En Amérique latine, les défenseurs des droits de la personne risquent leur vie

24 mai 2016

Le 7 janvier 2016, Nilce Magalhães de Souza est portée disparue de son domicile et n’a plus jamais été revue. Surnommée Nicinha dans sa communauté, elle figurait parmi les têtes dirigeantes du Mouvement des personnes affectées par les barrages (MAB), un partenaire de Développement et Paix au Brésil. Nicinha militait activement contre la centrale hydroélectrique de Jirau, dans l’État du Rondônia, au nord du pays. En effet, la construction de ce barrage en Amazonie a durement éprouvé les collectivités locales, engendrant des déplacements forcés, l’érosion des terres, l’épuisement des stocks de poissons, ainsi que de graves difficultés financières associées aux pertes de récoltes lorsque la rivière locale déborde.

Nicinha appelait au respect de la terre, des forêts et des rivières de cette région riche en biodiversité et réclamait l’indemnisation des communautés touchées par les effets dévastateurs du projet. Sa disparition n’ayant pas fait l’objet d’une enquête approfondie, et le principal suspect s’étant récemment évadé de prison, de sérieuses questions persistent quant à l’impunité du crime. 

« Le travail des défenseurs des droits de la personne est essentiel pour édifier une société démocratique et consolider l’État de droit. »

Commission interaméricaine des droits de l’homme

 
 
 

Toutefois, il ne s’agit pas d’un cas isolé. De plus en plus, les défenseurs des droits de la personne en Amérique latine subissent du harcèlement, de l’intimidation, des menaces de mort et même des atteintes à leur vie, simplement parce qu’ils réclament le respect des droits de leur collectivité. En 2015, cinquante personnes ont perdu la vie au Brésil en raison de disputes territoriales. Pendant ce temps, le Honduras continue de figurer parmi les pays les plus dangereux pour les défenseurs des droits de la personne et des droits écologiques. 

Récemment, la Commission interaméricaine des droits de l’homme (CIDH), basée à Washington D.C., a publié une déclaration pour condamner cette situation, citant le cas de Nicinha, ainsi que l’assassinat de cinq autres défenseurs des droits de la personne au Brésil au cours des deux premiers mois de 2016. La déclaration souligne également la mort de deux membres du Mouvement des paysans sans terre (MST), un autre partenaire de Développement et Paix. Précisant que les États ont l’obligation d’enquêter sur les auteurs de ces crimes et de les traduire en justice, la Commission réclame de meilleures protections pour les défenseurs des droits de la personne :

« La Commission rappelle qu’en plus de porter atteinte aux garanties universelles pour tous les êtres humains, les actes de violence et autres types d’attaques mettent également en péril le rôle fondamental des défenseurs des droits de la personne dans la société. De plus, ces actes affectent les populations au nom desquelles ces défenseurs agissent, en augmentant la vulnérabilité et en réduisant les défenses de toutes les personnes dont ils affirment les droits. »

 

Situation critique au Honduras

La situation demeure également critique pour les militantes et militants du Honduras. Le meurtre récent de Berta Cáceres, une leader autochtone Lenca, n’a toujours pas été élucidé. Et malgré l’indignation générale provoquée par cet incident, un deuxième chef autochtone, Nelson García, a été assassiné moins de deux semaines plus tard.

 Pour en savoir davantage sur la situation au Honduras. 

Actuellement, une autre militante Lenca, Ana Miriam Romero, subit aussi des menaces violentes en raison de son opposition à un projet hydroélectrique controversé. Le projet Los Encinos, qui sera construit sur les terres ancestrales du peuple Lenca, a profondément divisé la collectivité d’El Potrero, près de Marcala dans le département de La Paz, opposant le camp des protestataires à celui qui espère la création d’emplois. Les autorités locales ont clairement affiché leur appui au projet et les règles de droit ne semblent plus s’appliquer : les actes de violence à l’égard des opposants au projet restent impunis, sans espoir de justice pour les victimes. 

Le 9 mai dernier, Ana Miriam a été intimidée par quatre hommes armés, une violence qui n’est pas nouvelle pour cette mère d’enfants en bas âge. L’automne dernier, alors qu’elle était enceinte, elle a été battue par un groupe d’hommes et de policiers. Son mari, un dirigeant du Mouvement autochtone lenca de La Paz (MILPA), a également reçu des menaces de mort et le couple a vu sa maison rasée en janvier. Depuis, le conjoint d’Ana Miriam vit dans la clandestinité. En effet, au Honduras, les menaces de mort contre les défenseurs des droits de la personne et des droits écologiques ne doivent pas être prises à la légère : en 2015, vingt chefs Lencas ont été tués dans des circonstances nébuleuses, vraisemblablement en raison de leur opposition à de grands projets de même nature. 

Développement et Paix continue d’appuyer ses partenaires dans leurs efforts pour défendre les droits de la personne et les droits écologiques, et pour réclamer que justice soit faite face à ces crimes odieux. Nous invitons le Canada à utiliser sa tribune au sein de la Commission interaméricaine des droits de l’homme, en exhortant les États membres à adopter des mesures de protection adéquates pour les défenseurs des droits de la personne dont la vie est menacée, ainsi qu’à mener des enquêtes appropriées pour traduire les coupables en justice.