Urgence Ukraine : Mise à jour

Une réfugiée ukrainienne et son bébé reçoivent de l’aide humanitaire de Caritas Pologne à la gare de Przemysl. (Philipp Spalek/Caritas Germany)

L’impact de l’invasion russe de l’Ukraine depuis le 24 février dernier a toujours des conséquences désastreuses sur la population : environ quatre millions de personnes se sont réfugiées dans les pays voisins, et plus de sept millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur de l’Ukraine. Il s’agit de la plus grande crise de déplacement humain dans le monde aujourd’hui.

Fonds recueillis

Grâce à la grande générosité du public canadien, Développement et Paix – Caritas Canada a jusqu’à présent reçu environ 2 millions de dollars en dons pour les opérations de secours humanitaires présents et futurs (dont 95 % sont utilisés directement pour cette crise, et 5 % pour les coûts administratifs). Merci de votre grande générosité !

Développement et Paix a également reçu 200 000 $ du gouvernement du Québec et est à la recherche de fonds provenant de différents paliers gouvernementaux et de fondations privées.

La réponse de Développement et Paix – Caritas Canada

Nous travaillons avec trois partenaires : Caritas Ukraine, Caritas Slovaquie et Caritas République tchèque. Jusqu’à présent, Caritas Ukraine est intervenu auprès d’environ 1,5 million de personnes déplacées ou vivant dans des zones difficiles d’accès en Ukraine, alors qu’en Slovaquie et en République tchèque, nos partenaires Caritas ont aidé des centaines de milliers de personnes réfugiées, principalement des femmes et des enfants.

Réponse immédiate : Au cours des premiers mois de la guerre, les activités de nos partenaires visaient essentiellement à fournir une aide de base, notamment :

  • nourriture et eau;
  • trousses d’hygiène et soins médicaux;
  • transport;
  • hébergements temporaires;
  • vêtements;
  • aires de jeux pour les enfants;
  • services de conseil et de soutien psychosocial;
  • aide à l’intégration au sein des pays voisins.

Réponse à moyen et à long terme : Depuis quelques mois, nos partenaires fournissent une aide humanitaire de stabilisation aux nombreuses familles qui retournent dans leurs villages dévastés ou qui habitent dans une région voisine. Ils continuent aussi à fournir une aide humanitaire de premier recours, particulièrement dans l’est et le sud du pays où les combats font rage et occasionnent des besoins humanitaires d’urgence. Le soutien à plus long terme comprend, entre autres :

  • une aide alimentaire et hygiénique mensuelle;
  • des solutions de logement plus permanentes, des réparations de maisons endommagées et des articles ménagers;
  • un soutien psychosocial plus approfondi pour adultes et pour enfants, y compris les espaces amis des enfants.

Au nom du peuple Ukrainien et de nos partenaires, nous vous remercions pour votre soutien généreux !

Programmes pour enfants en Ukraine

Des bénévoles de Caritas Dnipro, en Ukraine, jouent avec des enfants de familles déplacées dans l’espace ami des enfants. (Caritas Internationalis)

Depuis le début de la guerre en Ukraine, les partenaires de Développement et Paix – Caritas Canada dans la région fournissent une aide humanitaire d’urgence par le biais d’un réseau de Caritas locaux et de centres paroissiaux. Notre partenaire principal, Caritas Ukraine, est intervenu jusqu’à présent auprès d’environ 1,5 million de personnes vulnérables fuyant le conflit ou vivant dans des zones difficiles d’accès. Tout en continuant à fournir une aide d’urgence en réponse à chaque nouvelle vague de personnes déplacées et dans les zones de la ligne de front, Caritas Ukraine a également commencé à fournir depuis quelques mois une aide à la stabilisation et au relèvement, comme un soutien psychosocial plus approfondi pour adultes et enfants.

Un réseau de communautés chaleureuses et bienveillantes

Avant la guerre, les centres Caritas partout en Ukraine offraient une occasion unique de formation, de ressourcement spirituel et de loisirs. Aujourd’hui, ils servent de logements pour les personnes déplacées. Dans ces centres éloignés du front, les personnes fuyant la guerre trouvent non seulement les réponses à leurs besoins essentiels, mais aussi une communauté chaleureuse et bienveillante qui leur permet d’entamer leur processus de guérison.

Nous nous efforçons de fournir aux gens de la nourriture, des produits d’hygiène, des logements sûrs où les conditions de vie sont décentes, en bref, de fournir tout ce dont ils ont besoin. En même temps, nous comprenons que les blessures de la guerre ne sont pas seulement physiques. Après tout, nous parlons de nos blessures mentales. — Père Serhiy Trifyak, directeur de Caritas Kolomyja

Espaces amis des enfants et d’autres programmes

Pour faciliter le processus de guérison des Ukrainiennes et Ukrainiens vulnérables, les centres Caritas ont lancé des programmes qui offrent un lieu sûr où les enfants peuvent jouer, communiquer et apprendre. Dans ces espaces amis des enfants, des psychologues, des animateurs et des pédagogues pour enfants fournissent un soutien psychosocial afin de stabiliser l’état émotionnel des enfants et de créer les conditions pour la guérison. Jusqu’à présent, environ 35 000 personnes (enfants et adultes) ont déjà bénéficié de 53 espaces amis des enfants.

Par exemple, à Ivano-Frankivsk, le bureau local de Caritas Ukraine a lancé un cours gratuit avec l’aide de l’UNICEF, intitulé « Les enfants et la guerre : apprendre les techniques de guérison ». Le cours s’adresse aux enfants âgés de huit ans et plus et comprend des réunions pour les parents, qui reçoivent également un soutien psychologique et qui apprennent des techniques à utiliser plus tard avec leurs enfants.

Dans le centre Caritas de Dnipro, les psychologues et les animateurs de l’espace ami des enfants travaillent avec les enfants pendant que leurs parents font la file pour obtenir des provisions ou d’autres formes d’aide. Ainsi, au lieu de s’ennuyer, les enfants passent leur temps à jouer à des jeux au grand air, tout en dégustant des friandises fraîchement préparées et en se faisant de nouveaux amis.

