Voter utile

1 décembre 2011

Quel est l'enjeu principal de ces élections? Qu'est-ce qui influencera le vote cette fois-ci? Notre question a reçu presque toujours la même réponse: voter utile!  Mais ici, dans le Katanga, la province la plus riche du Congo et celle d'où provient le président sortant, qu'est-ce que cela signifie ?

Dans la petite ville de Kasenga, à 200 km de la capitale provinciale où une partie de la délégation s'est rendue, deux candidats, sur une liste de 28 ressortaient nettement lors du dépouillement des bulletins. Le numéro 18 plus particulièrement. Ex-administrateur du territoire, poste qu'il avait dû quitter après quelques affaires douteuses, le monsieur s'était retiré à Kinshasa plusieurs années. Originaire de la petite ville, il était rentré très tôt pour faire campagne et, de manière inédite en politique congolaise, s'en était tenu à deux promesses: rendre l'eau accessible à tous et ouvrir de nouveau les routes rurales secondaires. En effet, même si la rivière Luapula borde la ville, l'eau n'est toujours pas accessible pour la majorité. Une bonne partie des aliments provient de la Zambie voisine faute de voies carrossables pour amener la production locale vers les grands centres. On disait aussi que le candidat no 18 aurait obtenu le soutien d'un puissant conseiller du président, lui aussi de cette région.

Suivait, mais de loin, la candidate no 14, de Kasenga elle aussi, et députée sortante. Bien qu'appréciée durant son mandat et ayant consacré beaucoup de ressources pour sa campagne, ses adversaires ont insisté cette fois sur l'origine kassaienne de son mari, la province voisine. L'argument de l'origine des candidats a été utilisé régulièrement durant cette campagne. A-t-il porté, comme certains le souhaitent? La suite nous le dira bientôt.

À Likasi, deuxième ville de la province et important centre minier, les organisations locales partenaires de Développement et Paix avaient organisé durant la campagne sept Tribunes d'expression populaire, dans la ville même et ses environs. Les candidats ont été invités à rencontrer la population. La participation populaire a été massive, celle des politiciens, mitigée. À Kambove, sur les 48 candidats, 5 se sont présentés, à Kapolo, 3 seulement, mais à Likasi, sur les 101 postulants, 28 y étaient.

Ces tribunes, très courues, ont été riches en enseignements: pour une rare fois, des candidats, dont plusieurs n'habitent pas la province et n'y mettent jamais les pieds, ont pu entendre les préoccupations de leurs électeurs. Et ici, pas question de leur origine, mais plutôt des multiples soucis qui accablent quotidiennement la vie des gens et entravent le développement de la province et du pays comme les tracasseries policières - pour collecter d'imprévisibles et innombrables taxes -, puis encore et toujours la fourniture d'eau et d'électricité, un problème incompréhensible dans cette région industrielle qui fournit une part substantielle du budget national. Et ici, il faut toujours payer pour l'école primaire malgré les promesses électorales de 2006.

De plus, les candidats, nouveaux pour la majorité - les députés sortants n'ayant pas osé se représenter - ont dû ajouter quelques promesses à leurs discours. On leur a dit, de manière très directe, que les problèmes de la population ne sont jamais répercutés au parlement. Que les représentants brillent par leur silence à l'Assemblée nationale et sont absents dans leur circonscription. Et aussi paradoxal que cela puisse paraître, ils ont été enjoints de respecter les lois qu'ils adoptent!

Il est à parier que ces tribunes d'expression populaire organisées par les organisations locales de la société civile de cette partie du Katanga, l'une des onze provinces du pays, ont donné une image assez exacte de l'état d'esprit de la population congolaise. C'est ce qui explique entre autres, la participation très importante au vote compte tenu des difficultés rencontrées. Sur l'ensemble du pays, là où on a pu voter de manière convenable, même avec retards et complications pour trouver son bureau de vote, les choses se sont passées correctement. Là où on a pensé qu'on voulait empêcher ce droit fondamental de s'exprimer, l'impatience, le mécontentement et la colère se sont exprimés avec force et parfois avec violence.

Pour une deuxième fois, après en avoir été privée pendant plus de quarante ans, la population congolaise a pris très au sérieux son droit de vote.