Arthur Peters, directeur général, ShareLife Toronto Arthur

22 août 2014
par 
Arthur Peters, Executive Director, ShareLife Toronto

Peters est directeur général du groupe ShareLife, à l’archidiocèse de Toronto. Il a fait partie d’une délégation qui a visité les projets de Développement et Paix mis en place au lendemain du passage du typhon Haiyan (Yolanda), aux Philippines.

Au cours des dernières semaines, j’ai beaucoup pensé aux personnes qui se trouvaient à bord de l’avion malaisien qui a été abattu le mois dernier. Les passagers étaient probablement en train de prendre un repas, de regarder un film ou de bavarder lorsque, en l’espace d’un instant, tout s’est terminé pour eux.

J’ai eu des pensées semblables ces derniers jours alors que je visitais certains des secteurs touchés par le typhon Yolanda, en novembre dernier. Même s’il y avait eu un avertissement, certaines personnes n’ont pas pleinement réalisé à quel point la tempête était puissante. Lorsque le typhon a frappé les Philippines, des vents atteignant plus de 340 km/h ont déplacé des bâtiments et des objets qu’on aurait cru impossibles à bouger. Des gens ont perdu la vie, mais chez ceux qui ont survécu, l’envie de vivre demeure forte. Face à une dévastation que la plupart d’entre nous ne pouvons imaginer, l’espoir subsiste, et les gens sont déterminés à ne pas se laisser abattre par l’épreuve qu’ils viennent de traverser.

À notre arrivée à Tacloban, nous nous sommes rendus à la cathédrale de la Transfiguration du Christ, à l’archidiocèse de Palo. L’archevêque John Du nous a fait faire une courte visite de sa paroisse; la tempête avait arraché le toit de l’église, et le vent avait propulsé l’autel à l’autre extrémité du bâtiment. L’archevêque nous a montré où il s’était réfugié lorsque le typhon s’est abattu sur le secteur, et j’imaginais à quel point cela avait dû être terrifiant de voir tout ce bouleversement d’aussi près! Chose étonnante, malgré les vents violents et les débris qui se détachaient du toit, aucune des statues ne sont tombées des alcôves, même si leur socle n’était pas fixé!

Nous nous sommes ensuite rendus à l’endroit où le centre d’assistance aux pauvres nommé en l’honneur du pape François est en train d’être construit. Le centre viendra en aide aux orphelins et aux aînés et abritera aussi une clinique médicale. Les travaux viennent à peine de commencer, et le pape bénira le centre à l’occasion de sa visite au pays, en janvier prochain.

Tout près, sur une colline, se trouve la résidence de l’archevêque Du. Je dirais que la maison est située à 40 ou 50 mètres dans la pente. Sa Grâce nous a raconté que lorsqu’il s’est rendu à pied de la cathédrale à sa maison, après le passage de la tempête, il a constaté à son arrivée qu’une partie du bâtiment avait été détruite! Cette partie abritait une chapelle, et le tabernacle avait été renversé sur le sol. L’archevêque a alors remarqué que le tabernacle n’était aucunement endommagé; un crucifix était tombé dessus, et le corps du Christ l’avait protégé du typhon!

Le lendemain matin, nous avons visité plusieurs barangays, ou districts électoraux, à Tacloban. Comme la plupart d’entre eux sont situés près de la mer, ils ont été frappés de plein fouet par la tempête. La rive était jonchée des restes de plusieurs résidences de villégiature. Un peu plus loin s’étend désormais une mer d’abris de fortune, où les gens vivent en attendant que soient construits des logements permanents. Il s’agit souvent de tentes ou de modestes structures façonnées avec du bois ou du métal. Nous avons célébré la messe sur une plateforme de ciment qui avait jadis été le plancher d’une maison. Au cours de la messe, des parents ont déposé sur l’autel des feuilles de papier où ils avaient inscrit les noms de leurs êtres chers disparus, et après la cérémonie, les papiers ont été brûlés et les cendres répandues dans la mer.

