Développement et Paix écrit au nouveau premier ministre du Canada

Développement et Paix souhaite établir un premier contact avec le nouveau premier ministre du Canada, le très honorable Justin Trudeau. Ainsi, nous lui avons adressé une lettre afin de lui transmettre nos félicitations et surtout, lui faire part de nos recommandations sur trois enjeux particulièrement importants : les changements climatiques, la crise en Syrie et l’industrie extractive canadienne. Développement et Paix sollicite une action rapide du gouvernement afin de rétablir le leadership du Canada en matière d’aide internationale et de lutte contre les changements climatiques.

Développement et Paix accorde beaucoup d’importance à son travail de plaidoyer, tant au Canada qu’à l’international, et espère établir un dialogue avec certains membres du nouveau Conseil des ministres fédéral, qui, soulignons-le, constitue une avancée majeure en terme de parité et de diversité culturelle.

David Leduc, Directeur général de Développement et Paix signe la lettre adressée au nouveau Premier ministre du Canada.

 

 

Montréal, le 10 novembre 2015

Le très honorable Justin Trudeau
Premier ministre du Canada
80, rue Wellington
Ottawa (Ontario) K1A OA2

Monsieur le Premier ministre,

Au nom des membres et partenaires de DÉVELOPPEMENT ET PAIX, je vous transmets nos plus sincères félicitations pour votre victoire et celle du Parti libéral du Canada (PLC) aux élections du 19 octobre dernier. Nous désirons profiter de cette occasion pour vous faire part de nos recommandations concernant trois enjeux d’importance pour la justice sociale et économique, au Sud comme au Nord : les changements climatiques, la crise en Syrie et l’industrie extractive canadienne.

DÉVELOPPEMENT ET PAIX est une organisation catholique de solidarité internationale. Nous travaillons avec des partenaires en Afrique, en Amérique latine, en Asie et au Moyen-Orient. Nous regroupons des milliers de membres au Canada qui militent pour appuyer les personnes les plus pauvres dans leur lutte pour la justice et la dignité humaine.

Ces dernières années, les actions du gouvernement du Canada en matière de justice sociale, au pays et sur la scène internationale, n’ont pas été à la hauteur des attentes des Canadiennes et Canadiens ou de nos engagements passés. Cependant, nous accueillons avec optimisme plusieurs des promesses formulées dans le cadre de votre campagne électorale, dont l’augmentation de l’aide publique au développement consentie par le Canada et le recentrage de cette aide sur les pays les plus pauvres et les plus vulnérables. Ces engagements marquent un tournant qui pourra rétablir le leadership du Canada en matière d’aide internationale. En outre, nous accueillons favorablement votre ouverture au dialogue et nous saurons solliciter votre collaboration aux moments opportuns.

C’est d’ailleurs avec un sentiment d’urgence que nous recommandons à votre gouvernement d’agir rapidement sur trois enjeux spécifiques, afin de permettre au pays de prendre un nouveau départ dans le domaine de la justice sociale et économique.

1. Les changements climatiques

DÉVELOPPEMENT ET PAIX applaudit l’annonce de votre participation à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21). Nous appuyons également l’engagement électoral du PLC à travailler en partenariat avec les provinces dans l’élaboration d’une stratégie énergétique canadienne. Finalement, nous nous réjouissons des promesses faites par votre parti durant la campagne, pour appuyer le développement des technologies vertes et supprimer graduellement les subventions accordées à la production de combustibles fossiles.

Toutefois, afin que le gouvernement du Canada soit en mesure d’assumer un véritable rôle de leadership sur les questions climatiques, nous l’appelons à :

  • organiser dans les prochains jours une rencontre des premiers ministres des provinces en préparation à la grande conférence de Paris;
  • établir des cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES) précises et ambitieuses pour 2025, tout en faisant preuve d’un leadership décisif au plan national pour atteindre les cibles établies pour 2020;
  • contribuer significativement aux mécanismes financiers publics afin de fournir aux populations les plus vulnérables les ressources nécessaires pour s’adapter aux changements climatiques; en outre, ces ressources doivent être allouées en surplus de l’aide publique au développement déjà consentie.

