Une approche novatrice pour préserver la dignité des populations déplacées en Irak

24 mars 2015

Nous avons récemment envoyé un membre de notre équipe des communications dans la région du Kurdistan Irakien pour observer l’avancement de nos projets humanitaires dans ce pays. Ceci est le premier article d’une série à paraitre au cours des prochaines semaines.

Afin d’échapper aux violences, près de 500 000 personnes ont fui pour s’installer dans la région autonome du Kurdistan irakien, et ce, depuis l’intensification de la campagne de terreur en Irak qui vise l’épuration ethnique et religieuse sur l’étendue du territoire contrôlé par le groupe armé se faisant appeler État islamique (EI).

De ce nombre, plus de 350 000 ont pu trouver une place dans des camps nouvellement construits. Cependant, ces camps sont déjà occupés à capacité et le gouvernement ainsi que les diverses organisations sur le terrain ne peuvent répondre à la demande.

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Camp de personnes déplacées dans la banlieue de Duhok (Irak). 4000 familles y vivent.

Malheureusement, les autres personnes déplacées aboutissent bien souvent dans des maisons abandonnées ou en construction, faute de trouver mieux. Il faut noter que ces habitations sont nombreuses dans la région du Kurdistan irakien. En effet, après l’intervention américaine en 2003, le gouvernement a offert de nombreux prêts aux habitants pour accélérer la construction de maisons. Par contre, la crise financière mondiale de 2007 a été catastrophique pour la région et la grande majorité des projets de constructions ont été abandonnés. Ceci a laissé une quantité impressionnante de squelettes de maisons qui sont en fait inhabitables.

Cette situation pose problème pour les gens forcés d’occuper ces maisons, car elles n’offrent aucune protection face aux intempéries. Ceci favorise l’éclosion de maladies. Bien souvent, ces personnes vont devoir sacrifier leurs maigres économies pour acheter des briques qui serviront à barricader les fenêtres en prévision de l’hiver. Contrairement au sud de l’Irak où les températures restent clémentes à longueur d’année, le Kurdistan Irakien est réputé pour ses hivers rigoureux.

Cette région est particulièrement froide entre novembre et mars les températures pouvant facilement descendre sous le point de congélation. Toute ouverture dans une résidence peut donc s’avérer mortelle pour ses habitants. L’ajout de briques, bien qu’essentiel pour conserver la chaleur, entraîne de nombreux désavantages : une obscurité constante et un niveau d’humidité assez élevé pour former de la condensation sur les murs. Il est impossible de vivre dignement dans une telle situation.

 Une fenêtre barricadée dans une maison du village de Shaekadry

Une fenêtre barricadée dans une maison du village de Shaekadry

C’est dans ce contexte que Développement et Paix s’est lancé dans un projet novateur avec nos partenaires présents sur le terrain (Catholic Relief Services CRS et Caritas Irak) pour optimiser nos résultats.

Notre action sur le terrain

Nos équipes sur le terrain ont recensé les maisons habitées par ces nouveaux locataires pour ensuite retrouver le propriétaire des maisons. Une fois le propriétaire localisé, nous avons rédigé des contrats avec eux pour permettre aux nouveaux habitants de rester dans ces maisons sans avoir à débourser d’argent, et ce, pour une période de deux ans.

Maison rénovée dans le village de Kharsinia

Maison rénovée dans le village de Kharsinia

En échange, nous réalisons des rénovations permanentes sur ces maisons dans le cadre de notre programme de mise à niveau pour qu’elles soient habitables en hiver. La majorité des rénovations effectuées consistent en l’installation de portes et fenêtres ce qui permet de laisser passer la lumière tout en protégeant du froid. Adel Shamo, jeune déplacé yazidi âgé de 20 ans explique notre présence :

« À notre arrivée, la maison était terrible. Nous avons dû mettre des briques à la place des fenêtres pour nous protéger du froid et de la neige. Maintenant, nous avons reçu des portes et fenêtres. C’est beaucoup mieux pour nous. »

Ce projet a aussi été possible grâce au soutien financier du ministère des Affaires étrangères et du Développement (MAECD) et de la générosité du public canadien. Grâce à cette aide, nous avons réussi à donner un peu de confort et de dignité à plus de 10 000 personnes. Il n’est jamais trop tard pour effectuer un don qui nous permettra d’augmenter le nombre de maisons disponibles pour les déplacés irakiens. Vous pouvez exprimer votre soutien en cliquant ICI.

Famille yazidi habitant dans une maison rénovée du village de Kharsinia

Famille yazidi habitant dans une maison rénovée du village de Kharsinia