Guy Des Aulniers, chargé de programmes pour les urgences, de retour d'une mission au Burundi

14 octobre 2011

Pacifique fait partie de la nouvelle vague de leaders de la société civile au Burundi. Il est le président du plus important réseau d’organisations dans le pays et le secrétaire exécutif du Collectif de la société civile pour le monitoring des élections - COSOME. Avant mon départ, nous avons partagé un repas en compagnie de Jean-Marie-Vianney, activiste des droits de la personne récemment nommé à la Commission nationale indépendante sur les droits de l’Homme – CNIDH. La vieille et la nouvelle génération. Pacifique est un personnage charismatique qui monte aux barricades avec un discours vigoureux mais rigoureux. Je le vois donc arriver, accompagné, oh surprise, par un garde armé. Sécurité oblige nous dit-il. Il nous informe qu’il ne pourra rester longtemps car il a reçu un appel l’informant qu’il serait préférable de rentrer tôt…

Joseph et Macaire sont les chefs de file du mouvement des caféiculteurs. Ils ont repoussé notre rencontre pour tenir une conférence de presse urgente afin de répliquer à une émission diffusée plus tôt sur les ondes de la société d’État. Ils veulent rétablir les faits : les agriculteurs sont pour la privatisation de l’industrie du café mais pas selon les termes imposés par la Banque mondiale. Les caféiculteurs doivent être entendus et écoutés.

J’ai rencontré ces personnes, ces amis, lors de mon dernier passage au Burundi - une semaine après le massacre de Gatumba, ville située tout près de la capitale, qui a fait 36 morts. Cette tragédie a rappelé les horreurs de la guerre civile. Le pays a pourtant fait des avancées significatives depuis plusieurs années : l’armée est maintenant une institution qui joue son rôle républicain, l’ethnisme n’est plus l’unique prisme d’analyse, la CNIDH mise en place compte sur des activistes reconnus des droits de l’homme, la société civile joue son rôle démocratique, etc. Mais la pauvreté extrême et la mauvaise gouvernance dans un contexte de fragilité font craindre le pire. À cela, il faut maintenant ajouter la diminution significative de l’aide internationale à la fois auprès du gouvernement et de la société civile au Burundi. Les Pacifique, Joseph et Macaire ont pourtant besoin de nous.