De plus, cet été, les centres Caritas ont organisé au moins 20 camps d’été pour les enfants des familles déplacées. Il y avait deux types de camps : les camps de jour et les colonies de vacances. Les camps de jour étaient organisés dans les centres Caritas, tandis que les colonies de vacances se déroulaient dans les stations balnéaires d’Ukraine. Dans les camps, des animateurs, des psychologues et des enseignants travaillaient avec les enfants pour les aider à récupérer dans un environnement sûr et chaleureux. Les activités de camp comprenaient des sports, la natation, des randonnées, des sorties, des pique-niques et des excursions. Comme le notent les psychologues de Caritas, de telles activités et le fait de passer du temps dans la nature ont un effet thérapeutique, notamment pour les enfants qui ont passé des mois dans des sous-sols sombres sous les bombardements.

Merci à nos donatrices et donateurs !

Les interventions des centres Caritas ne sont possibles que grâce à des millions de généreux donateurs, y compris les sympathisantes et sympathisants de Développement et Paix qui ont versé environ 2 millions de dollars jusqu’à présent. Nous tenons également à souligner notre reconnaissance envers le gouvernement du Québec pour sa contribution de 200 000 $ à notre réponse à la crise humanitaire en Ukraine.

Nos interventions contre la crise de la faim

Suite à notre appel aux dons cet été en réponse à la crise de la faim en Afrique subsaharienne, Développement et Paix utilise les fonds doublés par le gouvernement du Canada pour appuyer deux nouveaux projets au Mali et au Niger.

Au Niger, deux enfants transportent de l’eau. (Caritas Internationalis)

En tant que membre de la Banque canadienne de grains, Développement et Paix – Caritas Canada a lancé un appel aux dons cet été dans le cadre de la campagne de la Coalition humanitaire en réponse à la crise de la faim en Afrique subsaharienne. En raison de plusieurs facteurs – y compris des sécheresses, des températures extrêmes, l’instabilité politique, les conflits armés locaux, ainsi que les pénuries de nourriture et d’engrais et les fortes hausses des prix de ces produits à la suite de la guerre en Ukraine – des millions de personnes en Afrique subsaharienne sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë atteignant des niveaux d’urgence et de catastrophe.

Dans le cadre du fonds de contrepartie de 5 millions de dollars lancé par le gouvernement du Canada, les sympathisantes et sympathisants de Développement et Paix ont généreusement donné plus de 155 000 $, un montant qui a été jumelé pour un total final de plus de 310 000 $ !

En Somalie, qui est confrontée à la famine, notre partenaire Trócaire était déjà sur le terrain avant le lancement de l’appel afin de fournir un traitement de première nécessité contre la malnutrition aiguë sévère et modérée aux enfants de moins de cinq ans et aux femmes enceintes et allaitantes. De plus, nous venons d’allouer 200 000 $ de nos fonds doublés de l’appel Crise de la faim à nos partenaires Caritas au Mali et au Niger (100 000 $ à chacun) pour les aider à répondre à cette crise aiguë et complexe.

Deux nouveaux projets au Sahel

Au Mali, ces fonds serviront au cours des prochains mois à répondre aux besoins alimentaires et de production agricole d’environ 2550 ménages (24 000 personnes) dans les régions de Koulikoro, de Koutiala et de Mopti. En identifiant ces personnes, la priorité sera donnée à différents groupes spécifiques, notamment les femmes chefs de ménage. De plus, Caritas Mali entreprendra des activités de sensibilisation à la cohésion sociale et à la consolidation de la paix, ainsi qu’aux effets des changements climatiques et aux mesures d’atténuation connexes.

Au Niger, les fonds de notre appel Crise de la faim serviront au cours des prochains mois à améliorer les conditions de vie des populations les plus vulnérables dans les régions de Diffa, de Maradi et de Tillabéri. Caritas Niger fournira, entre autres, une aide agricole à environ 3780 ménages producteurs (26 460 personnes) et des transferts monétaires inconditionnels à 1665 ménages (11 665 personnes). Cet argent liquide permettra aux bénéficiaires d’acheter des produits de première nécessité dans les marchés locaux, ce qui les protégera de pratiques de survie malsaines et dégradantes telles que la mendicité et la prostitution.

Solutions locales à long terme

Comme l’a souligné le pape François dans son message à l’occasion du Sommet préparatoire des Nations unies sur les systèmes alimentaires de 2021 :

Nous produisons suffisamment de nourriture pour tous les peuples, mais beaucoup sont privés de leur pain quotidien. Cela « est un véritable scandale », une infraction qui viole les droits fondamentaux de la personne. Il est donc du devoir de chacune et de chacun d’éliminer cette injustice par des actions concrètes, des bonnes pratiques et des politiques locales et internationales audacieuses. — Pape François, 2021

En plus de notre réponse d’urgence à la Crise de la faim, Développement et Paix met en œuvre des projets de sécurité et de souveraineté alimentaires dans les secteurs de production et de transformation en Afrique subsaharienne. Par exemple, au Burkina Faso, au Mali et au Niger, les activités de notre projet SANC2S comprennent la formation d’agricultrices et d’agriculteurs paysans sur le compostage et l’utilisation d’engrais organiques, ainsi que la promotion d’une meilleure gestion des ressources naturelles au niveau local et l’élaboration de meilleures politiques de sécurité alimentaire. À Madagascar, notre partenaire a travaillé de pair avec les résidentes et résidents pour transformer l’un des quartiers les plus vulnérabilisés de la région de la capitale nationale en village écologique, et pour mettre sur pied 51 microprojets d’adaptation aux changements climatiques.

Ainsi, Développement et Paix contribue au développement de solutions locales à long terme face à ces crises alimentaires récurrentes.

Bien que le fonds de contrepartie du gouvernement du Canada ait pris fin le 17 juillet 2022, nous acceptons toujours des dons pour ces projets et d’autres liés aux crises alimentaires. Merci de votre soutien !

Homélie prononcée par le cardinal Czerny lors de l’Assemblée d’orientation 2022

Développement et Paix – Caritas Canada a le plaisir de rendre disponible l’homélie prononcée par le cardinal Michael Czerny, S.J., lors de la messe qu’il a présidée le samedi 18 juin 2022 à la basilique-cathédrale Sainte-Marie de Halifax, en Nouvelle-Écosse, pendant notre Assemblée d’orientation.

Développement et Paix, Assemblée d’orientation 2022

Solennité de la Fête-Dieu
Gn 14,18-20; Ps 110; 1 Co 11,23-26; Lc 9,11b-17
Halifax, 18 juin 2022

par le cardinal Michael Czerny, S.J.

