Le développement, l’autre victime du virus Ebola

19 septembre 2014

La pire épidémie d’Ebola de l’Histoire constitue un véritable défi sanitaire dans trois des pays les plus pauvres du monde. Au Libéria et en Sierra Leone, sortis depuis peu d’une guerre civile, elle représente également un sérieux obstacle supplémentaire au développement du fait de ses conséquences psychologiques, sociales et économiques.

En mettant à mal des systèmes de santé déjà fragiles, le virus a rendu les suivis médicaux des femmes et des enfants plus compliqués. Il a aussi mené à l’arrêt des campagnes de vaccination et à la fermeture des écoles. L’épidémie continue de faire des ravages dans certains villages et décime des familles entières; les « orphelins de l’Ebola » sont nombreux. Les femmes, traditionnelles aidantes naturelles, représentent une part importante des victimes de la maladie. Les populations traumatisées connaissent de sérieux troubles de santé mentale...

Au-delà des risques directs qui pèsent sur les générations futures, les conséquences sont aussi indirectes sur l’économie, l’agriculture et la sécurité alimentaire. La perte de main d’œuvre – décédée ou qui a fui –, les préconisations pour éviter tout rassemblement collectif, la mise en suspens de la chasse et de la commercialisation de la viande de brousse – cause de transmission du virus – sont autant d’éléments qui expliquent les implications de la crise sanitaire en cours sur la production agricole et les échanges commerciaux.

Les mises en quarantaine de population, le refus de produits de certaines localités et la peur du virus entraînent la paralysie des flux commerciaux par voie terrestre et des conséquences sur le commerce local. Les restrictions aériennes ont des effets directs sur le commerce régional et ralentit l’arrivée de l’aide depuis l’extérieur. Tout cela mène à une augmentation des prix de l’alimentation et de premières nécessités et une hausse de l’inflation dans des pays à l’économie fragile. Le Fond monétaire international a annoncé que l’épidémie pourrait causer une perte de 3,5 % de croissance économique du fait des effets sur les secteurs miniers, agricoles et des services.

La situation sanitaire, sociale et économique explosive et la crise de confiance en l’État expliquent également les tensions qui se multiplient entre le gouvernement et les populations. L’apparition du virus Ebola représente un vrai problème et un nouveau défi de taille à surmonter dans une région qui se remettait progressivement d’une histoire marquée par la violence et la destruction.

Développement et Paix soutient Caritas Sierra Leone afin de contribuer au contrôle et à la prévention de la propagation de la maladie.