Développement et Paix rend hommage à son premier directeur général

Roméo Maione, un géant de la justice sociale

19 mai 2015

Roméo Maione, le tout premier directeur général de Développement et Paix (1967-1973), est décédé le 12 mai 2015. Fils d’immigrants, l’homme aura présidé les destinées de la Jeunesse ouvrière catholique internationale et il sera nommé directeur de la de la nouvelle division des organismes non gouvernementaux de l’Agence canadienne de développement international.

Attristé par son décès, Développement et Paix souhaite célébrer les talents que ce géant a transmis à l’organisme ainsi qu’aux gens d’ici.

En tant que premier directeur général, Roméo Maione aura été cette âme dirigeante qui a réalisé ce vœu cher aux évêques du Canada, celui de créer une organisation qui viendrait en aide aux pauvres du monde. Au lendemain de  Vatican II et de cet appel à l’action de l’Église dans le monde, Roméo Maione a mené Développement et Paix en première ligne des efforts de l’Église canadienne  pour porter les exigences de l’Évangile et de l’option préférentielle pour les pauvres. À une époque où l’Église était à la recherche d’un nouveau modèle organisationnel capable de traduire les valeurs et les préceptes évangéliques de la justice dans la société, Roméo Maione a porté les notions de mouvement, de mobilisation et de foi ancrée dans le service au sein d’un organisme religieux pancanadien, militant et bilingue.
 
Quand le concile œcuménique Vatican II jetait des ponts au sein du christianisme, Roméo Maione bâtissait une coalition efficace des grandes Églises du Canada qui allait donner naissance à une multitude d’initiatives œcuméniques centrées sur l’aide, le commerce, les droits de la personne et l’éducation au développement à l’échelle internationale. Au Canada, ces mêmes partenaires se concentreront sur l’autonomisation des pauvres en les outillant pour qu’ils puissent remettre en question les priorités sociales et économiques du gouvernement de l’époque. Il a aussi promu l’engagement des gens d’ici dans le dialogue avec les Premières Nations.

À un moment où les projets de prestige et les intérêts stratégiques définissaient les priorités du développement international, Roméo Maione a défendu la conviction que les pauvres étaient les seuls arbitres légitimes de ce qui constitue un bon développement. Alors que la société reléguait les pauvres à un rôle de bénéficiaires passifs, mais reconnaissants, de la générosité du Nord, Roméo Maione voyait les pauvres comme les architectes de leur propre développement. À ce titre, il a présidé à la création du Partenariat asiatique pour un développement humain afin de partager le pouvoir décisionnel avec les pauvres, et ce faisant, il a reconnu la vérité fondamentale que les pauvres sont des partenaires plus qu’égaux dans la lutte pour construire un monde plus juste.

Très sensible aux « signes des temps », motivé par l’Évangile, inspiré par son cher cardinal Joseph Cardijn, formé à l’Action catholique et engagé auprès des travailleurs et du monde, Roméo Maione aura toujours voulu que ses succès soient partagés.  Sa conviction, c’est qu’il n’irait jamais aussi loin que si d’autres étaient prêts à marcher à ses côtés. Ce brillant orateur et cet ardent défenseur des pauvres, dont l’énergie apparemment sans limites, le zèle et l’espérance constante surpassaient même son impressionnante stature, a su trouver des alliés enthousiastes dans presque chaque village de ce pays. Il a été et il demeure une pierre angulaire sur laquelle Développement et Paix a été construit. 

Non seulement Roméo Maione laisse-t-il à Développement et Paix un héritage de réalisations, mais ce qui est encore plus important, il laisse à l’organisme et à ses membres un défi personnel et collectif. Le défi d’aller plus loin sur les chemins dont il fut le pionnier. Être l’Église dans le monde, comprendre le sous-développement comme un péché structurel qui exige une réponse structurée, se voir comme des serviteurs et non pas les sauveurs des pauvres, être innovants et créatifs, respecter les autres et collaborer avec eux, mais aussi défier ceux et celles qui voudraient nous distraire de notre mission première. Voilà l’héritage que Roméo Maione lègue à Développement et Paix.