8 mars : Journée internationale des femmes

7 mars 2013
par 
Khoudia Ndiaye, agente de communications

Célébrée depuis plus de 100 ans dans de nombreux pays du monde, la Journée internationale des femmes est un jour où les femmes sont reconnues pour leurs réalisations. Victimes de violences en tout genre, elles se battent chaque jour pour avoir un meilleur accès à la terre, à l’éducation, à l’emploi, à l’emprunt ou à la propriété. Au cours de ses 45 ans d’existence, Développement et Paix a pu constater à quel point il est important de favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes et l’implication de ces dernières dans la recherche d’alternatives durables aux structures sociales, politiques et économiques injustes.  C’est avec elles que nous pourrons construire un monde de paix, de justice et faire triompher de la dignité humaine.

En Afghanistan, Développement et Paix travaille depuis plusieurs années avec le Centre de ressources des femmes afghanes (AWRC), un organisme communautaire. Celui-ci contribue à l'autonomisation des femmes afghanes et à la protection des enfants afghans. Il offre des services dans les domaines de l'éducation, de la santé, du renforcement des capacités ou encore de la création de revenus. Partawmina Hashemee est l’une de ces femmes courageuses. Membre fondatrice de l’AWRC, elle nous raconte aujourd’hui le rôle que jouent les femmes dans le processus de reconstruction de son pays.

Quelle est la situation actuelle des femmes en Afghanistan ?
Les femmes afghanes jouissent maintenant de plusieurs droits. Elles ont accès à l’éducation et à des soins médicaux, elles peuvent occuper des postes au sein de la fonction publique, démarrer de petites entreprises, s’enrôler dans l’armée et la police et se présenter aux élections. Toutefois, plusieurs facteurs essentiels affectent directement la vie et la situation des femmes afghanes, limitent leurs capacités et freinent leur détermination à participer activement à la reconstruction de leur pays : un conflit persistant, un climat d’insécurité, une grande pauvreté, des barrières culturelles, de nombreux cas de mariages forcés à un trop jeune âge, un système judiciaire inadéquat et le manque de formation des agents chargés de faire respecter la loi, et des services d’éducation et de santé peu développés.

Pouvons-nous dire que les femmes afghanes participent au processus de reconstruction du pays ?
Oui, sans aucun doute. Les femmes afghanes jouent un rôle crucial dans le processus de relèvement de l’Afghanistan. Elles participent activement à la vie sociale, politique et économique du pays.

Si oui, la société afghane valorise-t-elle leur rôle ?
Malheureusement, leur rôle n'est pas valorisé autant qu’elles le méritent. Malgré certaines victoires, la participation des femmes n’est toujours pas considérée comme importante dans la plupart des forums de prise de décisions clés à l’échelle nationale et internationale. Nous ne voulons pas voir compromis les acquis obtenus par les femmes dans les dix dernières années. Si nous perdons le terrain gagné, nous pourrions aboutir à un recul par rapport à notre situation initiale.

Selon vous, quels ont été les progrès les plus significatifs pour les femmes afghanes dans les dix dernières années ?
Depuis la chute du régime des Talibans en 2001, la situation des femmes s’est beaucoup améliorée. Bien que leur position soit différente dans les diverses zones du pays, elles sont actives dans tous les secteurs de la société et travaillent de pair avec les hommes que ce soit dans la capitale, les provinces, les districts et les villages. Le gouvernement ne restreint pas leurs mouvements, pas plus qu’il ne les empêche de s’instruire et de recevoir des soins médicaux.

Les principales victoires des femmes afghanes concernent d’une part l’adoption d’une Constitution en vertu de laquelle tous les citoyens de l’Afghanistan – tant les hommes que les femmes – ont les mêmes droits et devoirs devant la loi. D’autre part, nous avons contribué à l’établissement du ministère de la Condition féminine (MoWA) et de la Commission indépendante des droits de la personne en Afghanistan (AIHRC). La ratification et la signature de lois internationales et de traités par le gouvernement afghan constituent également une victoire tout comme la mise en œuvre d’un Plan national d’action en faveur des femmes en Afghanistan (NAPWA) s’échelonnant sur dix ans, ainsi que d’autres plans d’action à l’échelle nationale. Et enfin, la participation des femmes aux élections provinciales et nationales, ainsi que leur implication au sein du Parlement et du Haut conseil pour la paix sont véritablement de grandes victoires pour nous.

Qu’est-ce qui vous motive à poursuivre votre travail ?
Aussi bien les victoires obtenues par les femmes afghanes que les défis qu’elles ont encore à relever pour jouir pleinement de leurs droits m’encouragent à poursuivre mon travail.

Quel message aimeriez-vous transmettre à toutes les femmes à l’occasion de la Journée internationale des femmes 2013 ?
Depuis la chute du régime des Talibans, et en dépit des nombreux obstacles et défis auxquels nous devons faire face, nous les femmes afghanes redoublons d’efforts pour rebâtir nos communautés, participer à la vie publique et promouvoir paix et la démocratie dans notre pays. Ainsi, en cette Journée internationale des femmes, nous demandons à toutes les organisations féminines et à tous ceux et celles qui militent en faveur de la reconnaissance des droits des femmes dans le monde entier de s’unir à nos efforts afin de s’assurer que la communauté internationale ne permettra pas que nos avancées deviennent une monnaie d’échange dans les pourparlers de paix. Nous leur demandons aussi de continuer leurs efforts et leur engagement en faveur de l’autonomisation des femmes afghanes même après le désengagement occidental en 2014.