En solidarité avec ceux qui s’opposent aux pipelines sur leurs terres ancestrales

Le gouvernement du Canada a récemment annoncé qu’il rejetait la construction du pipeline Northern Gateway, qui aurait traversé les forêts protégées de Colombie-Britannique, mais il a toutefois approuvé deux autres pipelines, dont le controversé projet Trans Mountain de Kinder Morgan, malgré la farouche opposition des communautés autochtones et des municipalités que ces pipelines vont traverser. Ces projets vont à l’encontre de l’engagement du gouvernement, pris dans le cadre de l’accord de Paris, de réduire les émissions de GES d’ici 2030.

Cette annonce survient alors que se poursuivent les manifestations à Standing Rock, une réserve autochtone des peuples sioux du Dakota, pour s’opposer au projet de pipeline Dakota Access qui menace leur terre et leur eau. En 2014, le tracé de cet oléoduc a été redirigé au travers de la réserve, après que le plan initial ait été rejeté suite à l’évaluation environnementale.

Les communautés autochtones de toute l’Amérique du Nord et du monde se sont déplacées pour appuyer les Sioux dans leur rôle de protecteurs de la terre et de l’eau. Alors qu’approche la date butoir de définition du projet en janvier 2017, les actions de la police, de l’armée, et des forces de sécurité de la compagnie de construction du pipeline contre ceux qui sont réunis pour s’y opposer, sont devenues de plus en plus violentes. Les gaz lacrymogènes, les chiens, les balles de caoutchouc, le gaz poivré et les canons à eau sous des températures polaires ont tous été utilisés contre les manifestants. Plus de 500 personnes ont été arrêtées au cours des manifestations!

Les populations sont de plus en plus sensibilisées face aux impacts environnementaux néfastes et aux changements climatiques générés par ce genre de projets, ainsi qu’aux violations des droits des autochtones auxquels ces projets donnent souvent lieu. Le mouvement mondial pour mettre fin à ce modèle de développement destructeur, centré sur l’exploitation des ressources non renouvelables, est en pleine croissance. Malgré cela, les compagnies réagissent souvent avec force, et les défenseurs de l’environnement se retrouvent criminalisés, ou voient leurs vies menacées, particulièrement en Amérique latine. Les événements récents de Standing Rock montrent de façon inquiétante que cette tendance semble se répandre.

Développement et Paix – Caritas Canada exprime sa solidarité à ces protecteurs de l’eau de Standing Rock, dont le courage face aux violations des droits humains et aux actes de répression doit nous inspirer tous à devenir les défenseurs de notre maison commune.

Dans son encyclique Laudato Si’, le pape François nous rappelle le rôle que nous devons toutes et tous assumer afin de défendre la Mère Terre, tout comme nos sœurs et nos frères de Standing Rock. Lors d’un discours tenu à la rencontre mondiale des mouvements populaires de Bolivie en juillet 2015, il nous dit :

« La maison commune de nous tous est pillée, dévastée, bafouée impunément. La lâcheté dans sa défense est un péché grave. Nous voyons avec une déception croissante comment les sommets internationaux se succèdent les uns après les autres sans aucun résultat important. Il y a un impératif éthique, clair, définitif et urgent, d’agir, qui n’est pas accompli. On ne peut pas permettre que certains intérêts – qui sont globaux mais non universels – s’imposent, soumettent les États ainsi que les organisations internationales, et continuent de détruire la création. Les peuples et leurs mouvements sont appelés à interpeler, à se mobiliser, à exiger – pacifiquement mais avec ténacité – l’adoption urgente de mesures appropriées. Je vous demande, au nom de Dieu, de défendre la Mère Terre. Sur ce thème, je me suis dûment exprimé dans l’Encyclique Laudato si’, dont je crois qu’elle vous sera remise à la fin. »

– le pape François –

Le Canada doit respecter les droits des Autochtones et ses propres engagements face aux changements climatiques

Suite à cette décision du gouvernement canadien, les manifestations ont déjà débuté à Vancouver, où le pipeline Trans Mountain de Kinder Morgan doit passer, ainsi qu’ailleurs au Canada.

L’analyse scientifique est pourtant claire, si l’humanité veut éviter les impacts dévastateurs des changements climatiques sur le plan économique et environnemental, les deux tiers de toutes nos réserves pétrolières doivent rester sous terre. Or, la construction de ces oléoducs ne fera qu’encourager davantage l’exploitation des sables bitumineux. Les changements climatiques affectent déjà les populations les plus pauvres et les plus vulnérables des pays du Sud et cela ne fera qu’empirer, si on n’agit pas immédiatement pour les contrer.

Si le gouvernement canadien veut maintenir le leadership prometteur qu’il a démontré lors des pourparlers sur le climat aux Nations Unies, ainsi que son engagement à respecter les droits autochtones, il doit prendre des décisions qui respectent l’accord de Paris, ratifié à la Chambre des Communes en octobre dernier, ainsi que son adhésion à la Déclaration des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones. En rejetant le projet Northern Gateway, le gouvernement a su démontrer qu’il est capable de consulter, d’écouter et de respecter ceux qui sont les plus affectés. Il doit maintenant démontrer la même rigueur pour les autres projets.

Le gouvernement doit aussi soutenir les provinces, particulièrement celles dont l’économie est basée sur les combustibles fossiles, dans leur transition vers une économie basée sur les énergies renouvelables.

Développement et Paix veut rappeler ici les engagements qu’il a demandé au gouvernement canadien de prendre lors des négociations sur le climat de la COP21 à Paris.

  1. établir des cibles de réduction des gaz à effet de serre (GES) précises et ambitieuses pour 2025 et 2030, tout en faisant preuve d’un leadership décisif au plan national pour atteindre les cibles établies pour 2020 ;
  2. mettre en place d’ici 2020 un plan national de décarbonisation de l’économie canadienne afin de favoriser une transition juste de notre économie en nous éloignant rapidement d’un modèle de développement économique à hautes émissions de carbone en faveur d’un modèle économique basé sur l’efficacité énergétique et les énergies renouvelables qui assure une décarbonisation complète de l’économie d’ici 2050 ; et
  3. contribuer significativement aux mécanismes financiers publics, afin de fournir aux pays du Sud les ressources nécessaires pour s’adapter aux changements climatiques et ce, en vertu de la notion de « responsabilités communes mais différenciées »