Le virus Ebola, véritable séisme pour les systèmes de santé

24 septembre 2014

En Guinée, au Sierra Leone et au Libéria, le virus Ebola – officiellement déclaré urgence de santé publique internationale par l’Organisation Mondiale de la Santé – met à mal des systèmes de santé fragiles. Ces pays étaient par ailleurs déjà confrontés à d’autres crises sanitaires majeures telles que la mortalité maternelle et infantile et la malaria.

L’Ebola, maladie jusqu’ici inconnue dans la région, touche également trois des pays les plus pauvres du monde. Le niveau d’éducation des populations y demeure faible. Cette situation ne favorise pas le contrôle de la propagation de la maladie. L’épidémie actuelle est la plus importante depuis 1976, année de la découverte du virus au Congo.

Les systèmes de santé des pays concernés se définissent par leurs manques : manque de matériel de protection (masques, gants, tenues spéciales, bottes); manque de formation du personnel de santé sur la gestion médicale (stérilisation) et logistique (isolation) de l’épidémie; manque de laboratoires d’analyse, etc. Tous ces éléments mettent en danger les intervenants de première ligne, les plus à risques de contamination. Les professionnels de santé infectés ou décédés constituent une énorme perte pour la réponse à la crise et le renforcement du système de santé à long terme.

Un des principaux enjeux de la crise reste la pénurie de personnel de santé qui, par peur, ne se présente pas au service ou se met en grève. Le recrutement du personnel médical local et international est plus de plus en difficile. Toute personne qui travaille à la lutte contre ce virus se retrouve stigmatisée. La gestion du virus a également un impact psychologique et traumatique sur les populations.

Face à la situation, les gouvernements, les Nations Unies et les ONG sont dépassés en termes de capacité de lits pour recevoir des patients. Ces derniers sont refusés, bloqués aux portes des hôpitaux ou retournés chez eux avec les risques induits sur la chaîne de contamination. Les centres de santé, censés assurer la maîtrise du virus, participent – dans une certaine mesure – à sa propagation; certains ont d’ailleurs dû fermer.

Tout cela met à mal la confiance déjà faible des populations envers le système de santé et sa capacité à les guérir; les messages de prévention ont plus de mal à passer. Autre effet collatéral préjudiciable, les patients atteints d’autres maladies telles que la malaria, la typhoïde ou le choléra – aux symptômes similaires à l’Ebola – craignent de se présenter aux centres de santé avec les risques que cela comporte pour leur santé. La gestion des femmes qui accouchent pose aussi des défis et des questionnements pour les femmes elles-mêmes, leurs nourrissons et le personnel de santé. Considérant la nature infectieuse de l’Ebola, le recours à la médecine traditionnelle constitue également un moyen de propagation de la maladie.

La combinaison malheureuse de la pauvreté, du manque d’éducation, du manque de confiance dans les gouvernements, de la peur face à une maladie inconnue et du dysfonctionnement des systèmes de santé explique la situation actuelle en Afrique de l’Ouest. Cela démontre aussi que seuls des États socialement et économiquement stables avec des populations éduquées sont capables de résister et de gérer de telles menaces sanitaires. Au-delà de la gestion difficile de l’Ebola, voilà l’enseignement et le prochain défi à relever.

Développement et Paix soutient Caritas Sierra Leone afin de contribuer au contrôle et à la prévention de la propagation de la maladie.