1. En cette solennité du Saint-Sacrement du Corps et du Sang du Christ, l’Évangile de Luc nous raconte le miracle de la multiplication des cinq pains et des deux poissons. Mais ce que ce passage nous montre réellement, c’est Jésus qui rencontre la foule.

Dans les Évangiles, les foules ont toujours l’aspect d’une masse anonyme. « Voyant les foules, écrit Matthieu, Jésus fut saisi de compassion envers elles parce qu’elles étaient désemparées et abattues comme des brebis sans berger » (Matthieu 9,36). Les foules apparaissent comme des rassemblements d’hommes, de femmes et d’enfants dont personne ne connaît les noms et les visages. Cette multitude généralisée – humanité abstraite ou statistique – contraste avec les rencontres de Jésus avec des hommes et des femmes individuels qui, précisément à cause de son regard attentif, de son accueil total, de la relation personnelle qu’il établit avec eux, se découvrent rendus à leur dignité de personnes uniques, aimées de Dieu d’une manière singulière et inimitable. Pensons aux Apôtres, à la Samaritaine, à Zachée, à Marthe, Marie et Lazare, etc.

Pourquoi est-il important de nous concentrer sur cette rencontre ? Parce que ce qui transforme une « foule » en « peuple de Dieu », c’est la rencontre avec le Seigneur Jésus. Jésus fait passer les personnes d’une masse indéfinie et standardisée, sorte d’abstraction statistique, à la vie de Dieu, qui est communion et où l’unité ne gomme pas les différences et la diversité.

2. L’Eucharistie nous permet précisément de faire cette expérience : lorsque nous communions au Corps et au Sang du Christ, nous rencontrons personnellement Jésus, et le contact avec sa présence réelle dans le sacrement eucharistique nous rend notre dignité de créatures toujours aimées, toujours pardonnées. C’est pourquoi l’Eucharistie est inséparable du Baptême, car elle explicite et fait resplendir notre dignité d’« enfants de Dieu ».

En même temps – comme le disait Henri de Lubac – « l’Eucharistie fait l’Église », c’est-à-dire qu’elle nous fait prendre conscience que le salut nous atteint toujours en compagnie d’hommes et de femmes qui cheminent avec nous dans le temps et dans l’histoire aujourd’hui. Notre identité devant Dieu implique de reconnaître que nous sommes membres d’une « descendance choisie, d’un sacerdoce royal, d’une nation sainte, d’un peuple destiné au salut » (1 Pierre 2,9). C’est pourquoi l’Eucharistie est inséparable de l’autre sacrement de l’initiation chrétienne, la Confirmation : en nous constituant comme « enfants adoptifs », le Seigneur nous fait le don d’une fratrie dont nous sommes responsables, dont nous devons prendre soin.

3. Face aux besoins de la foule, les disciples sont tentés de les négliger. Ils exhortent le Maître à renvoyer la foule anonyme et à laisser chacune et chacun subvenir à ses besoins. Mais Jésus a une autre idée : « Donnez-leur vous-mêmes à manger », dit-il, puis il intervient de manière spectaculaire, concrète et miraculeuse pour que cela se réalise.

Que signifient ces mots, « donnez-leur vous-mêmes à manger », pour ses disciples à l’époque et pour l’Église du Canada aujourd’hui ? Jésus enseigne à ses disciples à se mettre au service du bien commun, au lieu de chercher frileusement à se défiler.

Voilà justement la mission de Développement et Paix : au nom de l’Église du Canada, aller dans les foules étiquetées des monstrueuses abstractions qui épèlent les échecs et les injustices du monde – pauvreté, violence, violation des droits de la personne, dégradation de l’environnement, les « ismes » déshumanisants de toutes sortes – et leur apporter la présence aimante, guérissante, valorisante et transformatrice de Jésus Christ. Il en énumère lui-même les signes, à commencer par le miracle d’aujourd’hui : les affamés sont nourris, « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent, les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » (Luc 7,22). En somme, les orientations, les priorités et les programmes de Développement et Paix.

4. L’Eucharistie est le sacrement de l’amour qui se multiplie par le partage et qui nous incite à ne pas fuir, mais à intercepter la « faim » de la foule. Faim de nourriture, de sens et de finalité, de dignité, d’un horizon d’espérance. Faim de cette « humanisation » que Dieu seul peut satisfaire en ouvrant le chemin qui nous rend semblables à lui, car la plénitude de l’humain, c’est le divin. Faim de ce que Développement et Paix peut offrir.

Nous ne pouvons faire de l’Eucharistie un devoir individuel ou une simple pratique de dévotion, comme si elle ne concernait que mon itinéraire privé vers la perfection. L’Eucharistie concerne ma manière d’être avec moi-même, certes, mais aussi avec Dieu, avec mes frères et sœurs, avec le monde. L’Eucharistie, sacrement de la maturité du disciple, nous invite à tourner notre regard vers les « affamés », c’est-à-dire à faire nôtres les besoins matériels et spirituels des plus faibles. Lorsque nous communions au Corps et au Sang du Christ, c’est Jésus qui s’adresse à chacune et chacun de nous avec les mots qu’il a eus pour ses apôtres sur la défensive : « donnez-leur vous-mêmes à manger ». Ce n’est pas seulement une invitation à prendre en charge les plus fragiles, à les instruire et à nourrir leur esprit, à leur communiquer la joie de l’Évangile : c’est une invitation à être nous-mêmes « pain rompu », à offrir tout notre être comme un don destiné à l’immolation en nous unissant au don que Jésus fait de lui-même.

5. Dans la deuxième lecture, Paul évoque le sens profond de tout cela en employant le verbe « livrer » (paradidomi). Ce verbe, on peut aussi le traduire par « trahir ». La nuit de la dernière Cène, Jésus est trahi par Judas, qui le livre à des chefs violents et l’envoie à la mort de la croix. Mais c’est aussi un verbe théologique, car il exprime la manière dont Dieu le Père opère le salut dans le Christ : le Père nous livre le Fils comme un don, afin que dans son mystère pascal nous puissions recevoir la vie qui ne meurt pas et voir enfin Dieu face à face.

L’Eucharistie est toujours une « livraison » : Jésus se livre librement à nous dans l’Eucharistie de même que nous nous donnons librement au Christ dans la fratrie à laquelle il s’identifie totalement : « car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger » (Matthieu 25,35).

