Au Niger, en plein Sahel, un paysage ocre teinté de vert

Dans Urgences
12 août 2014
par 
Stéphane Vinhas

En ce jour de juillet, nous voilà sur une route goudronnée de l’Ouest du Niger. Nous roulons vers le village de Garbay Tombo qui participe à un projet mené par la Caritas Niamey. L’horizon est ocre, parsemé de verdure, des arbres essaimés et les pousses de mil qui peinent à voir le jour, faute de pluies régulières. Sur le bas-côté, un troupeau de bœufs aux cornes magnifiques s’élance lentement, péniblement, sous une chaleur accablante. Ils se dirigent vers un point d’eau boueuse où ils pourront se désaltérer. Arrivés au village, on nous reçoit et nous assoit sur deux chaises en bois. En face de nous, assis sur des nattes, d’un côté les hommes, faussement sérieux, et de l’autre les femmes, joyeusement rieuses. Il règne une ambiance de bonne humeur. Le chef du village nous souhaite la bienvenue. Il nous explique ce que nous avons deviné sur le trajet : la pluie a tardé à tomber; les premières semences ont été perdue – il n’y a pas eu assez d’eau, pas à temps, il va falloir travailler de nouveau, semer une seconde fois.

Dans ce village à 100 kilomètres de Niamey, l’irrégularité des précipitations saisonnières, le manque de maîtrise des eaux de pluie et la sécheresse sont les principaux facteurs de l’insécurité alimentaire, comme l’est tout autant la hausse des prix des denrées alimentaires lors des pénuries. Dans cette région du monde, il existe aussi d’autres facteurs aggravants à la fois naturels (invasion acridienne, inondations, incendies, épidémies, épizooties, etc.) ou encore anthropiques (feux de brousse, litiges fonciers, conflits, insécurité, instabilité politique, manque de financements publics, etc.).

Nous avons eu la chance de pouvoir visiter le projet en cours. Tout d’abord un grenier de prévoyance, un système de réserve communautaire de sécurité des semences pour assurer des prix d’achat et de vente sans spéculation à outrance lors des pénuries. Ce système est géré par et pour les villageois eux-mêmes. Ensuite, un système d’irrigation à l’énergie durable d’un périmètre collectif de maraîchage. Si l’eau manque, le soleil, lui, ne manque pas, prolifique, énergétique. Des pompes fonctionnant à l’énergie solaire ont été placées dans le puits centenaire du village. Cela permet d’arroser facilement et efficacement un jardin communautaire maraîcher destiné aux femmes les plus vulnérables de la communauté. Le jardin est clôturé par un grillage en fer – et non en bois, pour éviter la coupe des arbres – afin de tenir éloignés les animaux du village qui ont la fâcheuse habitude de détruire, de manger et de piétiner les champs qui ne sont pas protégés.

Ces initiatives, qui s’inscrivent dans le cadre stratégique gouvernemental des 3N, « Les Nigériens peuvent nourrir le Niger », sont des éléments qui permettent, à leur mesure, de renforcer la résilience des populations locales et de contribuer à la sécurité alimentaire et le développement agricole durable.

Beaucoup reste à faire au Sahel. Développement et Paix y garde cette volonté : continuer d’appuyer des projets de résilience dans un contexte de crise chronique et des projets d’aide humanitaire lors des crises aiguës. Une évidence est également mise à jour: c’est dans l’action concertée et la rencontre des hommes et des femmes ayant un but commun que se tissent les liens les plus forts de la paix pour cette région.

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