L’agriculture doit être une priorité dans la reconstruction d’Haïti

6 janvier 2011

Lorsque Port-au-Prince a été frappée par un grave tremblement de terre il y a un an, les images d’immeubles effondrés monopolisaient les écrans de télévision et les pages des journaux. Or au même moment, loin du regard des médias, dans les montagnes d’Haïti, se déroulait une toute autre histoire. Près de 700 000 personnes ont fui la capitale pour se réfugier auprès d’amis et de membres de leur famille dans les régions rurales du pays, où la plupart des gens vivent de l’agriculture de subsistance. 

Cette migration a eu des répercussions complexes et multiples sur Haïti, mettant en lumière l’urgent besoin de remettre en état la capacité agricole locale pour que le pays puisse envisager un avenir meilleur. 

Premièrement, elle a alourdi le fardeau de ménages déjà entassés. En peu de temps, ces ménages ont épuisé leurs réserves de nourriture, y compris les semences mises de côté pour les prochaines récoltes. 

Dans un pays où, même avant le séisme, la malnutrition et la faim étaient déjà problématiques, cette perte de récoltes n’a fait qu’aggraver l’insécurité alimentaire et a placé bien des personnes dans une situation précaire. Leur vulnérabilité a été intensifiée par la perte de revenus des membres de la famille qui travaillaient à Port-au-Prince. Ces revenues servaient souvent à payer les frais d’inscription des enfants à l’école.

Haïti a déjà produit suffisamment de nourriture pour ses propres besoins, mais à cause des politiques de réduction des tarifs douaniers, les aliments importés ont commencé à évincer les produits locaux, acculant les paysans à la misère et conduisant les gens à émigrer en ville. C’est une tragédie.

Si on accorde la priorité à la production locale, Haïti, autrefois riche en terres fertiles, peut retrouver son ancienne capacité agricole. Avec des investissements et des conseils judicieux, il est possible de renverser l’érosion et le déboisement, de redonner aux sols leur riche teneur en minéraux et d’aider les agriculteurs à améliorer leurs récoltes. 

Ces mesures permettraient la production biologique d’aliments locaux, plus saines, en quantité suffisante, pour nourrir la population et même pour l’exportation. Cela fournirait  également des revenus pour que les agriculteurs puissent améliorer leurs conditions de vie et envoyer leurs enfants à l’école. De plus, les citoyens qui ont quitté Port-au-Prince, ville surpeuplée, auraient l’occasion d’amorcer une nouvelle vie sur la terre de leurs origines. 

Développement et Paix a fait de la sécurité alimentaire en vue de la souveraineté alimentaire  l’une de ses priorités en Haïti. L’organisme a consacré plus de 5 millions de dollars canadiens au soutien de plusieurs associations rurales et agricoles et de leurs initiatives visant à défendre les droits de la personne, à améliorer les conditions de vie de la population rurale du pays et à aider le pays à devenir plus fort alors qu’il se reconstruit.

Ces partenaires sont, entre autres :

Le Mouvement paysan Papaye : Cette vaste organisation rurale est un partenaire de Développement et Paix qui compte 60 000 membres. Après le séisme, Développement et Paix a aidé le MPP, situé à Hinche, à distribuer des semences locales à 20 500 familles, soit 102 000 personnes. Développement et Paix est également en train d’aider le MPP a mettre en place un projet à plus grande échelle pour relancer et renforcer l’agriculture dans le Plateau central.

OFTAG : Cette association de paysannes de la région de Grand’Anse s’efforce d’améliorer les conditions de vie pénibles des femmes de cette région. La presque totalité de ses 2 500 membres a hébergé des personnes déplacées par le séisme. Développement et Paix appuie le travail de l’OFTAG dans trois communautés de la région. Les femmes auront accès à des ateliers, des banques de semences et d’outils, et des moulins, et une communauté construira un poulailler comme moyen d’accroître ses revenus, dans le cadre d’un projet pilote.

OJUCAH : Développement et Paix a appuyé cette organisation par l’entremise d’un programme de distribution de semences et d’outils à 500 familles de la région de Lavial. 

ITECA : Ce partenaire de longue date de Développement et Paix innove dans le domaine de l’agriculture en Haïti. Il met au point des méthodes visant à améliorer les techniques agricoles locales et offre de la formation aux petits exploitants agricoles. Développement et Paix aide ITECA à ouvrir un bureau dans la région de Gros Morne afin de renforcer la production de mangues et d’autres productions maraîchères sur place. 

Caritas Port-au-Prince : Cette filiale diocésaine de Caritas Haïti aide les communautés des régions montagneuses à proximité de Port-au-Prince à se remettre sur pied après le séisme. Développement et Paix soutient un projet intégré de 3,5 millions de dollars qui s’échelonnera sur trois ans et améliorera la sécurité alimentaire de huit communautés. Le projet comprend des banques de semences, d’outils et de bétail, de la formation dans le domaine agricole et vétérinaire, et l’appui à la commercialisation des produits agricoles.

UPAH : Cette association nationale d’apiculteurs a reçu l’appui de Développement et Paix afin d’aider les agriculteurs de la communauté de Malanga à relancer leur production en utilisant de meilleures techniques, par exemple de fertilisation et de compostage.