Cette « livraison », cette « remise » présente un paradoxe : elle est toujours don de la vie, don de Dieu à nous ; mais elle comporte le risque constant que nos péchés trahissent Dieu, notre prochain, nous-mêmes et notre maison commune.

C’est pourquoi, devant le Sacrement, personne ne peut jamais revendiquer un droit : l’Eucharistie est accueillie, elle est reçue, parce que nous ne méritons pas ce don : nous le recevons avec une totale gratitude. Prions pour que Développement et Paix reçoive, embrasse et renouvelle sa mission au nom de l’Église du Canada.

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L’Assemblée d’orientation 2022 : une grande réussite !

Des participantes et participants à l’Assemblée d’orientation 2022 après la messe présidée par le cardinal Michael Czerny, S.J., le samedi 18 juin, à la basilique-cathédrale Sainte-Marie de Halifax, en Nouvelle-Écosse.

L’Assemblée d’orientation 2022 de Développement et Paix – Caritas Canada, tenue du 16 au 19 juin à Halifax, en Nouvelle-Écosse, a été une grande réussite ! Sous le thème Nourrir l’espoir, les participantes et participants – allant des membres de Développement et Paix, y compris des représentants jeunesse, aux membres du Conseil national et du personnel, aux représentants de nos partenaires internationaux et de nos organisations sœurs, ainsi qu’aux dirigeants de l’Église, notamment notre conférencier principal, le cardinal Michael Czerny, S.J. – ont contribué à une grande variété de discussions. Les sujets comprenaient le renouvellement du mouvement, la collecte de fonds et la solidarité avec les communautés marginalisées des pays du Sud, ainsi qu’avec les peuples autochtones du Canada. Le résultat final a été une feuille de route solide, composée de trois orientations générales et des priorités connexes (ci-dessous), pour guider notre mouvement au cours des cinq années à venir.

Mais il n’y a pas eu que des discussions d’affaires ! Tout le monde s’est bien amusé. Comme le montrent les photos, les participantes et participants ont beaucoup apprécié le souper festif passé ensemble le samedi soir, ainsi que l’occasion de se faire prendre en photo avec une découpe du pape François dans le photomaton. Les talents musicaux des employés, des invités et des membres ont été mis à l’honneur à plusieurs reprises pendant l’assemblée, comme lors de cette activité brise-glace. Puis, à en juger par le nombre de fois où tout le monde s’est mis spontanément à danser, on peut dire que « Jerusalema » de Master KG a été la chanson thème de l’Assemblée d’orientation 2022.

Discussions et débats animés

Lors de la soirée d’ouverture, les membres du panel Ensemble vers l’espoir – à savoir Mgr Pierre Goudreault, accompagné de la présidente de Développement et Paix, Brenda Arakaza, du directeur général, Carl Hétu, et de la chargée des programmes en Asie, Micheline Lévesque – ont partagé ce qui les motive à travailler pour Développement et Paix. Au cours des deux prochains jours, les discussions et les délibérations des personnes déléguées ont été inspirées et guidées par les conférences et les panels suivants.

Conférence principale : Des signes des temps de Vatican II à la synodalité des années 2020

  • Lors de sa conférence, le cardinal Michael Czerny, S.J., a souligné que vivre l’option préférentielle pour les pauvres n’est pas une question d’idées, mais d’entrer en contact étroit et authentique avec eux. Pour ce faire, nous devons métaphoriquement et littéralement marcher avec eux. Développement et Paix rend également disponible l’homélie que le cardinal Czerny a prononcée lors de la messe tenue le 18 juin à la basilique-cathédrale Sainte-Marie.

Renouvellement du mouvement

  • Lors de sa conférence, intitulée L’inclusivité et la grâce au sein d’un mouvement catholique, le Dr Lance Dixon, consultant en diversité et inclusion, nous a rappelé que pour être un mouvement vraiment inclusif, il faut faire un effort pour inviter des personnes de tous les horizons à s’impliquer.
  • Les membres du panel La voix des jeunes – à savoir Stéphanie « Taddy » Stringer et Aloysius Wong, deux jeunes délégués; Rebecca Rathbone, coordinatrice des programmes jeunesse de Caritas Internationalis; Fanny Schmit, assistante aux campagnes de la CIDSE; et Paul Turner, enseignant du Conseil scolaire du district de Niagara – ont souligné que les jeunes s’intéressent au travail de Développement et Paix mais ont parfois de la difficulté à s’impliquer. Parmi leurs solutions proposées, on peut citer le besoin d’être plus présent dans les écoles et les universités pour rejoindre les jeunes.
  • Carl Hétu et Geneviève Gallant, directrice des communications de Développement et Paix, ont offert des ateliers sur la prolongation de nos campagnes au-delà du Carême de partage et auprès de nouveaux publics.

Le mouvement mondial

  • Lors de sa conférence, intitulée Vivre l’Église des pauvres, Sr Jean Bellini de la Commission pastorale de la terre (CPT) a expliqué comment son organisation accompagne certaines des communautés les plus marginalisées du Brésil dans leur lutte pour des réformes garantissant leur accès à la terre.
  • Lors de sa conférence, intitulée Le triple nexus : aide, développement et construction de la paix, Aloysius John, secrétaire général de Caritas Internationalis, nous a rappelé que nous ne sommes pas des machines à faire des projets, que notre travail est animé par l’Esprit, et que nous devons donc être la voix des sans-voix.
  • Chan Ramy, directrice générale du Programme de développement de ressources pour les jeunes (YRDP) au Cambodge, n’était pas en mesure d’être présente mais a envoyé un message vidéo décrivant comment son organisation implique les jeunes.

Approches intégrales du développement

  • Les membres du panel Approches de l’autonomisation des femmes – à savoir Françoise Lagacé, théologienne; Aisha Francis, directrice générale de KAIROS; Mary Boyd, C.M., présidente du Conseil diocésain de Charlottetown; et Hélène Gobeil de l’AQOCI – ont exploré comment améliorer nos programmes en faveur des femmes. Par exemple, le discours de Françoise Lagacé a examiné la manière dont Jésus a inclus les femmes dans sa mission, et la signification de son approche pour des questions liées au partenariat et à la synodalité.
  • La Dre Olga Issa de Caritas MONA, qui n’était pas en mesure d’être présente, a envoyé un message vidéo mentionnant les défis que son organisation doit relever pour encourager les femmes à s’impliquer dans leurs communautés au sein d’une culture qui s’oppose à leur participation.
  • Lors de sa conférence, intitulée Ensemble pour la justice climatique, le Dr Isaac Asume Osuoka du Centre intégré de développement social (Social Action) du Nigeria, a exploré comment les activités des entreprises occidentales au cours des siècles ont façonné les réalités sociopolitiques et écologiques actuelles de l’Afrique.

