Alors, on danse?

14 août 2018
par 
Flavie Riou-Routhier et Maryse Pilon, stagiaires du groupe Québec sans frontières en Bolivie
Québec Sans Frontières - QSF Bolivie 2018

Huit jeunes québécoises effectuent actuellement un stage d’initiation à la solidarité internationale en Bolivie dans le cadre du programme Québec sans frontières (QSF). Elles appuient un partenaire de Développement et Paix – Caritas Canada, le Centro de Promoción y Salud Integral (CEPROSI), à La Paz.

Le CEPROSI est un organisme à but non-lucratif qui intervient, depuis plus de 30 ans, auprès des femmes et des familles vivant à La Paz et à El Alto. Il a pour mission de promouvoir la santé intégrale auprès des femmes et des familles de ces secteurs par le biais d’actions éducatives, de communications et d’actions de plaidoyer..

Durant toute la durée de son séjour, le groupe nous partage ses expériences. Dans ce texte, on nous invite à découvrir les danses boliviennes et leurs symboliques. Alors, on danse?

Alors, on danse?

Ayant de la difficulté à enfiler un pied devant l’autre sans trébucher, je reste toujours un peu bouche bée lorsque j’aperçois les pas coordonnés et les virvoltements élégants des danseurs et danseuses improvisé-e-s de la ville andine. La fanfare qui suit de tout près retentit dans les rues avoisinantes et attise un public tout aussi impressionné que je le suis. Tranquillement, je me laisse courtiser par le rythme, les couleurs et la festivité qui jaillit de cette cavalerie musicale. Sur un élan, j’enchaine deux ou trois mouvements puisqu’il m’est impossible de ne pas me laisser entrainer par le spectacle qui déambule sous mes yeux. À La Paz, des représentations comme celles-ci se produisent hebdomadairement. En effet, les formations musicales et les danses font partie du paysage bolivien; à chaque département, sa propre danse!

Morenada


Photo : © Li Feng Xie

Tout comme les Boliviennes et les Boliviens, vous serez rapidement conquis par la Morenada. À ce jour, cette danse est l’une des plus appréciées du pays. Vous l’observerez très souvent dans les festivals les plus importants de Bolivie, dont le Gran Poder de La Paz ou lors de la rentrée universitaire. Quant à son origine, il existe diverses théories. Une première théorie suggère que cette danse représente la scène où un majordome surveille des travailleurs en train de piler du raisin pour la production du vin. Une seconde théorie propose que la Morenada commémore à la fois la servitude des esclaves africains et ridiculiserait les autorités espagnoles de l’époque. D’autres théoriciens affirment enfin, que les costumes des danseurs imiteraient les écailles des poissons. Cette danse tirerait donc son origine de la conception de l’eau des peuples aymaras de la région du lac Titicaca. C’est au rythme de la fanfare que vous verrez apparaitre l’Achachi (possiblement une caricature de l’ambassadeur espagnol de l’époque coloniale), arborant un immense masque ainsi qu’un costume garni d’ornements, le tout pouvant peser jusqu’à 50 kilos. Les Morenos entreront ensuite dans la danse, accoutrés d’un énorme costume cylindrique sectionné en deux ou trois parties qui rappelle le tonneau de vin, et accompagneront la mélodie au son de leur crécelle. L’Ours, l’Antonieta (femme de l’Achachi), les China Morena (à l’origine, des hommes habillés en femmes dans le but d’intégrer la femme à cette danse sans qu’elles n’y participent réellement) ainsi que les Cholitas se joindront également au spectacle.

Diablada


Photo : © Li Feng Xie

La Diablada, comme son nom le laisse entendre, est une danse qui s’inspire de la lutte entre le bien et le mal, de la foi, de la religion et de la peur de l’inconnu. Au cours de cette danse traditionnelle de la région d’Oruro, qui se veut une offrande à la Virgen de Socavon, vous observerez la rencontre entre l’Archange San Miguel, ailé et généralement vêtu de blanc, et Lucifer, drapé d’une cape richement brodée et arborant un masque imposant où figurent crapauds, lézards et dragons. D’autres personnages entourent cette rencontre épique, dont la China Supay (l’épouse du diable), l’Ours, le Condor ainsi que les diables. De passage au mois de février en Bolivie? Cette danse est un incontournable du carnaval de la ville d’Oruro!

Caporal (La Paz)


Photo : © Maryse Pilon

Vêtus de pantalons et de vestons à épaulettes aux broderies éclatantes, de bottes hautes ornées de clochettes ainsi que de leur fouet, la performance des caporaux ne manquera pas de vous impressionner. Les femmes, avec leur chapeau bombé décoré de paillettes et de rubans, leur robe courte parée des mêmes broderies que leurs compagnons et leurs souliers à talons brillants, ne vous laisseront pas de glace. La danse Caporal, typique de la région de La Paz, symbolise ainsi une manifestation de pouvoir des caporaux et de leurs femmes. À l’époque coloniale, le caporal était un esclave noir, d’une classe sociale un peu plus élevée, qui avait la tâche de s’occuper des autres esclaves, mais plus spécifiquement de les punir. Leurs femmes, pour leur part, profitaient du même statut privilégié et représentent dans cette danse la vision de la beauté et de la jeunesse.

Tinku


Photo : © Li Feng Xie

Originaire de la ville de Potosí, le Tinku rappelle le rituel du même nom dédié à la Pachamama (Terre-Mère). Le Tinku, de la langue Autochtone Quechua pour « rencontre », consiste à un combat auquel s’adonnent deux opposants dans le but d’offrir leur sang à la terre pour lui assurer une fertilité accrue. Dans cette danse au rythme effréné, vous verrez s’entremêler aux plumes chatoyantes des chapeaux de longs rubans noués à la taille des danseuses et danseurs.

Cueca


Photo : © Maryse Pilon

Alors que vous aurez surement remarqué que les danses précédentes provenaient d’une région bien particulière, chacun des départements de la Bolivie ont leur variante de la Cueca. C’est au cours de cette danse, qui tire ses racines la Zamacueca péruvienne, que vous pourrez admirer les couples de danseurs s’offrir à un jeu de séduction en agitant habilement de leur main droite un mouchoir blanc. Alors que chaque département y ajoute ses couleurs, c’est la Cueca Paceña (de La Paz) que nous trouvons la plus romantique!