilles de tôles pour réparer le toit. « Nous n’avons pas encore commencé à nettoyer nos champs. Cela prendra probablement deux mois, » dit-elle.

Sa mère âgée nous montre la cuisine qui s’est complètement effondrée. « Nous sommes reconnaissants à Caritas parce qu’il n’y a eu personne d’autre. Nous espérons qu’ils pourront continuer à nous aider, » dit Nerlande.

Mais bien sûr, cela dépendra de la solidarité des gens et de leurs dons qui permettront à Développement et Paix et à ses partenaires, comme Caritas Jérémie, de répondre aux besoins à long terme de la population, alors qu’ils doivent reconstruire leurs vies.

 

Aidez Développement et Paix à restaurer la dignité de ceux et celles qui ont tout perdu à cause de l’ouragan Matthew.

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