2. La crise en Syrie

Depuis plus de quatre ans, la Syrie est plongée dans une guerre civile sanglante déclenchée dans la foulée des contestations des « printemps arabes ». Lors de ces « printemps », le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord ont été secoués par un ensemble de révolutions majeures qui ont exposé les causes structurelles du mal développement et de l’injustice. En Syrie, ce « printemps » a donné jour aux mouvements d’opposition  pacifistes ou armés  qui contestent le régime autoritaire de Bachar al-Assad et qui souhaitent une transition démocratique du pays. Cependant, il a aussi révélé la menace grandissante des mouvements islamistes radicaux qui ont pris de l’ampleur dans la région depuis la guerre en Irak. Les rebelles kurdes sont aussi des acteurs incontournables du conflit et de sa régionalisation. Malheureusement, ce sont les populations civiles qui paient le prix fort de cette guerre dont l’épicentre est en Syrie, mais qui s’étend sur toute la région et qui a maintenant des répercussions directes en Europe avec l’arrivée massive de réfugiés syriens et irakiens.

Dans ce contexte, nous saluons votre engagement à accueillir 25 000 réfugiés syriens d’ici la fin de 2015. Nous nous réjouissions aussi de votre décision de mettre fin à la participation canadienne aux frappes aériennes contre l’État islamique en Irak et en Syrie, tout en maintenant un rôle pour le Canada au sein de la coalition internationale.

Néanmoins, nous rappelons à votre gouvernement que la crise actuelle illustre de façon criante la nécessité de trouver une solution politique négociée à ce conflit, d’ailleurs à l’origine de graves crises humanitaires. Dans ces circonstances, DÉVELOPPEMENT ET PAIX réitère les demandes formulées précédemment au gouvernement du Canada, c’est-à-dire :

  • augmenter le financement de l’aide destinée aux Syriennes et Syriens victimes de la crise et consentir des efforts à long terme pour la réconciliation et la reconstruction du pays;
  • exiger que toutes les parties impliquées dans le conflit respectent le droit international humanitaire et, en particulier, exiger la protection des civils et l’accès sans entrave à l’aide humanitaire;
  • contribuer activement à l’élaboration d’un processus de paix inclusif, sachant que toute solution durable à ce conflit ne pourra être que diplomatique et négociée. Le Canada doit participer à instaurer des mesures économiques et politiques pour mettre un terme à la violence, telles que des initiatives visant à tarir les sources de financement et d’armement des belligérants.

3. L’industrie extractive canadienne

L’industrie extractive canadienne a une forte présence à travers le monde, particulièrement dans les pays du Sud. Malheureusement, certaines des entreprises du secteur font également l’objet d’accusations croissantes et crédibles de violations des droits de la personne. Par le passé, DÉVELOPPEMENT ET PAIX a pu compter sur votre appui relativement au projet de loi C-300, présenté par John McKay en 2010, et au projet de loi C-584, déposé en 2014, qui portaient respectivement sur l’exploitation minière responsable et la responsabilité sociale des entreprises extractives canadiennes dans les pays en développement. En effet, le gouvernement du Canada doit s’assurer que les compagnies extractives canadiennes respectent les droits de la personne, y compris les droits des travailleuses et des travailleurs et les législations environnementales, et ce, partout où elles agissent.

C’est pourquoi nous réitérons aujourd’hui notre demande pour la création d’un mécanisme juridique au Canada, sous la forme d’un poste d’ombudsman du secteur extractif. Cette personne aurait le pouvoir d’enquêter sur les violations et de recommander des sanctions contre les entreprises qui, dans l’exercice de leurs activités, ne respectent pas les droits de la personne.

Outre les enjeux présentés ci-dessus en lien avec notre travail de plaidoyer au Canada et à l’international, DÉVELOPPEMENT ET PAIX est également préoccupé par les questions autochtones, au Canada comme dans les pays du Sud. Ainsi, nous attirons votre attention sur la nécessité de mettre en œuvre les recommandations du rapport de la Commission de vérité et réconciliation du Canada, et plus particulièrement de respecter les normes et les principes de la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, d’ailleurs appuyée par le Canada en 2010.

Enfin, nous tenons à vous féliciter d’avoir établi la parité et la diversité culturelle au sein de votre Conseil des ministres.

En conclusion, Monsieur le Premier Ministre, nous entrevoyons avec joie la possibilité de collaborer à l’établissement de vos priorités en matière de politique étrangère et de coopération internationale. C’est pourquoi nous aimerions pouvoir vous rencontrer dès que possible afin de discuter d’une approche qui placera la justice sociale et économique au cœur de la politique intérieure et étrangère du Canada et de ses actions.

Nous vous prions de bien vouloir agréer, Monsieur le Premier Ministre, nos salutations distinguées.

Le directeur général,

David Leduc

Pour lire la lettre, cliquez sur l’image.