La solidarité dans la réconciliation

  • Lors de sa conférence, intitulée Réflexions d’un aîné autochtone catholique, l’honorable Graydon Nicholas, C.M., O.N.-B., de la Première nation de Tobique, a fait part de ses réflexions sur la façon dont l’évangélisation a pris un mauvais tour et sur la nécessité d’enseigner dans les écoles l’histoire du système des pensionnats autochtones au Canada. Dans cette entrevue, il propose des moyens pour les gens ordinaires d’aborder la réconciliation.
  • Les membres du panel Le rôle de Développement et Paix dans la réconciliation – à savoir Genevieve Gallant; Ed Bianchi, gestionnaire de programmes de KAIROS; et Tashia Toupin, coordonnatrice de la justice sociale de l’Archidiocèse de Regina; avec une introduction par Andrea DeSouza, jeune déléguée – ont souligné que notre mission ne consiste pas seulement à appuyer nos partenaires dans les pays du Sud, mais aussi à former les Canadiennes et Canadiens aux causes de l’injustice, y compris chez nous. Nous devons donc nous renseigner sur l’histoire du système des pensionnats et aller à la rencontre de nos voisins autochtones afin de cultiver des relations avec eux. Comme nous l’a dit un délégué après les conférences sur la réconciliation :

J’ai appris l’importance de faire avancer notre relation avec les peuples autochtones du Canada, nos voisins, afin de faire quelque chose dans ce domaine. — Denis Vaillancourt, membre du conseil diocésain de Matane, Québec

Nos priorités pour les cinq prochaines années

Le dernier matin, à la suite d’un vif débat sur les thèmes et leur libellé, les personnes déléguées ont voté en faveur des trois orientations et des priorités connexes suivantes :

  • Orientation 1 – Renouveler le mouvement
    • Priorité 1.1 – Être un témoin prophétique de l’Enseignement social catholique au sein de nos communautés et dans le monde
    • Priorité 1.2 – Donner la priorité au mouvement jeunesse
    • Priorité 1.3 – Renforcer nos structures démocratiques

  • Orientation 2 – Vivre la synodalité
    • Priorité 2.1 – Marcher ensemble comme l’Église au Canada
    • Priorité 2.2 – Marcher ensemble dans nos réseaux locaux et mondiaux
    • Priorité 2.3 – Marcher ensemble avec les mouvements sociaux pour le changement structurel
  • Orientation 3 – Communautés intégrales pour l’écologie intégrale
    • Priorité 3.1 – Le climat et la justice écologique
    • Priorité 3.2 – Droits et leadership des femmes
    • Priorité 3.3 – Une société civile forte
    • Priorité 3.4 – Une approche « triple nexus »
    • Priorité 3.5 – Notre rôle dans la réconciliation [avec les Premières nations, les Inuits et les Métis du Canada]

L’expérience des membres

Dans leur rétroaction, de nombreuses personnes déléguées ont exprimé à quel point ils appréciaient cette occasion de se rencontrer en présentiel et d’avoir des discussions approfondies avec d’autres membres et des employés de toutes les régions du pays. Cela a renforcé leur sentiment d’appartenance au mouvement et les a enthousiasmés pour l’avenir. Les personnes déléguées ont également beaucoup aimé les interventions animées et amusantes du très talentueux personnel d’animation, sans parler des conférences et panels stimulants. La variété de présentations sur les questions que notre mouvement doit aborder – allant de la nature du partenariat au besoin de la réconciliation avec les peuples autochtones du Canada – a été très appréciée. Le sentiment d’appartenance à une communauté, la tribune donnée aux jeunes délégués et l’absence de hiérarchie à l’assemblée ont également été mentionnés comme des éléments positifs pour notre mouvement démocratique. Pour reprendre les mots d’une personne :

« […] j’avais l’impression que tout le monde marchait vraiment ensemble de façon synodale. — rétroaction anonyme

Bien sûr, quelques critiques constructives ont également été exprimées. Par exemple, il y a eu des problèmes d’ordre technique, mais surtout le temps alloué aux délibérations finales était insuffisant. Nous avons bien noté tous les commentaires, et la prochaine fois nous ferons mieux.

L’importance de cette assemblée

Cet automne, Développement et Paix va se pencher sur l’élaboration d’un nouveau plan stratégique, fondé sur les orientations et les priorités définies pendant l’Assemblée d’orientation 2022, qui façonnera notre travail au cours des cinq prochaines années. Cela dit, l’assemblée a aussi une importance pour nos membres en tant qu’individus. Comme nous l’a dit une personne à propos de l’assemblée :

Elle m’a donné les outils nécessaires pour parler de Développement et Paix de façon de positive et actualisée avec les curés de mon réseau d’action sociale. De plus, l’assemblée m’a permis d’élargir mon réseau, ce qui est crucial dans mon travail pour l’action sociale. — rétroaction anonyme

En somme, l’Assemblée d’orientation 2022 a été une excellente occasion pour nous en tant que mouvement – après plus de deux années de distanciation physique lié à la COVID-19 – de reprendre contact les uns avec les autres, de réaffirmer nos valeurs et de nous préparer à aller de l’avant, pleins d’énergie et d’enthousiasme pour l’avenir de notre mouvement. Nous tenons à remercier toutes et tous nos membres pour leur engagement et leur travail acharné ! Nous avons vraiment hâte de mettre en œuvre nos nouvelles priorités tout en poursuivant notre cheminement ensemble au cours des cinq prochaines années !

Orientation Assembly 2022

Quatre repères pour confirmer notre approche sur l’autonomisation des femmes

Par Françoise Lagacé

Lors de notre Assemblée d’orientation 2022, tenue en juin dernier à Halifax, en Nouvelle-Écosse, la théologienne Françoise Lagacé, en tant que membre du panel traitant des approches visant à promouvoir l’autonomisation des femmes, a donné ce discours portant sur la signification de la pratique de l’Évangile et de l’enseignement social de l’Église pour les questions liées au partenariat et à la synodalité.

