Agriculture et changements climatiques: mise en œuvre de l’accord de Paris

Dans Plaidoyer
8 juin 2016
par 
Geneviève Talbot

Agriculture et changements climatiques: mise en œuvre de l’accord de Paris

Cinq mois après la COP21, s’est tenue du 16 au 26 mai dernier, à Bonn, en Allemagne, la Conférence des parties signataires de la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques (CCNUCC). Lors de cette conférence, se sont réunis des représentants de tous les États signataires de l’accord de Paris afin d’en négocier certains éléments et d’entamer les discussions autour de sa mise en œuvre. Le rôle de l’agriculture dans les changements climatiques a été l’un des thèmes abordé lors de cette conférence, raison pour laquelle j’y étais.

Les liens entre l’agriculture, le système alimentaire et les changements climatiques sont intimes et complexes. Quand vient le temps de discuter de la lutte contre les changements climatiques, on ne peut séparer les modes de production alimentaire (i.e. les modèles agricoles), des modes de consommation (le système alimentaire). Il est donc nécessaire de prendre du recul et d’avoir une vue d’ensemble.

Les chiffres sont clairs : 800 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde. Selon l’Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 98% de ces personnes vivent dans les pays du Sud et près de la moitié sont des paysannes et des paysans. Or, tout en occupant moins de 25 % des terres agricoles mondiales, les petites productrices et petits producteurs produisent la plupart des aliments. Si les artisans de la terre contribuent à nourrir le monde, ils sont également ceux qui souffrent le plus de la faim.

800 millions de personnes souffrent de la faim dans le monde.

Le problème de la faim ne se résume pas à une équation mathématique : trop de personnes à nourrir, pas suffisamment de nourriture. Le problème de la faim est avant tout une question politique liée aux inégalités d’accès aux ressources et aux opportunités. Le problème de la faim est aussi un problème de pouvoir. Les impacts des changements climatiques exacerbent ces inégalités et affectent l’accès à la nourriture pour les populations les plus vulnérables.

Les engagements pris par le Canada dans le cadre des Objectif du développement durable (ODD), de l’Agenda 2030 et de l’accord de Paris exigent d’aller au-delà de la question de la productivité agricole (quantité de nourriture produite) et d’aborder la question de l’agriculture et de la sécurité alimentaire en ayant en tête le respect et la protection de notre maison commune, la Terre.

« Il y a une grande variété de systèmes alimentaires ruraux de petites dimensions qui continuent à alimenter la plus grande partie de la population mondiale, en utilisant une faible proportion du territoire et de l’eau, et en produisant peu de déchets, que ce soit sur de petites parcelles agricoles, vergers, ou grâce à la chasse, à la cueillette et la pêche artisanale, entre autres. »

Le pape François, Laudato Si’ (129).

Selon un rapport d’environnement Canada, en 2014, les émissions canadiennes de GES directement attribuable à l’agriculture représentaient 8% des émissions totales de GES du Canada. Il s’agit d’une hausse de 21% par rapport à 1990. Toujours selon ce rapport, un des facteurs principal qui explique l’augmentation des émissions de GES dans le secteur agricole depuis 1990 est l’accroissement soutenu de l’utilisation d’engrais chimiques.

À l’échelle mondiale, il est généralement admis que l’agriculture contribue de 11% à 15% des GES émis. La plupart de ces émissions proviennent de l’utilisation d’engrais chimiques, de l’essence utilisée pour la machinerie et le chauffage, ainsi que des surplus de fumier générés par l’élevage intensif. Analysé dans son ensemble, le système alimentaire industriel émet entre 44% et 57% des émissions de GES dans le monde. Ceci inclut la déforestation, l’agriculture, le transport, la transformation et l’emballage des aliments, la congélation, la vente au détail et les déchets.

Aborder la question de la sécurité alimentaire sous l’angle des changements climatiques exige donc une certaine curiosité intellectuelle, ouverture d’esprit voir même goût du risque de la part des agriculteurs mais aussi des consommateurs. Explorer des systèmes agricoles et alimentaires différents qui favorisent l’intégrité environnementale et sociale peut signifier des fruits et légumes moins beaux, plus chers, moins diversifiés mais en contrepartie, plus goûteux, plus nutritifs et plus sains. Lutter contre les changements climatiques demande donc un changement de paradigme dans les systèmes agricole et alimentaire mais aussi dans nos modes de consommation.

Dans le cadre du lancement d’un rapport produit par l’International Panel of Experts on sustainable food systems (IPES) sur le changement de l’agriculture industrielle à des systèmes agroécologiques diversifiés, Émile Frison, l’auteur principal a déclaré que : « les agriculteurs ne transformeront leurs pratiques que lorsqu’ils seront certains de trouver des marchés. Et les consommateurs adopteront une alimentation saine et durable que lorsque cela sera accessible et abordable pour eux. Ces changements doivent se combiner mutuellement, tout comme la dynamique actuelle tient à les exclure ». Olivier de Schuter, co-président d'IPES a ajouté que « nous devons changer la façon dont nous fixons les priorités politiques. Les étapes menant à une agriculture agroécologique diversifiée sont des mesures visant à démocratiser la prise de décision et rééquilibrer le pouvoir dans les systèmes alimentaires. »

 

Les partenaires et alliés de Développement et Paix, dans les pays du Sud et ici, au Canada, qui vivent et travaillent la terre, s’intéressent depuis longtemps à ces questions. Ils proposent d’ailleurs des alternatives, dont l’agroécologie.

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