Les femmes au cœur du changement au Moyen-Orient

12 avril 2017

Des membres de la mission de solidarité de Développement et Paix au Moyen-Orient nous proposent leurs témoignages

En février 2017, Mgr Raymond Poisson, évêque de Joliette, Québec et Hélène Tremblay-Boyko, vice-présidente du conseil national de Développement et Paix prenaient part à une mission de solidarité au Liban et en Syrie. Ils y ont rencontré de nombreuses femmes inspirantes au cœur du changement dans leurs collectivités. Ils nous proposent ici des histoires de femmes qui les ont marqués.

Plusieurs de nos membres nous ont également soumis des témoignages de femmes inspirantes tout au long de la campagne Carême de partage. Nous vous invitons à les découvrir ici.


Nancy Chehade, Directrice du Centre Caritas Liban pour les femmes

Par Mgr Raymond Poisson, Évêque de Joliette

J’ai passé une dizaine de jours au Moyen-Orient en ce début de février, et je conserve en mémoire le souvenir d’une femme, directrice d’un « shelter », c’est-à-dire un centre d’hébergement d’urgence qui offre un logement sécuritaire à des personnes migrantes et fragilisées.

Le Liban est dans une situation où près de 1,5 million de réfugiés ont pris place dans le paysage de ce petit pays d’à peine 4 millions d’habitants. Au « Cedars Shelter Rayfoun », un des centres de Caritas Liban qui offrent quelque 4 000 places d’hébergement dans le pays, la directrice, Nancy Chehade, opère la maison depuis son ouverture en 2007, avec une équipe dynamique et animée de beaucoup d’amour. Les enfants y sont heureux !

Madame Chehade, répond ainsi à une véritable vocation : c’est nuit et jour, sept jours par semaine, qu’elle et son équipe doivent répondre à des besoins de toute sorte : soins médicaux, animation des enfants, femmes enceintes, pourvoir à la nourriture et gérer l’environnement des voisins pas toujours amicaux.

On a même déjà tiré des coups de feu sur le Shelter ! Elle nous raconte qu’une nuit, la police lui a téléphoné pour aller chercher et héberger une trentaine de femmes mineures, exploitées sexuellement et abusées. Et voilà que sa nuit, comme plusieurs autres nuits, s’est passée au Shelter, pour elles… Merci Seigneur pour cette femme!


Aida Hussein, Manager, Nabaa Center, Beirut Lebanon

Par Hélène Tremblay-Boyko, vice-présidente du conseil national de Développement et Paix

Au cours de notre récent séjour de solidarité au Liban, nous avons eu la chance de rencontrer de nombreuses femmes fortes et courageuses qui travaillent à améliorer les conditions de vie des communautés de réfugiés.

J’ai été particulièrement impressionnée par Aida Hussein, la coordonnatrice des activités et services du centre Nabaa, à Beyrouth. Aida a relevé un grand défi personnel pour devenir enseignante et militer en faveur des enfants de la communauté des réfugiés.

Aida est elle-même une réfugiée palestinienne de troisième génération – elle ne possède aucun droits ni privilèges de la citoyenneté libanaise, et a de nombreuses limitations afin de trouver un emploi légitime. Enseignante expérimentée, spécialisée auprès des enfants ayant des besoins particuliers, elle ne peut pas faire partie du syndicat des enseignants et demeure privée de nombreux droits en tant qu’enseignante.

Malgré tout, elle a continué de développer ses compétences, notamment sur les politiques de protection des enfants, sur l’accompagnement, la gestion de projet, le travail d’équipe, le suivi des curriculums et le théâtre d’improvisation. Depuis qu’elle travaille au projet d’éducation à la paix du centre de Nabaa, elle a élaboré un code de conduite et développé des outils d’apprentissage interactif pour la classe et pour l’école.

Un an après avoir intégré le projet d’éducation à la paix, elle est devenue coordonnatrice du centre de Nabaa qui répond aux besoins psychosociaux des enfants réfugiés souffrant de traumatismes dus à la guerre, aux déplacements forcés, ainsi qu’à l’exclusion sociale et éducative.

Grâce aux compétences qu’elle a développées au cours des dernières années, Aida coordonne maintenant le théâtre, les arts d’expression et les activités éducatives non formelles pour les enfants réfugiés, ainsi que les initiatives de sensibilisation et d’analyse des conflits et de construction de la paix pour les adolescents et les jeunes.

Avec le chemin qu’elle a parcouru pour en arriver là, Aida est sans aucun doute un modèle formidable pour tous ceux qu’elle côtoie.