1. La pratique de l‘Évangile

Si on se demandait tout simplement comment la pratique de Jésus pourrait éclairer notre vision de l’autonomisation des femmes, je proposerais quelques passages de l’Évangile qui peuvent alimenter notre réflexion. Avez-vous déjà pensé que les plus belles conversations « théologiques », c’est avec des femmes que Jésus les a eues ? Et ce sont toutes de belles histoires d’autonomisation, de capacitation. En voici quelques-unes.

La Samaritaine (Jean 4), une étrangère, pas très recommandable avec ses cinq ou six maris qui, un midi au puits de Jacob, a un bel échange sur Dieu avec Jésus : « Qui est le vrai Dieu, où le rencontrer ? » Et cette femme, méprisée par ses disciples, honnie de son village, est devenue sa partenaire d’Évangélisation auprès d’eux.

La Cananéenne, une autre étrangère, qui ose venir demander la guérison de sa fille, et qui ouvre les yeux de Jésus sur l’universalité, la catholicité, de sa mission : « Même les petits chiens, sous la table, mangent les miettes des enfants. » (Matthieu 15,27)

Marthe, son amie de Béthanie, la sœur de Marie, celle qui écoutait les enseignements de Jésus, comme une vraie disciple : On pourrait bien se demander à quoi a pu servir son bagage de connaissances, sinon à le transmettre à d’autres. Revenons à Marthe, qui à la mort de son frère Lazare, a une solide conversation avec Jésus sur la Résurrection et qui professe sa foi dans les mêmes termes que ceux de Pierre : Tu es le Christ, le Fils de Dieu, Celui qui vient dans le monde. (Jean 11,27)

Et que dire de la femme sans nom accusée d’adultère (Jean 8) ? Ce que je retiens de ce récit, au-delà des mots, c’est la gestuelle, la plus belle chorégraphie de l’Évangile. Imaginez la scène : Jésus se lève, s’approche, s’accroupit pour être au niveau de la femme accusée; il gratte le sol pour qu’elle entende sa présence à ses côtés; deux fois, il répète sa gestuelle. Jésus se compromet au risque d’être lapidé avec la femme, de donner sa vie pour elle. Puis il la relève, lui redonne la parole et la renvoie, debout, digne, aimée comme elle ne l’a jamais été, autonomisée, capable de repartir à neuf. Rendre coupable n’a jamais été la posture du Jésus de l’Évangile.

Finalement de la femme au parfum, celle qui vient sans invitation chez Simon dans l’Évangile de Matthieu : Le geste de cette femme qui verse son précieux parfum sur la tête de Jésus est un véritable geste sacramentel, mais qui déclenche un mouvement d’indignation. Je vous le déclare, leur dit Jésus, partout où sera proclamé cet Évangile, dans le monde entier (jusqu’à nous, à Halifax, ce matin du 18 juin 2022), on racontera aussi, en mémoire d’elle, ce qu’elle a fait. (Matthieu 26,12-13)

On rencontre dans l’Évangile des femmes audacieuses, des femmes de foi qui ont croisé la route de Jésus et se sont senties autonomisées. Chaque fois, cela a fait une différence pour elles comme pour lui.

Il y aurait bien d’autres rencontres à raconter. Mais, ce que nous devons surtout retenir, c’est la relation de complicité, de vis-à-vis, entre Jésus et les femmes de son temps. Ce temps qui n’était pourtant pas si favorable aux femmes. Et nous rappelant que toutes les cultures, toutes les religions ont du mal à intégrer cette relation femme et homme, ce partenariat, encore aujourd’hui.

En ce sens, les gestes de Jésus sont révolutionnaires. Il a inclus les femmes de façon radicale, inimaginable à la vie des hommes. Elles ont participé activement à sa mission, depuis la Galilée jusqu’à la croix, témoins de la Résurrection et de la Pentecôte dans les premières communautés chrétiennes.

Si Jésus avait eu peur du scandale, il n’y aurait pas toutes ces belles histoires à raconter. Alors on pourrait se demander en quel lieu il continue de nous attendre aujourd’hui ? Avec quels partenaires il continue de se compromettre avec nous ?

2. Vers une culture partenariale

Le partenariat, c’est dans notre ADN depuis notre fondation en 1967. Les évêques fondateurs ont voulu Développement et Paix comme une organisation du Peuple de Dieu, un nouveau modèle de leadership collaboratif évêque et laïques dans l’Église.

Comment redonner du souffle à cette collaboration toujours en construction avec la dimension femmes et hommes en Église, un signe des temps aujourd’hui ? Sans oublier nos relations avec nos partenaires des pays du Sud, particulièrement ceux qui travaillent à l’autonomisation des femmes. Comment devenir ensemble cette Église experte en humanité, un savoir-être et savoir-faire fièrement acquis au fil de nos 55 ans, grâce au travail, entre autres, de nos chargés de programmes ? Cette Église, comme nous y invite le pape François, qui a pris l’odeur des peuples et de leurs luttes. Et que cela ne soit pas juste de beaux slogans.

Nous voulons reconstruire ensemble ce PARTENARIAT, entendre la voix des femmes AVEC la voix des hommes, la voix du Nord ET la voix du Sud.

3. La synodalité : le chemin par lequel l’Église existe

Marcher ensemble, c’est très concret : c’est… avoir mal aux pieds ensemble, avoir soif ensemble, avoir faim ensemble, avoir peur ensemble, devant l’inconnu, l’inédit, arriver à l’étape, revoir notre parcours, rompre le pain et la parole ensemble, et célébrer.

Je propose une nouvelle tradition synodale : Chacun, chacune dans nos églises diocésaines, invitons notre évêque à marcher avec nous et à parler ensemble sur la route des joies et des espoirs, des tristesses et des angoisses des hommes et des femmes de notre temps, en méditant un passage d’Évangile ou de l’enseignement social de l’Église. Et cela chaque printemps durant le temps pascal.

Le défi est grand. Comment vivre cette fidélité à l’Évangile, ce partenariat, cette synodalité pour nourrir l’espoir des femmes et des hommes de notre temps, pour qu’ensemble, nous assumions pleinement notre mission avec nos partenaires ? Nous sommes les témoins de l’Évangile, de la présence de Dieu dans le monde. Rappelons-nous, ce n’est pas notre amour que nous donnons, c’est l’amour de Dieu.

