Tensions électorales

7 décembre 2011

Leur pays étant indépendant depuis 1960, ce n’est qu’en 2006 que les Congolais et les Congolaises ont voté librement pour une première fois. La constitution du pays prévoit des élections présidentielle et législatives régulières à tous les cinq ans. Le gouvernement élu en 2006 avait donc cinq années pour préparer les élections de novembre 2011.

Défaillances

La Commission électorales nationale indépendante (CENI), responsable de la préparation et du déroulement des élections, a été bien tardivement mise en place. Ce fut en mai 2010. Elle a été formée de quatre membres issus de la majorité présidentielle et de trois membres en provenance de certains partis d’opposition (note : il n’y avait pas de représentants des plus grands partis d’opposition). Malgré des demandes répétées,  la société civile n’a pu obtenir une représentation à la CENI. À cause de sa composition, la population a émis des doutes sur l’indépendance de cet organisme.

Contrairement à 2006, les outils pour préparer la population aux élections a fait défaut. Ni la CENI, ni les bailleurs de fonds internationaux n’ont accordé des moyens sérieux pour le travail d’éducation civique et électoral. C’est pourtant essentiel dans un pays qui votait pour la deuxième fois seulement en cinquante ans. Et n’oublions pas tous ces jeunes qui votaient pour la toute première fois de leur vie!

L’enregistrement des électeurs s’est terminé en juillet 2011, à peine 100 jours avant la tenue du vote. Selon la loi, la CENI devait afficher la liste des électeurs et leurs bureaux de vote 30 jours avant le vote, soit le 29 octobre. Dans les faits, les listes des électeurs furent affichées deux ou trois jours avant les élections, la veille dans certains cas. Résultat : une confusion gigantesque. Partout au pays, tout le monde cherchait son nom sur la liste des électeurs. Beaucoup ne se retrouvaient plus là où ils s’étaient enregistrés. In extremis, la CENI déclara que les électeurs pouvaient voter, par dérogation, dans n’importe quel bureau de la circonscription où ils s’étaient enregistrés. Cette directive est cependant restée ignorée d’un grand nombre d’électeurs jusqu’à la dernière minute. On conviendra que le vote par dérogation, à grande échelle, réduit la capacité de contrôle des personnes qui se présentent dans les bureaux de vote.

À Lubumbashi où une partie de la délégation de Développement et Paix était présente le jour du vote, nous avons vu dans certaines écoles que la CENI avait prévu un nombre de bureaux de vote supérieur au nombre de salles de classe disponibles. Des bureaux de vote n’avaient pas de local. Dans certains cas, c’est bien après l’heure officielle du début des élections que la CENI est venue installer des abris provisoires pour que les bureaux de scrutin puissent ouvrir.

À Lubumbashi, toujours, de nombreux bureaux de vote n’ont pu ouvrir leurs portes à 6 h comme le prévoit la loi. Il manquait de matériel, comme les bulletins de vote pour la présidentielle, ceux pour les législatives, toutes les urnes ou une partie des urnes, les isoloirs, etc. Des citoyens et citoyennes ont fait la queue pendant cinq ou six heures devant des bureaux fermés. Certains ont bien sûr exprimé leurs frustrations. Ils croyaient qu’on voulait leur enlever leur droit de vote. Mais lorsque le matériel est arrivé et que les bureaux de vote ont ouvert leurs portes - à 11 h, à 13 h, à 16 h même - les citoyens se sont remis calmement en ligne.

Moyens disproportionnés

À notre arrivée à Lubumbashi, nous avons été frappés par l’affichage électoral. Partout, on voyait des milliers d’affiches des candidats. Mais ce qui était le plus remarquable, c’était la disproportion entre les affiches. Pour certains, des immenses panneaux d’une très grande qualité graphique. Pour d’autres, de petites affichettes à peine lisibles. Des candidats avaient à leur disposition des chaînes de radio et de télévision pour passer en boucle les clips de leurs propriétaires ou commanditaires. D’autres ont eu peine à faire entendre leur message.

L’Union européenne, qui avait déployé des observateurs long terme pour accompagner toute la campagne électorale, a fait remarquer que « les candidats à la présidentielle n'ont pas bénéficié du même temps d'antenne à la télévision nationale, le président sortant Joseph Kabila ayant été très nettement favorisé (86%), loin devant les opposants Léon Kengo wa Dondo (8%), Vital Kamerhe (3%), et le principal rival de Kabila, Etienne Tshisekedi (1%). »

Exercer son droit de vote

Les difficultés d’ordre logistique n’ont pas été les mêmes dans toute la province du Katanga. Dans certaines localités, tout s’est passé correctement malgré les cafouillages liés aux listes des électeurs. Il y a eu une affluence importante et une grande patience chez les électeurs et les électrices qui tenaient à exercer leur droit de vote. Un nombre important de témoins et observateurs ont assisté à l’ensemble des opérations de vote et ont pris en note les résultats compilés et inscrits dans les procès verbaux de chacun des bureaux de vote. Après, les résultats ont été affichés dans chacun des bureaux de vote.

Transparence

L’ensemble de la population attend la proclamation des résultats par la CENI. On parle de tensions et de violences possibles à l’annonce des résultats. Pour apaiser la situation et pour éliminer les soupçons,  les partenaires de Développement et Paix, les organisations de la société civile et l’Église catholique  demandent la vérité des votes. Ils demandent à la CENI de divulguer les résultats, bureau de vote par bureau de vote. Les citoyens pourront comparer ces résultats avec ceux qui ont été affichés, tout près de chez eux.