Acabo de año : une célébration funéraire bolivienne

Dans Jeunes
4 septembre 2015
par 
Caterina Garulli, stagiaire QSF

Sept jeunes québécoises effectuent actuellement un stage d’initiation à la solidarité internationale en Bolivie dans le cadre du programme Québec sans frontières (QSF). Elles appuient un partenaire de Développement et Paix et partagent avec nous le récit de leurs expériences.

Après deux mois et demi de stage, nous arrivons malheureusement à la fin de cette aventure incroyable qui nous a toutes bien fait grandir. Pour ma part, j’ai été marquée par les expériences vécues à La Paz. Certaines ont été plus difficiles que d’autres, mais au final, elles étaient toutes bien enrichissantes. Parmi tout ce que j’ai expérimenté, la vie en famille a vraiment été ce qui m’a le plus touché. J’ai ressenti que ma famille d’accueil était toujours présente pour moi et se souciait de mes besoins alors que nous ne nous connaissions pas avant notre arrivée à La Paz. Pour moi, c’est un honneur immense qu’ils aient bien voulu partager avec une étrangère leurs coutumes et habitudes de vie. L’événement dans lequel nous avons été invitées et qui m’a le plus marquée est l’Acabo de año, qui est une célébration funéraire.

En Bolivie, dans certaines familles, il est très important culturellement de célébrer la première année de la mort d’un proche. Même si tout cela peut paraitre étonnant, cette célébration est réellement prise au sérieux et nécessite beaucoup d’organisation. D’ailleurs, ma mère d’accueil, Elvira, s’est impliquée durant plusieurs semaines pour que cette fête soit parfaite, puisqu’on se réunissait pour commémorer la mort de sa mère. Elle a passé de nombreuses journées à porter des invitations jusqu’à tard le soir.

C’était réellement une expérience intéressante que de participer à cet évènement qui se déroulait pratiquement sur toute une journée. En matinée, nous avons assisté à une messe où tous étaient vêtus de noir. Ensuite, nous nous sommes rejoints dans une salle d’évènements où s’est déroulée le reste de la célébration. Ce type de salle est vraiment répandu à La Paz, il y en a plusieurs dans chaque quartier et elles servent autant à des quince anos (la fête des quinze ans des filles en Bolivie et d’autres pays d’Amérique du Sud) qu’à des célébrations pour telle vierge ou tel saint.

Ainsi, dans cette salle, toute la famille était réunie autour d’une table avec des fleurs, de la nourriture en abondance et une photo de la mère d’Elvira. Un prêtre jouait de la guitare en chantant des prières pour rendre honneur à la défunte. Avec la famille proche, nous avons ensuite été invités à descendre dans une pièce sombre au sous-sol. Comme Elvira me considérait comme sa propre fille, j’ai eu l’honneur d’y être invitée. Chaque membre de la famille a fait un discours suivi d’un toast pour cette personne importante. Au début, j’ai été surprise de voir qu’à la fin d’un verre, chacun versait son fond de boisson sur le sol. Il s’agit d’une tradition particulièrement forte chez les peuples quechua et aymara qui suggère de faire une offrande à la pacha mama (terre mère; liée à la fertilité des sols). Cette coutume n’est pas pratiquée seulement pour ce type d’événement, selon ce que j’ai pu observer par la suite, mais j’ai trouvé l’expérience bien intéressante! Au final, nous sommes sortis de cette pièce avec les souliers un peu trempés!

Lorsque nous sommes revenus dans la salle principale, la musique d’un groupe invité nous attendait afin que toute la famille exécute une danse traditionnelle (la cueca) devant les convives. Cette danse se pratique à deux, en faisant des petits pas et en tenant un mouchoir de la main droite. Quel moment mémorable, mais un peu gênant! Ma mère d’accueil avait oublié de me mentionner que je devrais danser devant un public, une danse dont je ne connais pas les pas! Les autres stagiaires ont beaucoup ri, assises à leur table où étaient aussi présentes certaines des autres mères d’accueil. De temps à autre, la musique s’arrêtait et nous devions tous faire un toast, pour remercier la défunte. À chaque toast, le serveur qui passait au milieu de la haie que nous formions échappait son plateau une fois qu’il avait servi tous les verres ; il a fallu quelques toasts aux non-habitués pour comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une maladresse.

Après un certain temps, tous les invités se sont joints à la piste de danse pour continuer à célébrer jusqu’aux petites heures du matin. Les personnes qui arrivaient au fur et à mesure apportaient généralement une ou des caisses de bière, comme le veut la tradition. Après, ceux qui ont organisé la fête et reçu les bières en donneront deux fois plus aux fêtes où ils seront à leur tour invités, selon ce que dit la coutume.

J’ai été marquée par cette fête bien divertissante!