Que la paix soit avec elle : renforcer l’autonomisation des femmes pour agir en faveur de la paix en Colombie

16 novembre 2017

Après plus de cinquante ans de conflits entre le gouvernement colombien et les différents groupes armés, le président Juan Manuel Santos a entamé officiellement les pourparlers de paix avec les Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) en 2012 et plus récemment avec l’Armée de libération nationale (ELN) en 2016.

Bien qu’un accord de paix ait été signé fin 2016, les Colombiennes et les Colombiens se heurtent toujours à des défis de taille, surtout les populations rurales. La terre et le contrôle du territoire et des ressources sont au cœur de ce conflit qui a entraîné le déplacement forcé d’environ sept millions de ruraux.

Pendant des décennies, les communautés paysannes, autochtones et afro-colombiennes ont particulièrement souffert du conflit – violences, massacres, assassinats, disparitions et terreur. Dans plusieurs régions, dans des zones où l’État et ses services (santé, éducation, sécurité, routes, électricité …) se font peu ou pas présents, les terres de ces ruraux ont été accaparées de façon violente par l’agro-industrie ou l’industrie minière, et leurs droits ont systématiquement été bafoués.

Les femmes ont été victimes de toutes sortes de violences de la part d’acteurs armés et aussi de la part de membres de leur communauté, et ces violations ont longtemps été ignorées et tues. Cette détérioration de ces droits économiques, politiques et sociaux se manifeste de différentes manières, entre autre par une faible participation des femmes à la vie politique, organisationnelle et productive.

C’est dans ce contexte que le Coordinador Nacional Agrario (CNA – Coordination nationale agraire), un mouvement paysan national membre de La Via Campesina, souhaite développer des processus de formation et créer des espaces de participation. Ceux-ci ont pour objectif de permettre aux femmes rurales de se réaffirmer comme des sujets de droit et d’assumer de façon proactive des propositions pour le développement du territoire et pour la construction collective et communautaire d’une culture de paix.

 « Il nous a semblé clair que la principale faille de notre participation active était nos lacunes dans les domaines de la formation, de l’organisation et de la construction d’une proposition politique inclusive. C’est ainsi qu’est née au CNA l’idée d’une école de formation politique inter-ethnique pour les femmes rurales de la Colombie et, en 2014, Développement et Paix nous a aidé à concrétiser cette école itinérante » explique Luz Estella Cifuentes, responsable du Secrétariat des femmes et de l’École de formation politique inter-ethnique pour les femmes paysannes, afro-colombiennes et autochtones du CNA.

L’école de formation politique vise l’autonomisation des femmes colombiennes qui vivent en milieu rural. Les femmes s’y réunissent et discutent des préoccupations, des enjeux et des défis qu’elles partagent; elles y acquièrent également les compétences qui font d’elles des interlocutrices fiables et crédibles auprès des autorités locales, régionales et nationales, ainsi qu’auprès d’autres organisations.

Au cours de séances en atelier, elles développent leur leadership, leurs capacités oratoires et mettent en commun leurs stratégies et leurs visions du développement territorial. Elles comprennent également mieux leurs droits et sont à même de demander des changements législatifs qui appuient leur modèle de gouvernance et qui contribuent positivement à la paix en Colombie.

La participation active des femmes rurales dans les espaces de prises de décisions est un élément clé pour améliorer leurs conditions de vie et construire une paix durable en Colombie. 

Entre 2014 et 2017, les rencontres ont réuni 295 femmes venues de plus de 10 régions du pays.

Voici un vidéo sur l’école de formation politique pour les femmes en Colombie :