Une voix pour la justice entendue! Des ristournes payées par une compagnie minière à Madagascar

15 novembre 2018

Depuis 2009, en collaboration avec la Conférence Épiscopale de Madagascar et d’autres organisations membres du réseau CIDSE, Développement et Paix – Caritas Canada a soutenu la mise en place de Réseaux militants pour la bonne gouvernance de l’extraction minière à Madagascar (RMBGEM).

Cette plateforme de dialogue regroupe des organisations de la société civile, divers corps enseignants, journalistes, radio communautaires, forces vives de l’église, mais aussi collectivités territoriales décentralisées et responsables ministériels. Le réseau a pour objectif de défendre les droits des populations affectées par les opérations d’une compagnie minière (extraction, construction d’un pipeline, etc.) et de promouvoir leurs intérêts en matière de gouvernance des ressources minières dans la région de Moramanga et Toamasina (voir carte ci-dessous).


Source: Ambatovy

En 2016-2017, le réseau RMBGEM s’était entre autres engagé à réclamer la redevabilité des autorités et de la compagnie minière Ambatovy qui exploite du nickel à Madagascar, en matière de ristournes minières destinées aux communes, ristournes n’ayant jamais été payées.

En août dernier, le réseau et les populations affectées ont reçu la nouvelle qu’Ambatovy avait payé sa ristourne minière d’un montant de plus de 61 milliards d’Ariary soit environ 23 millions de dollars canadiens. Seuls 20% de cette somme ont été transférés dans les comptes des collectivités territoriales décentralisées qui doivent redistribuer 60 % du montant total aux 20 communes touchées et aux deux régions et provinces concernées.

Après ce premier défi relevé, l’enjeu est maintenant de renforcer la participation citoyenne et de développer des mécanismes efficaces qui permettront de s’assurer de la bonne utilisation et gestion de ces fonds dans l’intérêt des communautés de cette région. L’enjeu est de taille puisqu’il s’agit de l’investissement étranger le plus important réalisé à Madagascar et d’une des plus grandes mines de nickel au monde envisageant une production annuelle de 60 000 tonnes de nickel raffiné, 5600 tonnes de cobalt et 21 000 tonnes d’engrais (sulfate d’ammonium) et ce sur une période de 29 ans. Le nickel deviendra le premier produit d’exportation de Madagascar. Le site est composé de 2 gisements (Ambatovy et Analamay) exploités à ciel ouvert et relié par un pipeline à une usine de transformation située à 220 km de là sur la côte Est de l’ile. Développement et Paix a joué et continue de jouer un rôle prépondérant auprès des acteurs stratégiques engagés et des populations vulnérables de la zone d’investissement.

En 2013, Développement et Paix lançait sa campagne Une voix pour la justice, sur les activités à l’étranger et notamment à Madagascar, de sociétés minières canadiennes dont les dirigeants ne respectent ni les droits des collectivités locales, ni les règles de protection de l’environnement. Nous avions à l’époque partagé le témoignage de la famille Rakotoarimanana vivant à Ambohibary, un village situé dans le district de Moramanga, dont l’installation d’Ambatovy à moins d’une dizaine de kilomètres de chez eux avait bouleversé leur quotidien, impacté leur environnement et leurs moyens de subsistances.

Entre autres choses, notre campagne appelait également le gouvernement canadien à créer un poste d’ombudsman indépendant pour l’industrie extractive canadienne afin d’enquêter sur les plaintes déposées par les populations des pays du Sud affectées par les activités d’entreprises canadiennes. En début d’année, le 17 janvier 2018, le gouvernement canadien annonçait la création d’un ombudsman des droits humains dédié aux activités de compagnies minières, pétrolières et gazières canadiennes à travers le monde.