4. Dernier repère : l’enseignement social de l’Église

En particulier, je pense aux messages du pape François, unanimement reconnu comme étant inspirant. N’oublions pas que c’est le premier pape qui vient d’un pays du Sud. Voici deux extraits de messages du pape François à l’occasion de rencontres avec les Caritas, dont nous sommes membres.

En juin 2021, pour les 50 ans de Caritas Italie, il a proposé trois voies pour une Église en chemin : partir des laissés-pour-compte, conserver le style de l’Évangile, et développer la créativité.

En 2019, il nous a proposé trois clés : l’humilité et l’écoute, le charisme d’être ensemble, et le courage du renoncement.

Ce que je retiens, c’est le charisme d’être ensemble, d’être et de se sentir l’Église de Jésus. Personne n’a l’ensemble des charismes. Mais chacun, chacune, nous tenons au charisme d’être ensemble. C’est essentiel et c’était le secret des premiers chrétiens et chrétiennes : ils avaient des sensibilités et des orientations différentes, mais il y avait entre eux la force de s’aimer dans le Seigneur.

Donc, pas d’autonomisation sans amour. Pas d’amour sans autonomisation. Maurice Zundel disait qu’il faudrait qu’aucun de nos frères, aucune de nos sœurs, ne puisse se plaindre de n’avoir pas rencontré en nous la tendresse de Dieu.

La solidarité internationale est une belle et grande aventure ! Soyons ensemble cette Église experte en humanité à la manière de Jésus, « comme lui ». Cette Église qui libère et autonomise les femmes à la manière de Jésus. Cette Église accidentée, blessée et même sale pour être sortie pour rejoindre toutes les périphéries qui ont besoin de la lumière de l’Évangile. Cela nous concerne et nous implique tous et toutes.

Demandons la grâce de prendre le chemin indiqué par la Parole de Dieu. Par Lui, avec Lui et en Lui, En nous et Par nous, que nous soyons ensemble l’Église des femmes avec les hommes, Témoins de la présence de Dieu, à tous les chevets, dans le monde de notre temps.

Marcher ensemble

Ce dimanche, le pape François arrive au Canada pour une visite pastorale de cinq jours afin de dialoguer avec les peuples autochtones, de nous accompagner pour « marcher ensemble » sur le chemin des initiatives déjà commencées de guérison et de réconciliation, ainsi que d’exprimer sa proximité sincère.

Comme organisme officiel de la coopération internationale de l’Église catholique du Canada, Développement et Paix – Caritas Canada est heureux de soutenir cette visite historique. La venue du pape François donnera, nous en sommes convaincus, un souffle nouveau et inspirant pour bâtir une relation durable avec les peuples autochtones du Canada.

Développement et Paix soutient depuis longtemps les peuples autochtones des pays du Sud, qui protègent et préservent notre maison commune. Au cours de la dernière année, par exemple, nous avons fourni un soutien aux personnes défenseures des droits autochtones persécutées au Honduras et amélioré la sécurité alimentaire, les conditions de vie et l’accès aux services de santé des communautés autochtones en Équateur.

De plus, Développement et Paix contribue aux efforts visant à faire progresser la réconciliation au Canada. Déjà en 1992, nous avions lancé la campagne « Re-bâtir les Amériques : de la domination à la libération », avec comme priorité de tisser des liens avec les peuples autochtones du Canada, liens qui existent encore aujourd’hui.  

Lors de notre Assemblée d’orientation de juin dernier, l’un des thèmes abordés était la réconciliation. Nous vous invitons à visionner l’entrevue et la conférence données par Graydon Nicholas, C.M., O.N.-B., aîné autochtone catholique, lors de l’assemblée, où les participantes et participants ont renouvelé leur engagement en choisissant la réconciliation comme l’une de nos priorités de travail pour les cinq prochaines années. 

Lors de la visite papale, prenons le temps d’écouter attentivement les témoignages des Premières nations, des Inuits et des Métis. Quel moment unique pour créer des lieux de discussions et de réflexions en famille, en paroisse et au travail. Après la visite papale, continuons nos engagements en visitant et en échangeant avec les communautés autochtones. N’hésitons pas à nous engager avec eux pour développer des moyens concrets afin de faire avancer la réconciliation.  

Que cette visite papale soit un cheminement vers la guérison et l’espérance pour les peuples autochtones du Canada et pour celles et ceux qui la suivront de près.

Brenda Arakaza
Présidente

Carl Hétu
Directeur général

Renforcement de la résilience des communautés Kichwas en Équateur

Une membre de la communauté de Vaquería dans un jardin cultivé dans le cadre de ce projet avec le CEDIS en Équateur.

Les zones rurales de la province de Chimborazo, en Équateur, où se concentre la population autochtone, sont particulièrement mal desservies par les services publics, y compris les services de santé, d’éducation, et d’eau et d’assainissement. Les taux de pauvreté, de malnutrition et d’analphabétisme sont parmi les plus élevés au pays.

Face à cette situation, Développement et Paix travaille depuis près de 25 ans en collaboration avec son partenaire local, le Centro de Desarrollo, Difusión e Investigación Social (Centre pour le développement, la diffusion et la recherche sociale – CEDIS), pour améliorer les conditions de vie des communautés Kichwas en mettant l’accent sur la souveraineté alimentaire, la participation citoyenne et l’égalité des genres. Le CEDIS est un acteur clé dans l’appui aux processus organisationnels et dans le renforcement des capacités des organisations locales et territoriales.

Pendant la pandémie de COVID-19, les communautés Kichwas ont dû faire face à des défis supplémentaires. Les mesures de confinement ont notamment mis à mal les emplois informels, et la baisse de revenu des ménages a compromis davantage la sécurité alimentaire. Le soutien de Développement et Paix au CEDIS en 2020–2021 via notre Fonds de solidarité COVID-19 a permis une première mobilisation rapide pour la distribution de semences afin d’assurer la poursuite des activités de jardinage et de réduire les pénuries alimentaires pour les familles confinées.

