La COP21 et après ?

Le 12 décembre dernier, au terme de deux semaines d’intenses négociations à la 21e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21), 195 pays ont adopté, par consensus, l’Accord de Paris. En effet, cet accord, souvent qualifié d’historique, constitue l’unique accord qui engage l’ensemble des pays de la planète sur les questions climatiques. Que 195 pays soient maintenant liés par une entente qui les forcera petit à petit à abandonner les énergies fossiles est effectivement historique.

Les espoirs suscités par l’accord de Paris…

Pour la première fois, un tel accord fixe comme objectif le maintien du réchauffement climatique « bien en-deçà de 2°C par rapport aux niveaux préindustriels » et de « poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5°C ». Ces objectifs ambitieux lancent un signal fort sur la nécessité d’effectuer une transition juste des énergies fossiles vers d’autres modèles énergétiques qui ont moins d’impacts sur l’environnement.

Le préambule de l’accord, mentionne également les droits humains, les droits des peuples autochtones, la justice climatique ainsi que la sécurité alimentaire. La mention de ces termes, porteurs d’une profonde remise en question du modèle de développement actuel, est très encourageante. Toutefois, dans la section concernant la mise en œuvre de l’entente, ces derniers sont absents ou remplacés par d’autres termes. Ainsi, dans la section opérationnelle du texte, on ne parle plus de « sécurité alimentaire » mais de « production alimentaire », ce qui a une signification tout-à-fait différente et qui affaiblit le côté progressiste de l’Accord de Paris.

… et les nombreux défis.

Lorsque nous portons une plus grande attention au texte, on s’aperçoit que plusieurs pans de l’entente dépendent essentiellement de la bonne volonté des décideurs politiques. L’objectif de limiter la hausse des températures mondiales « bien en-deçà de 2°C » est louable, mais si l’on se fie aux engagements nationaux de réduction de gaz à effet de serre (GES) présentés à Paris, une hausse des températures entre 2,7°C et 3,4°C est à prévoir d’ici 2100. Tous les pays, dont le Canada, doivent donc réévaluer, et ce rapidement, leurs objectifs de réduction de GES si nous souhaitons atteindre cette cible. Il est vrai qu’un cycle d’évaluation, de révision et de nouveaux engagements tous les 5 ans a été défini. De plus, il sera impossible pour les pays de diminuer leurs engagements lors de ces révisions. Toutefois, ce cycle ne débutera qu’en 2023 et aucune sanction ni contrainte ne sont prévues pour les pays n’ayant pas atteint leurs objectifs.

La question des finances climatiques laisse aussi à désirer. En effet, les pays développés n’ont fait que réitérer des engagements financiers déjà existants, soit de mobiliser un fond plancher de 100 milliards US pour 2020 et d’identifier un nouvel objectif financier post-2025. Les fonds publics cèdent le pas devant les engagements du secteur privé et la part pour l’adaptation est moins grande que pour les projets de réduction d’émission de GES, alors que les besoins sont grands en termes d’adaptation. Un aspect positif de l’entente, et qui a été négocié jusqu’à la toute dernière minute, est la reconnaissance des pertes et préjudices qui est désormais inscrite dans un article à part entière de l’entente. Le mécanisme de Varsovie (COP19 en 2013) est pérennisé, mais aucune compensation financière pour les pertes et préjudices dans les années à venir n’a été prévue.

Les interrogations soulevées !

On pourrait continuer cette liste et analyser l’Accord de Paris en profondeur, cependant ce serait faire fi de l’essentiel. L’accord de Paris est probablement le meilleur accord possible dans les limites qu’impose le cadre des Nations Unies, cependant il ne soulève pas la question essentielle des liens qui existent entre le système économique actuel et les changements climatiques.

L’entente met de l’avant des solutions technologiques et des solutions de marché plutôt qu’une véritable remise en question du modèle de développement que nous connaissons. Par exemple, les bourses du carbone associées à la conception de la terre et des territoires, considérés comme des puits de GES dans l’accord de Paris, est une menace directe à la souveraineté alimentaire et à l’accès à la terre des paysans, particulièrement dans les pays du Sud. L’article 4 affirme même que l’atteinte des objectifs de contrôle de température repose sur « un équilibre entre les émissions anthropiques par les sources et les absorptions anthropiques par les puits de gaz à effet de serre au cours de la 2e moitié du siècle. » Ce qui signifie qu’il n’est pas nécessaire de réduire nos émissions de GES si nous trouvons des solutions qui permettent la séquestration et la captation du carbone.

Le pape François, en accord avec les demandes formulées par les grandes mobilisations et événements qui ont eu lieu avant, pendant et après la Conférence de Paris, souligne dans son encyclique Laudato Si’, les problèmes associés à la croissance économique sans limite, nos modes actuels de production et de consommation. Il nous rappelle le piège de la technique et notre confiance irrationnelle dans le progrès, comme si les problèmes écologiques pouvaient se résoudre sans considérer les questions morales et éthiques (60). Le pape nous invite à regarder plus loin que les symptômes des dérèglements climatiques et nous demande de nous attaquer aux causes de ces changements, soit les modes actuels de production et de consommation (26). Il plaide aussi pour un accès, pour tous à des énergies propres et renouvelables (26).

L’accord de Paris est un cadre international, un signal politique fort et une direction à suivre. Il fera l’objet de nombreuses négociations et interprétations dans les années à venir. Les décideurs politiques du monde entier, y compris au Canada, doivent désormais démontrer leur ambition dans sa mise en œuvre. Le défi climatique ne pourra être relevé sans une remise en question profonde du modèle de développement actuel. Nous serons très vigilants afin de nous assurer que nous nous dirigeons bien vers une économie zéro carbone, un réchauffement maximum de 1,5°C et la prise en comptes des préoccupations des personnes les plus vulnérables.