Ida plutôt que la mine : des citoyennes et citoyens turcs se mobilisent contre une mine d’or canadienne

30 août 2019

Dans la mythologie grecque, on dit que les dieux ont observé le déroulement de la guerre de Troie du sommet du mont Ida, dans le nord-ouest de la Turquie. Cette montagne fait encore parler d’elle aujourd’hui puisque c’est à cet endroit que se déroule une lutte entre une compagnie minière canadienne et une communauté qui essaie de préserver ses forêts et ses montagnes.

Le Centre pour la justice spatiale (aussi appelé Beyond Istanbul), un partenaire de Développement et Paix — Caritas Canada, travaille avec les gens de Kirazli, dans la province turque de Çanakkale, préoccupés par les impacts sur la santé et sur l’environnement d’une mine d’or – étendue sur plus de 600 hectares - financée par la compagnie canadienne Alamos Gold.

« Dès que cette histoire a été publiée dans les médias, trois personnes de notre équipe (deux monteurs vidéo et un de nos membres fondateurs) se sont rendues sur les lieux. À ce moment, il n’y avait qu’une douzaine de militants locaux qui protestaient sur le site. Ils avaient organisé une vigile. Nous avons documenté l’impact de l’activité minière et les demandes de ces militants. Nous avons aussi tourné des images avec un drone, ce qui a attiré l’attention d’autres agences de presse, dont Reuters », explique Yaşar Adnan Adanalı, le directeur de Beyond Istanbul.

Beyond Istanbul aide les citoyennes et citoyens à reconnaître l’histoire et la valeur de leurs espaces de vie et à faire valoir leurs droits face à des projets de développement qui transforment et affectent négativement leur qualité de vie et leurs paysages. Développement et Paix soutient cette organisation pour son projet de Marches pour la justice environnementale et pour la production de reportages sur la justice spatiale.

Les images de drone prises par Beyond Istanbul ont révélé que le projet avait abattu beaucoup plus d’arbres que les 46 000 prévus au départ pour ouvrir la mine. Une organisation environnementale a estimé qu’au moins 195 000 arbres avaient été coupés. L’annonce de cette déforestation disproportionnée s’est répandue rapidement sur les médias sociaux, suscitant l’indignation. La colère du public a aussi été alimentée par une autre vidéo, relayée par Beyond Istanbul, où le PDG d’Alamos vantait le grand potentiel de rentabilité de cette mine en raison des faibles coûts d’investissements.

« Nous avons traduit cette vidéo en turc et l’avons partagée sur les médias sociaux. Cette vidéo a lancé le débat sur cette compagnie canadienne exploitant la nature en Turquie, sans considération pour les impacts sociaux et environnementaux. Cela est devenu un enjeu national, non seulement sur les réseaux sociaux, mais aussi pour les grandes agences de presse », ajoute Adanali.

Cela a galvanisé le soutien populaire, et des milliers de personnes sont venues de partout en Turquie pour se joindre aux protestations. Lors d’une manifestation pacifique, 5 000 personnes se sont rendues sur le site minier avec des pancartes portant des messages du genre : « Nous pouvons vivre sans or, mais nous ne pouvons pas vivre sans le mont Ida ».

« Notre combat s’appuie sur notre droit constitutionnel à vivre dans un environnement sain. Nous nous battons contre l’empoisonnement du bassin qui alimente la seule source d’eau potable à Çanakkale, le réservoir Atik Hisar. Nous nous battons pour stopper la pollution de l’air, du sol, de l’eau, etc. », déclare Rebiye Ünüvar, député maire de Çanakkale.

Cette histoire, qui a attiré l’attention des médias internationaux, soulève encore des questions sur les agissements des compagnies minières canadiennes à l’étranger. Depuis plus de 10 ans, Développement et Paix demande au gouvernement canadien de nommer un ombudsman ayant le pouvoir d’enquêter sur les plaintes émanant des communautés, afin de restaurer la réputation du Canada comme leader sur la question des droits humains. Mais le gouvernement tarde à mettre en place un bureau avec tous les pouvoirs nécessaires pour mener des enquêtes indépendantes et efficaces.

Développement et Paix continue d’agir en solidarité avec les communautés, comme celle de Kirazli, qui défendent leurs droits face à des grands projets de développement. « Grâce au soutien de Développement et Paix, nous avons pu prendre contact avec diverses organisations de la base et des organisations environnementales, travailler avec des monteurs vidéo, disposer d’un budget pour le transport et acheter l’équipement nécessaire. Nous avons pu répondre rapidement à cette situation, envoyer une équipe dès le début sur le terrain, et créer un impact social dans tout le pays », conclut Adanali.