Par l’intermédiaire de l’organisation Urban Poor Associates, Développement et Paix a aidé à éduquer les gens sur leurs droits en matière de logement et de soutien gouvernemental. À cela sont venus s’ajouter des fonds d’urgence fournis pour aider les populations à se procurer des ressources essentielles comme de l’eau, des matériaux pour construire des abris et de la nourriture.

Nous avons ensuite été voir deux bateaux qui avaient été projetés sur la grève par le typhon. En regardant les photos, imaginez la force qu’il a fallu pour déplacer ces immenses navires du large vers la grève. Et cela en quelques secondes!

L’après-midi venu, nous avons visité le bureau de la chancellerie, où on nous a expliqué comment l’archidiocèse avait aidé les habitants des barangays à tracer des cartes indiquant ce qu’il y avait avant et l’état actuel des choses. Ces cartes sont utiles pour évaluer la situation. Ce qui importe dans ce processus, c’est qu’il parte de la base : les personnes affectées participent à l’élaboration des plans de reconstruction. L’archidiocèse suit le déroulement des travaux et détermine où il peut apporter son l’aide pour la fourniture de ressources. Développement et Paix contribue aux opérations de secours dans cette région par le versement de fonds d’aide humanitaire. Nous avons aussi pu voir les restes de l’auditorium du séminaire. Quelque temps auparavant, les autorités avaient demandé à l’archidiocèse s’il était possible d’utiliser l’entrée du bâtiment pour en faire un centre d’évacuation. L’archidiocèse a décidé de refuser, ce qui lui a valu des critiques, mais il a opté pour la prudence car le bâtiment avait été gravement endommagé.

Sur le chemin du retour, nous nous sommes arrêtés à l’une des baraques provisoires fournies par le gouvernement.

Là, nous avons rencontré une dame dont le mari avait péri lors du passage du typhon. La famille a perdu sa maison et a été relogée dans cet abri temporaire en attendant un logement permanent. Cette rencontre a été une expérience très émouvante…

Le matin suivant, nous avons célébré la messe à l’église rédemptoriste. Trois mille personnes se sont réfugiées ici quand le typhon a frappé et certaines d’entre elles y sont restées jusqu’à trois semaines.

Nous nous sommes ensuite mis en route pour Guiuan. En chemin, nous nous sommes arrêtés à une église, à Balangiga, dont le toit avait été arraché par le typhon. Cette église a elle aussi une histoire. Au début des années 1900, des soldats philippins déguisés en femme ont attaqué des soldats américains basés dans la région, tuant un grand nombre d’entre eux. Le signal de l’attaque avait été donné par le tintement des cloches de l’église. Plus tard, les Américains sont revenus, et plus de 10 000 Philippins ont été tués. Les soldats américains ont subtilisé deux des cloches de l’église, qu’ils n’ont jamais rendues. L’une d’entre elles se trouve au Nebraska. Il semble que cet épisode soit toujours aujourd’hui, plus d’un siècle plus tard, un point sensible.

Notre dernier arrêt de la journée a été l’église de l’Immaculée-Conception, à Guiuan. Cette église vieille de plus de 300 ans a été pratiquement détruite par le typhon, et seuls ses murs sont encore debout. Le toit s’est effondré, et la portion avant du bâtiment a basculé à l’intérieur de l’église. Ici aussi, le prêtre responsable de la paroisse s’est fait demander si l’église pouvait être utilisée à titre de centre d’évacuation; le prêtre a refusé, car la structure avait été affaiblie par un tremblement de terre survenu quelques années auparavant. Judicieuse décision!

Ces deux jours m’ont donné la possibilité de voir de près certains des dégâts causés par le typhon Yolanda. Le récit que je viens de faire ici est loin de décrire l’ampleur de la destruction qu’il m’a été donné de voir. Notre contribution à Développement et Paix par le versement d’une aide financière pour les Philippines aura un impact positif à court et à long terme dans cette région et dans les autres régions touchées.