Les richesses du Katanga

27 novembre 2011

Nous sommes à Lubumbashi, c’est dimanche matin. En cette veille d’élections, tout est calme. La nuit dernière, un dépôt d’armes d’un camp militaire a été attaqué, mais nous n’avons rien entendu. Nous sommes logés à la procure de l’archidiocèse, tout à côté de la cathédrale Saints Pierre et Paul, pleine de fidèles à toutes les messes. Nous entendons les chants religieux des magnifiques chorales congolaises.

Lubumbashi, ville de deux millions d’habitants, est la capitale du Katanga, la province la plus au sud de la République démocratique du Congo. Le sud du Katanga est une zone riche en minerais. C’est une des plus grande réserve de cuivre et la plus grande réserve de cobalt au monde. On y trouve de l’uranium aussi. C’est du Katanga qu’est venu l’uranium qui a servi à la fabrication des bombes d’Hiroshima et de Nagasaki.

L’exploitation des richesses minières du Katanga se fait de deux manières.

- L’exploitation artisanale. Les 25 dernières années d’instabilité et de misère, de ruine de l’économie et de déliquescence de l’État, de conflits et de prolifération de trafiquants ont amené des centaines de milliers de jeunes à se lancer dans l’exploitation artisanale des gisements de cuivre et de cobalt. À mains nues, au pic et à la pelle, sans aucune mesure de sécurité, des jeunes de 12 à 30 ans font des puits et des galeries pour en extraire des minerais qu’ils revendent à des acheteurs qui ont le monopole d’achat de telle ou telle carrière. Après 30 ans, les creuseurs ne peuvent plus faire ce travail qui est trop exigeant. Ils gagnent 3, 5, 7 dollars par jour, selon la chance du jour et selon la rapacité des acheteurs. Cette activité assure la survie des familles des creuseurs, soit au moins un million de personnes. Cette activité fait rouler une part importante de l’économie locale.

- L’exploitation industrielle. Au cours des dernières années, des entreprises étrangères ont obtenu des concessions minières. Certaines ont commencé l’extraction des minerais. Elles ont chassé les creuseurs artisanaux et apporté de l’étranger la machinerie moderne qui permet d’extraire des volumes beaucoup plus importants. Ces entreprises emploient des ingénieurs expatriés, quelques opérateurs de machineries lourdes et du personnel local pour l’entretien et le gardiennage. Les salaires sont meilleurs mais peu nombreux. Les expatriés paient leurs impôts à l’étranger, les compagnies doivent payer des taxes et des redevances à l’État congolais, mais avant, il faut amortir le coût des investissements, soit le coût des grandes machines fabriquées ailleurs.

Quel est l’avenir?

L’exploitation artisanale assure la survie, au jour le jour, de centaines de milliers de personnes. Mais telle que pratiquée, dans des conditions dignes du Moyen-Âge, les jeunes creuseurs mettent leur santé et leur vie en péril. L’exploitation artisanale contribue à la corruption et ne rapporte rien à l’État.

Quant à l’exploitation industrielle, elle rapporte peu aux communautés locales. L’octroi des concessions favorise la corruption. Quand elles sont payées, les taxes et redevances des compagnies partent à Kinshasa, la capitale du pays, mais reviennent rarement sous forme de services pour les populations.

Et le Katanga, où la terre est abondante et fertile, importe aujourd’hui ses denrées de base pour nourrir la population de ses grandes villes.