17 avril : Journée internationale des luttes paysannes

18 avril 2013
par 
Marie-Hélène Roy, agente de programmation jeunesse

Cette journée d’action a été lancée au Brésil à Eldorado dos Carajás en 1996, après l’assassinat de dix-neuf paysans membres du Mouvement des travailleurs ruraux sans terre (MST) du Brésil, un partenaire de Développement et Paix. À travers le monde, les paysans luttent au quotidien contre la déforestation, l’accaparement des terres, et la pollution des sols et des eaux, mais aussi pour améliorer leurs conditions de vie difficiles. Les luttes paysannes sont donc l’affaire de tous dans la mesure où elles touchent aussi bien des questions liées au droit à la terre qu'à la souveraineté alimentaire et qu'au respect de l’environnement.

Depuis ses origines, Développement et Paix appuie des mouvements paysans à travers le monde et sensibilise la population du Canada à l’importance de faire triompher la justice écologique. Marie-Hélène Roy, agente de programmation jeunesse, est allée à la rencontre des partenaires de Développement et Paix en Haïti et a pu constater l'importance de la paysannerie dans le pays.

En Haïti, l’importation étrangère est valorisée au détriment des produits locaux. Il est aberrant de constater que les produits importés de l'étranger coûtent moins cher que les aliments produits localement. Cette réalité a pour résultat d’affaiblir de manière considérable l’économie locale. Par ailleurs, de plus en plus d’entreprises agricoles étrangères cherchent à s’établir en Haïti, ce qui a comme impact d’empêcher la population locale d’avoir accès aux terres et donc, de se nourrir.

Afin de répondre à cette problématique, plusieurs partenaires de Développement et Paix tels le MPP, l'ITECA et l'IRATAM, expriment très clairement l’importance de valoriser la paysannerie haïtienne et de procéder à une réforme agraire en faveur de la souveraineté alimentaire. Pour ce faire, une forte mobilisation des paysans et paysannes est nécessaire ainsi qu’un travail de sensibilisation auprès de l’ensemble de la population dans l’objectif d’établir un plus grand rapport de pouvoir auprès des autorités nationales pour faire adopter ce projet. Promouvoir l’agriculture paysanne aurait aussi pour effet de réduire l’exode rural, problème qui exacerbe actuellement la vulnérabilité des jeunes et des familles qui s’installent dans des bidonvilles ou des cités en périphérie des grandes villes. Cité Soleil en est un exemple. Les jeunes qui habitent ces quartiers sont plus susceptibles de se joindre à des activités criminelles et rejoignent parfois des gangs armés par nécessité. C’est un défi auquel fait face l'organisme Justice et Paix, qui travaille à promouvoir une culture de paix dans les quartiers pauvres et marginalisés de Port-au-Prince.
 
Le 22 mars dernier, le Mouvement Paysan Papaye (MPP) a fêté son quarantième anniversaire dans une ambiance festive et musicale sous le slogan MPP, 40 ane aprè! Nou la pi rèd nan lit pou chanjman sosyal (MPP, 40 ans après ! Nous sommes encore fermes dans la lutte pour le changement social). Lors de cette journée de mobilisation, plus de 40 000 personnes ont défilé dans les rues du département du Plateau Central afin de revendiquer la réforme agraire, la souveraineté alimentaire ainsi que l’abolition des structures d’exploitation et de domination au niveaux national et international.

Actuellement tenus à l’écart par l’État dans la réflexion et le choix des politiques agricoles, les paysans et paysannes doivent être au cœur même du processus de refondation du pays et faire partie des réflexions nationales, puisqu’ils et elles contribueraient grandement à améliorer les conditions de vie de la population haïtienne.