La crise des réfugiés en Europe : « Les embarcations étaient frêles… J’ai cru que nous allions mourir. »

10 mai 2016

À ce jour, plus d’un million de réfugiés ont entrepris de traverser périlleusement la Méditerranée pour atteindre l’Europe. Shiar, 31 ans, en fait partie. « Mes parents voulaient assurer l’avenir de leurs enfants. Ils nous ont proposé de prendre un bateau jusqu’en Grèce. Cette idée m’effrayait, car j’avais vu les noyades de réfugiés à la télé. Mais ils ont insisté, alors je les ai accompagnés pour prendre soin d’eux », explique-t-il.

 

En raison de sa proximité avec la Turquie, la Grèce est devenue le point d’entrée principal pour les migrants et les réfugiés fuyant la guerre et la pauvreté de leur pays d’origine. Jusqu’à la signature d’un récent accord controversé entre l’Union européenne (UE) et la Turquie, la plupart de ces personnes entraient en Grèce pour ensuite se diriger vers la Macédoine, espérant ainsi traverser les Balkans pour atteindre les pays au nord de l’Europe, comme la Suède ou l’Allemagne. Cependant, avec ce nouveau traité, les réfugiés doivent désormais attendre qu’on les réinstalle ailleurs dans l’UE; par conséquent, plus de 50 000 personnes se retrouvent actuellement bloquées en Grèce. La ville frontalière d’Idomeni est particulièrement touchée car, malgré la fermeture de la frontière, de nombreux réfugiés s’y dirigent encore dans l’espoir d’entrer en Macédoine.

Dans ce contexte, les services dans les camps de transit revêtent une importance critique. Ainsi, Développement et Paix travaille avec Caritas Hellas (Grèce) et Caritas Macédoine pour fournir aux réfugiés et aux migrants des repas chauds, des paniers alimentaires, des bons pour des articles de première nécessité, des vêtements chauds et du matériel de couchage.

Caritas Hellas et Caritas Macédoine s’assurent également de fournir aux nouveaux arrivants des renseignements appropriés concernant les demandes d’asile, l’inscription comme réfugié, le transport et l’accès aux services dans les camps. Des travailleurs sociaux et des interprètes interviennent sur place afin de repérer les personnes les plus vulnérables qui pourraient avoir besoin de protection ou de services accrus.

Quant à Shiar, son aventure a débuté en 2012, lorsqu’il a quitté Alep pour la Turquie afin d’échapper à son enrôlement dans l’armée syrienne. Il croyait alors que son statut de Kurde le placerait au front, où les chances de survie sont minces. Ses parents et ses deux sœurs l’ont rejoint en 2015, lorsque leur rue s’est transformée en zone de combat entre l’Armée syrienne libre et les forces du gouvernement et qu’ils ont vu des missiles voler dans le ciel.

Malheureusement, les membres de la famille n’ont pas réussi à obtenir des papiers valables en Turquie. Par conséquent, ils n’ont pas pu obtenir des soins de santé et les sœurs de Shiar ne pouvaient pas aller à l’école. C’est dans ce contexte que le père a décidé de tenter la traversée vers l’Europe. « En faisant appel à des connaissances, mon père a pris contact avec des passeurs, de jeunes hommes dans la trentaine et la quarantaine. Certains de ces trafiquants étaient armés de pistolets et d’autres de carabines. Ils étaient fous et méchants. Nous avons fait huit heures d’autocar jusqu’à Troie, sur la côte. Dans le bus se trouvaient 45 autres passagers, provenant de la Syrie, de l’Irak, du Bangladesh et du Pakistan », raconte Shiar.

« Nous avons passé la nuit à cet endroit, puis nous avons marché durant 90 minutes jusqu’à la côte pour embarquer au petit matin. Nous étions 52 personnes, entassées dans un bateau d’environ 8 mètres de long et 3 mètres de large. Les trafiquants sont restés sur les berges. Ils avaient formé un des passagers à diriger le bateau, en échange de quoi ils lui ont permis de traverser gratuitement», avant d’ajouter que « les embarcations étaient frêles. Une fois à bord, je n’en revenais pas d’avoir pris un tel risque, mais mes parents avaient insisté. Le moteur a calé trois ou quatre fois. Nous n’avions pas de GPS ou de téléphone pour appeler à l’aide. Les femmes et les enfants pleuraient. J’ai cru que nous allions tous mourir », dit-il.

Une fois arrivés sur l’île grecque de Lesbos, Shiar et sa famille se sont dirigés vers un camp de transit, où Caritas Hellas fournit des services. L’organisation travaille également à Athènes, à Idomeni et à Chios, des endroits qui ont tous accueilli un grand nombre de réfugiés en transit.

En dépit de conditions difficiles dans les camps et d’un avenir incertain, la plupart des migrants ne peuvent même pas envisager de rentrer dans leur pays, même si, comme Shiar, il s’agit là de leur souhait le plus profond : « Nous vivions dans un joli village près d’Alep. Quand les choses iront mieux, j’aimerais y retourner. Je veux étudier en neurolinguistique, pour aider la prochaine génération à apprendre des langues étrangères plus facilement et plus rapidement. Il faut mettre fin à la crise en Syrie. »

 

Signez notre pétition demandant au premier ministre d’agir pour
la paix en Syrie.

 

La situation

De janvier 2015 à avril 2016, la Grèce a accueilli plus d’un million de migrants et de réfugiés.

Actuellement, 54,000 migrants et réfugiés  sont bloqués en Grèce.

Durant les 100 premiers jours de 2016, la Grèce a reçu 1,500 réfugiés par jour.

Nos actions

Fournir une aide d’urgence à plus de 326 000 personnes.

Accorder la priorité aux personnes les plus vulnérables, comme les personnes âgées ou en situation de handicap, ainsi que les femmes et les enfants.

Préserver la dignité des réfugiés en offrant de l’aide et des services pour améliorer les conditions de vie dans les camps et stimuler l’autonomie.

 

 

« Le plus grand don que nous puissions faire les uns aux autres, c’est l’amour. Nous chrétiens, nous aimons raconter l’histoire du bon samaritain, un étranger qui a vu un homme dans le besoin et s’est immédiatement arrêté pour l’aider. Pour nous, c’est une histoire de la miséricorde de Dieu destinée à chacun. »

Le pape François, à la rencontre de réfugiés à Lesbos, en Grèce, le 16 avril 2016.