En Colombie, des familles paysannes et des communautés autochtones continuent d’être menacées par la violence

9 avril 2015

Au coucher du soleil le 18 mars, une soixantaine d’hommes cagoulés ont pris d’assaut la maison de Mme Marleny Benitez dans la région de Chocó en Colombie, tirant des coups de feu, retenant et battant son fils et un voisin, et blessant gravement tous les résidents.

Après ces attaques initiales, ils ont brûlé la maison de Mme Benitez, l’expulsant de force, elle et les membres de sa famille.

Une fois à l’intérieur du poste de police de Santa Maria, les hommes ont retiré leurs cagoules devant de nombreux témoins civils. La police a alors refusé d’intervenir au nom de la famille.

Mme Benitez et plusieurs de ses voisins ont été la cible de ces hommes armés parce qu’ils sont des familles déplacées retournant sur leurs terres. La région du Chocó, surtout habitée par des communautés autochtones et afrocolombiennes, est le théâtre de violences depuis des années, et de nombreuses familles ont dû fuir leurs terres sous peine de représailles.

Une grande partie de leurs terres a été accaparée de manière violente par l’agrobusiness qui exploite la terre pour cultiver de l’huile de palme, les bananes et d’autres monocultures.

Avec l’aide d’organisations locales comme la Commission interecclésiale pour la Justice et la Paix (CIJP), l’un des partenaires de Développement et Paix en Colombie, les personnes déplacées défendent leur cause et négocient avec le gouvernement pour la restitution de leurs terres.
Bien que l’État ait commencé à redistribuer les terres et que les familles reviennent, la région demeure très instable, sans aucune garantie de sécurité pour ceux qui souhaitent reprendre le cours de leur vie. Les hommes armés qui ont attaqué Mme Benitez brandissaient des tronçonneuses et ils ont détruit des maisons et des bâtiments appartenant à d’autres familles réinstallées dans la région.

« L’attaque contre la famille de Marleny Benitez fait d’autant plus mal qu’elle avait été annoncée. Ils avaient déjà été menacés. Ils avaient été déplacés de leurs terres il y a plus de 17 ans, mais peu à peu, ils avaient commencé à revenir », explique le père Alberto Franco, secrétaire exécutif de la CIJP, qui a appris l’attentat contre Mme Benitez et sa famille lors d’une tournée au Canada en tant que visiteur du Sud invité par Développement et Paix.

Mme Benitez, son fils et ses voisins se remettent actuellement de leurs blessures.

Il précise que, il y a 18 mois seulement, cette famille en particulier a été intimidée et menacée par une force d’occupation de 100 hommes, qui affirmaient que ses terres leur avaient été données et qu’ils en reprendraient possession par la violence.

Malgré l’insistance d’un ombudsman qui indique que la région est dangereuse pour les personnes déplacées qui souhaitent y revenir, le tribunal civil itinérant chargé de la restitution des terres a rejeté une injonction de protection déposée par les familles du Conseil des communautés, sous le prétexte qu’il y n’avait aucune preuve de violence dans le territoire.

« Ces familles ont été menacées il y a quelques jours et le gouvernement a déclaré qu’il n’existe aucun risque; c’est pourquoi il n’y n’avait aucune injonction en place protégeant leurs terres ou leurs familles. Et maintenant, avec cette attaque, on peut voir qu’il y a de puissants intérêts économiques en jeu qui ne reconnaissent pas les droits du peuple à occuper son territoire et qui continuent de privilégier les bénéfices par rapport à la vie humaine, les profits avant la vie », conclut le père Franco.
 
Développement et Paix poursuit sa collaboration avec la CIJP pour contribuer à rétablir la paix dans la région de Chocó et y défendre les droits des communautés.