Développement et Paix rend hommage à l’un des plus fervents défenseurs de la justice sociale au Canada

20 septembre 2017
William F. Ryan, was a Jesuit priest

William F. Ryan était un jésuite, un économiste diplômé de Harvard et l’un des penseurs les plus influents de l’Église d’après Vatican II. Il a été fondateur et directeur de plusieurs organisations religieuses dont le Center of Concern à Washington D.C. et le Jesuit Forum for Social Faith and Justice à Toronto, où il a agi à titre de conseiller jusqu’à son décès, le 8 septembre dernier à la résidence des jésuites de Pickering, en Ontario.

Après 19 années de formation jésuite, Bill a été recruté au nouveau bureau des Affaires sociales des évêques catholiques. Il a été l’auteur de nombreux textes qui ont incarné la nouvelle énergie insufflée par Vatican II. Bill se rappelle que « c’était formidable de travailler avec les évêques qui revenaient de Vatican II, avec une équipe de prêtres compétents et bilingues ainsi que de laïques, hommes et femmes, désireux de recréer l’Église au Canada. Nous avons œuvré de façon œcuménique, ainsi qu’avec les syndicats et d’autres organisations, afin de mettre en place une conférence nationale sur le système canadien de santé publique et une conférence internationale sur la pauvreté dans le monde. »

C’est au cours de son mandat au sein du bureau des Affaires sociales, que les évêques ont créé Développement et Paix. Bill a contribué à organiser une importante rencontre, en juillet 1966, qui a « recommandé que les évêques établissent une organisation catholique nationale ayant trois objectifs : l’éducation du public aux responsabilités des Canadiens envers les personnes pauvres, les secours d’urgence et l’aide au développement. Le groupe souhaitait aussi que cette nouvelle organisation permette une grande implication des laïques et s’associe avec d’autres Églises et programmes publics ». Bill était membre du comité qui a eu à mettre en œuvre cette recommandation.

Bill a été invité à participer au Synode mondial des évêques catholiques en 1971 en tant que peritus (conseiller); il était fier, à juste titre, de cet énoncé important du synode sur « la justice dans le monde » qui demandait « que l’action au nom de la justice et de la participation à la transformation du monde nous apparaisse désormais comme une dimension constitutive de la prédication de l’évangile. »

En 1971, on a demandé à Bill de mettre en place, à Washington D.C., un centre qui serait une voix pour la justice internationale. Cette idée avait été lancée par le secrétaire général des Nations Unies, U Thant, et par le père Pedro Arrupe, supérieur général de la Société de Jésus. Bill a utilisé ce don qu’il avait de trouver des personnes exceptionnelles pour lancer cette nouvelle organisation, et il a aussi trouvé du financement auprès des communautés religieuses de femmes. Il a voulu faire de ce Center of Concern un lieu d’hospitalité, de collaboration, de dialogue et d’action qui rapprocherait la tradition sociale catholique des signes des temps et de l’actualité dans le monde. Le Center of Concern est le représentant des États-Unis à la CIDSE (Coopération internationale pour le Développement et la Solidarité), cette alliance internationale d’organisations religieuses de développement et de plaidoyer, gérées par des laïques, et dont Développement et Paix est membre.

Bill a été élu à la Congrégation générale des Jésuites qui a orienté cet ordre vers la promotion d’une foi tendue vers la justice. Il a servi plus tard comme Supérieur provincial des Jésuites pour le Canada anglais, avant de revenir à la Conférence des évêques catholiques du Canada (CECC) en tant que Secrétaire général. On ne peut résumer tout ce qu’il a accompli dans un court article, mais plutôt dans sa biographie: “Faith and Freedom: the Life and Times of Fr. Bill Ryan » ou découvrir ses souvenirs personnels ici : http://ignation.ca/2017/09/15/keyword-jesuit-genre-autobiography-what-being-a-jesuit-means-to-me-bill-ryan-sj/

Bill a aussi travaillé au prestigieux Centre de recherche en développement international (CRDI) sur un projet de religion et développement. Voici ce qu’il en dit : « Cela a été très demandant, trois années pleines de défis au cours desquelles j’ai voyagé partout dans le monde – visitant même, à une certaine période, jusqu’à 28 pays en quatre mois. J’ai ainsi pu contribuer à la production de trois études très significatives ».

Depuis 2007, le père Ryan s’est consacré au Forum for Social Faith and Justice, dont il a été un conseiller spécial jusqu’à sa mort. Il a dit du Forum : « Sous le leadership d’Anne-Marie Jackson (qui a travaillé de nombreuses années à Développement et Paix), notre tâche est d’aller au-delà de l’information et de l’analyse dans notre lecture des signes des temps. Nous travaillons par petits groupes de sept ou huit personnes pour discuter honnêtement – et non débattre – des enjeux de justice sociale et d’environnement ». Le Forum a fait un travail remarquable pour faire connaître les déclarations récentes du pape François, dont les préoccupations sociales et écologiques qu’il a exprimées dans Laudato Si.

Pendant ses dernières années, le père Ryan dégageait une force tranquille, enracinée dans la prière, le discernement et la rigueur intellectuelle. Dans un commentaire récent suite au décès du père Ryan, le président actuel du Centre for Concern, Lester Myers, a dit : « Par sa grâce, son intelligence et son attention aux autres, le père Ryan a incarné la tradition ignacienne et l’esprit de Vatican II et préfiguré l’engagement courageux et prophétique du pape François ».

 

Merci à Danny Gillis, chargé de la coordination de la campagne du jubilé, pour cet hommage.