Le jour où le pape François a rencontré les Rohingyas

8 décembre 2017

En voyage en Birmanie et au Bangladesh, du 30 novembre au 2 décembre, le pape François a notamment rencontré des enfants, des femmes et des hommes Rohingyas. Voici un aperçu de sa visite.

Le 1er décembre, le pape François a rencontré un groupe de réfugiés rohingyas au Bangladesh, dans le cadre de sa visite en Asie. Les seize réfugiés ont fait le voyage de Cox’s Bazar, où ils habitent dans d’immenses camps, jusqu’à Dhaka. Ils font partie des quelque 630 000 réfugiés rohingyas qui ont fui le Myanmar depuis le mois d’août. « Je ne savais ni où ni comment cela se produirait, mais j’étais certain de rencontrer les Rohingyas », a déclaré le pape François. « Après beaucoup d’efforts de la part du gouvernement et de Caritas, les autorités ont consenti à ce voyage. Le traitement que le Bangladesh réserve aux réfugiés est impressionnant. C’est un bel exemple d’accueil. »

Actuellement, Caritas Bangladesh porte assistance aux réfugiés dans les camps. Un de ses représentants, James Gomes, a accompagné les réfugiés de Cox’s Bazar pour faciliter leur rencontre avec le pape François. Il a témoigné de son expérience.

James Gomes, directeur régional de Caritas, discute avec deux réfugiés rohingyas à l’extérieur de leur abri de fortune dans le camp de réfugiés TV Tower, près de Cox’s Bazar, au Bangladesh. Photo : Lauren DeCicca/Caritas

Le pape François rencontre les Rohingyas

« Nous avons quitté le camp très tôt et sommes arrivés à Dhaka fatigués. À notre arrivée, notre groupe — composé de réfugiés rohingyas et de personnes accompagnatrices — a reçu beaucoup d’attention. Les organisateurs se sont montrés très prévenants et nous ont offert beaucoup de soutien.

« L’événement a commencé par une prière interreligieuse, suivie d’un message émouvant du pape François qui restera gravé dans nos mémoires. Ensuite, le Saint-Père a discuté avec les familles rohingyas et, plus tard, avec des personnes en tête à tête. Il voulait entendre des témoignages de première ligne de ce qui s’était produit au Myanmar.

« Parmi les personnes qu’il a rencontrées se trouvait Swakat Ara, une orpheline de 12 ans. Elle a perdu ses parents et deux frères. Un oncle, lui-même blessé par balle, l’a amenée au Bangladesh à l’issue d’une longue marche de neuf jours. La jeune fille demeure désormais chez lui et sa famille.

« Swakat a pleuré lors de son échange avec le pape. Elle a décrit l’incendie qui a détruit sa maison, la perte de sa famille et le long moment qui s’est écoulé avant qu’elle ne constate que son oncle était encore vivant. Elle a raconté que, lors de son arrivée au Bangladesh, après trois jours sans nourriture, elle était fatiguée et elle avait faim. Elle a dit s’ennuyer de ses parents et de ses frères. ‘Je porte en moi tout ce que vous partagez avec moi’, a déclaré le pape François. Il a demandé pardon aux réfugiés et leur a offert ses prières.

« Les Rohingyas ne connaissaient pas le souverain pontife. Grâce à cette rencontre, ils ont appris qu’il est, entre autres, un homme de paix et un défenseur des droits de la personne. Ils ont semblé émus par son discours. Sûrement, la vie de ces seize réfugiés sera transformée à tout jamais par cette rencontre avec le pape François à Dhaka.

« La visite du pape aidera peut-être les Rohingyas à faire valoir leurs droits et leur citoyenneté, pour qu’ils puissent rentrer chez eux et vivre quelque part où ils seront acceptés, où ils auront des droits et où leurs enfants seront protégés. Ensuite, les Rohingyas seront peut-être prêts à pardonner.

« Les Rohingyas figurent désormais au premier plan des préoccupations partout dans le monde. On commence à les percevoir différemment, comme des frères et des sœurs. Cette nouvelle perspective a changé le ton des discussions. Nous trouverons une solution durable sur le long terme pour nos frères et sœurs.

Des réfugiés rohingyas marchent dans le camp inondé de Balukhali, au Bangladesh. Photo : Aurélie Marrier d’Unienville/Caritas

« La crise ne fait que commencer. En trois mois, 630 000 personnes se sont réfugiées au Bangladesh, un pays pauvre et densément peuplé. Imaginez une ville de la grandeur de Gênes qui émerge de nulle part en trois mois. Les Rohingyas manquent de tout. Ils ont besoin de nourriture, d’un toit, de terrains de jeu pour les enfants, de loisirs pour les jeunes, d’emplois — la liste est longue.

« Avant-hier, un prêtre irlandais nous a accompagnés dans une visite des camps. Il a confié que son cœur était brisé, qu’il n’avait jamais vu autant de souffrance — et autant de résilience. Les enfants souriaient et s’amusaient avec des jeux et des jouets qu’ils avaient inventés. Voilà qui semble être le défi principal : permettre aux enfants de jouer et de se forger un avenir.

« Pour ma part, jamais je n’avais cru rencontrer le pape un jour — et certainement pas dans de telles circonstances. Je me suis concentré sur mon mandat, qui était de m’assurer que les réfugiés puissent voir le pape. J’étais tendu et je me suis demandé ce qui arriverait si j’échouais.

« À titre d’interprète, j’ai eu la chance de bâtir un pont, pour ensuite laisser les réfugiés plaider leur propre cause. Parler des Rohingyas et parler avec les Rohingyas sont deux choses très différentes. Le pape a parlé avec les Rohingyas.

« Je me suis senti très à l’aise en présence du Saint-Père. Quand il m’a demandé de sélectionner quelqu’un pour mener la prière, j’ai hésité — comment choisir la bonne personne pour cette fonction ? Après avoir nommé un des réfugiés, j’ai compris que n’importe quelle personne peut prier pour l’ensemble de la communauté, si on lui en donne la chance. »

Développement et Paix – Caritas Canada et Caritas Bangladesh ont mené, dans le district de Cox’s Bazar diverses actions et notamment de la distribution de nourriture pour venir en aide à plus de 25 000 personnes. Grâce à la grande générosité des Canadiennes et des Canadiens qui ont répondu à notre appel d’urgence, nous allons pouvoir poursuivre notre action au cours des prochains mois toujours dans le district de Cox’s Bazar, pour répondre aux besoins sanitaires, et en eau des personnes réfugiées, ainsi qu’à leur fournir des abris, de la nourriture et des biens non alimentaires ainsi que renforcer la protection des enfants et des femmes qui se retrouvent fragilisés par la situation.