Budget fédéral 2018

Hausse du budget de l'aide internationale : une bonne nouvelle en demi-teinte

8 mars 2018
Hausse du budget de l'aide internationale

Développement et Paix – Caritas Canada accueille favorablement la hausse annoncée, dans le récent budget fédéral 2018, du montant de l’aide publique internationale, mais appelle le gouvernement du Canada à accroître ses efforts afin de rapprocher le niveau du budget de l’aide à 0,7% du PIB, soit la cible reconnue à l’international.

Un budget qui commence à mettre les « femmes au cœur de la paix »

La hausse du budget fait écho à notre campagne d’éducation et de mobilisation lancée à l’automne dernier, « Les femmes au cœur de la paix », qui demande au gouvernement du Canada d’adopter une stratégie et un échéancier pour parvenir à un niveau d’aide publique au développement représentant 0,7 % du Revenu national brut (RNB); et de s’assurer que les ressources allouées soient orientées vers  les femmes et les organisations de femmes œuvrant pour prévention de la violence et la construction de la paix dans des pays marqués par les conflits armés.

 Signer notre pétition en ligne :devp.org/fr/education/fall2017/agissons

Cette hausse budgétaire doit permettre d’appuyer la nouvelle Politique féministe d’aide internationale du gouvernement fédéral, présentée en juin dernier par la ministre du Développement international et de la Francophonie. Cette politique constitue une nouvelle approche canadienne en matière de développement et de sécurité internationale, en plaçant le renforcement des femmes et des filles au cœur des programmes et des initiatives.

De plus, dans le texte sur le budget présenté cette semaine, le gouvernement affirme vouloir mettre l’accent, entre autres, « sur les points de vue et la participation des femmes et des filles, y compris en soutenant des organismes locaux de femmes, afin de défendre les droits des femmes et de surmonter les obstacles ».

Cependant, nous doutons que ce montant soit suffisant pour atteindre les objectifs de renforcement et d’autonomisation des femmes et des filles, qui sont disproportionnellement touchées par la pauvreté, les inégalités, les changements climatiques et les conflits.

Le gouvernement prévoit une hausse du budget de 2 milliards de dollars sur 5 ans, ce qui constitue le plus important investissement dans ce secteur depuis 16 ans. Toutefois, jusqu’à cette annonce, le gouvernement libéral s’était contenté de garder le budget de l’aide au niveau où le précédent gouvernement conservateur l’avait maintenu. Ainsi, l’an dernier, le montant investi dans l’aide internationale représentait 0,26% du Revenu national brut (RNB), alors qu’il était à 0,49% du RNB en 1988. Cela place le Canada au 5e rang des pays du G7, derrière le Royaume-Uni, l’Allemagne, la France et l’Italie.

Malgré tout, le montant additionnel prévu pour l’aide canadienne s’avère insuffisant pour élever le niveau de l’aide international au-delà de 0,26% du RNB. Dans les faits, la répartition de cette enveloppe arrivera tout juste à combler les niveaux de l’inflation.

D’autre part, rappelons que l’augmentation importante du budget militaire –près de 14 milliards de dollars sur 10 ans, soit une augmentation de 70% – est maintenue, alors que les conflits armés représentent l’une des principales causes de vulnérabilité et d’insécurité, notamment pour les femmes et les filles, dans de nombreux pays du monde. Notre espoir serait que le gouvernement Canadien privilégie des approches axées sur la construction de la paix et le respect des droits humains plutôt que sur le renforcement militaire et que cela soit reflété dans le budget.

Le gouvernement fédéral profitera certainement du prochain Sommet du G7, dont il sera l’hôte en juin prochain à Charlevoix, pour promouvoir cette nouvelle approche et ses engagements financiers supplémentaires. Mais, dans les faits, nous avons encore beaucoup de rattrapage à faire tant au sein du G7 que sur la scène internationale, surtout, pour concrétiser les belles paroles et les engagements en résultats, dans la vie des communautés les plus pauvres des pays du Sud, exposées aux violences et aux catastrophes naturelles.

Montant alloué à l'ombudsman des droits de la personne

Développement et Paix se réjouit également du fait que le budget fédéral prévoit la somme de 6,8 millions de dollars répartie sur six ans pour le nouveau bureau de l’ombudsman canadien indépendant pour la responsabilité sociale des entreprises, dont la création a été annoncée en janvier 2018.

Cette modeste somme constituera une base adéquate pour l'établissement du bureau, mais nous espérons qu’au fur et à mesure que le nombre d’enquêtes augmentera, que le gouvernement allouera les fonds supplémentaires nécessaires pour mener à bien des enquêtes collaboratives et indépendantes.

Déception sur le front de la lutte aux changements climatiques

Enfin, malgré les quelques bons pas dans la bonne direction, la grande déception du budget fédéral 2018 réside certainement dans la faiblesse des mesures budgétaires visant à réduire nos émissions de gaz à effet de serre. En effet, force est de constater l’absence de mesures visant la réduction du soutien financier fédéral à la production d’énergies fossiles, un engagement pris auprès du G20 en 2009.

Encore ici, le Canada fait piètre figure : la plupart des pays du G7 ont débuté et même complété la révision de leurs subventions aux énergies fossiles, alors qu’Ottawa n’a toujours pas présenté les informations relatives aux subventions existantes, ni la feuille de route pour les éliminer d’ici 2025.

Pourtant, il est désormais largement reconnu que pour maintenir la hausse du climat en-deçà de 2° Celsius, les pays développés doivent impérativement débuter leur transition vers une économie sans énergies fossiles.

Pour en savoir plus, lire le communiqué du Réseau Action-Climat, dont Développement et Paix – Caritas Canada est membre

Lien vers le communiqué en anglais : https://climateactionnetwork.ca/2018/02/28/climate-action-network-canada-reacts-to-budget-2018/