Grâce au CEDIS, j’ai reçu toutes sortes de plants pour mon jardin familial, tels que des épinards, de la laitue, du chou, du brocoli, des oignons, des carottes et des betteraves. La récolte a coïncidé avec le début de la pandémie, ce qui nous a permis de continuer à nous alimenter sans avoir à nous rendre en ville pour faire des achats. — María Pucha, membre de la communauté de La Pradera, en Équateur

Maintenant achevé, le projet « Renforcement de la résilience des communautés rurales Kichwas face à la COVID-19 » a pu continuer en 2021–2022 grâce au soutien financier de la Fondation internationale Roncalli et a permis plusieurs réalisations importantes dans les trois axes d’intervention du projet :

  1. La sécurité alimentaire est améliorée, et le système immunitaire des habitantes et habitants des communautés autochtones est renforcé : Grâce à la dotation de semences et de plants de légumes et à l’organisation de foires paysannes locales, les 860 familles participantes au projet disposent désormais d’un approvisionnement permanent en légumes sains, produits sans utilisation de produits chimiques et avec des pratiques agroécologiques. Des ateliers ont aussi été organisés pour sensibiliser les familles sur l’incidence négative sur la santé de la malbouffe et des glucides (boissons sucrées, friandises, etc.) et pour leur apprendre à préparer des recettes saines, nutritives et équilibrées. Un accent particulier a été mis sur la nutrition des enfants et des jeunes.
  2. La vaccination contre la COVID-19 est généralisée chez les personnes de plus de 65 ans, et les mesures de prévention sont renforcées dans les communautés : Grâce à une campagne de sensibilisation soutenue (tournées en voiture, réunions communautaires, distribution de dépliants, messages WhatsApp et Facebook), les communautés ont suspendu les réunions et les événements de masse pendant les périodes où il y avait une augmentation des cas. L’utilisation de masques et la distanciation sociale ont été consolidées. Les données ont été recueillies auprès des personnes âgées de 65 ans et plus et remises aux centres de santé du ministère de la Santé, qui ont mené des campagnes de vaccination ciblée dans les communautés.
  3. Les conditions d’habitation et l’accès à l’eau sont améliorés : Un partenariat technique avec le département d’ingénierie civile de l’Université pontificale catholique de l’Équateur (PUCE) a permis un diagnostic sur l’état des maisons dans cinq communautés, qui a révélé de graves problèmes. Les communautés ont pu présenter au gouvernement un prototype pour la construction de nouveaux logements adaptés aux zones situées à plus de 3 400 mètres d’altitude. De plus, grâce aux propositions présentées aux gouvernements autonomes décentralisés par les communautés, certaines d’entre elles ont bénéficié de l’amélioration de leurs systèmes d’eau potable. Finalement, le projet a permis l’installation de 80 lavabos (63 lavabos familiaux et 17 lavabos communautaires) afin de renforcer les bonnes pratiques d’hygiène.

Développement et Paix est fier de ce projet, qui a amélioré la sécurité alimentaire, les conditions de vie et l’accès aux services de santé des communautés autochtones de la province de Chimborazo, en Équateur. Grâce à des projets comme celui-ci, Développement et Paix renforce la sécurité alimentaire à long terme des communautés autochtones et d’autres communautés vulnérables des pays du Sud, tout en favorisant une gestion inclusive des ressources et en faisant respecter leurs droits économiques, sociaux et environnementaux.

Casa Velha, du cœur à la terre

Par Nicole Forestell, représentante jeunesse pour l’Est de l’Ontario

Laura Munevar (à gauche) et Nicole Forestell, représentantes jeunesse de Développement et Paix, au camp Casa Velha, au Portugal.

J’ai récemment eu l’occasion d’aller au camp Casa Velha, au Portugal, organisé par la CIDSE dans le cadre de sa campagne Change for the Planet, Care for the People (Changeons pour la planète, prenons soin de l’humanité). Je suis très reconnaissante d’avoir eu cette formidable opportunité. Durant notre séjour tous ensemble, nous avons pu reconnecter avec la terre, avec les gens et avec nous-mêmes. La semaine comprenait des moments spirituels, des réflexions et un pèlerinage à Fatima. Nous avons également formé des équipes pour travailler la terre, ce qui nous a également donné l’occasion de reprendre contact avec la nature. Nous avons fait du jardinage, creusé une tranchée pour arroser les jardins, débroussaillé des chênes-lièges et des broussailles.

Nous avons également eu des conférenciers invités, ce que j’ai adoré, notamment un professeur de développement international, un agriculteur et un prêtre jésuite. J’ai trouvé l’agriculteur particulièrement intéressant, ayant moi-même grandi sur une ferme. Il a parlé de l’alphabétisation écologique, qui consiste à apprendre à connaître la dynamique d’un écosystème afin de vivre en harmonie avec lui. Il a mis en évidence certains aspects auxquels il faut réfléchir et comment améliorer les systèmes que ma famille a mis en place dans notre ferme.

Pendant ma semaine au camp, une citation m’a beaucoup marquée. C’est que « seul, on va plus vite, mais ensemble, on va plus loin ». Elle me rappelle l’incidence que peuvent avoir les efforts de groupes tels que ceux de Casa Velha et de Développement et Paix. Mais les efforts personnels sont tout aussi nécessaires.

Cette expérience m’a permis de voir jusqu’où nous avons le potentiel d’aller. Il y a des gens, surtout des jeunes, qui sont passionnés par l’idée d’avoir une incidence positive sur notre planète. Dans l’actualité, nous voyons tellement de négativité concernant la direction que prend notre planète et comment nous nous approchons du point de non-retour. Or, faire partie de ce groupe du camp Casa Velha m’a donné de l’espoir. Il existe des moyens d’inverser les tendances et des gens qui sont prêts à faire ce travail. Il suffit d’une seule bonne personne pour redonner espoir. Nous pouvons restaurer cet espoir en menant une vie exemplaire. Nous changeons les choses en vivant et en agissant, et non pas en prêchant. Il y a tellement de façons de faire des changements dans nos vies pour aider le mouvement. Il peut s’agir de ne plus acheter de la mode éphémère, de faire du covoiturage lorsque c’est possible, de limiter la consommation de produits en plastique à usage unique, de réduire la consommation de produits provenant d’animaux et plus encore.

Cette semaine m’a rappelé que nous devons vivre dans la joie, en pleine conscience, engagés et attentifs, et en communion, et j’ai hâte de continuer à apprendre à vivre ces principes.

Si vous souhaitez en savoir plus sur les programmes et les activités de Développement et Paix destinés aux jeunes, veuillez joindre Selina Hunt, responsable des programmes jeunesse, à shunt@devp.org.

Crise de la faim en Afrique subsaharienne

Dans le cadre du fonds de contrepartie du gouvernement du Canada, Développement et Paix lance un appel aux dons en réponse à la crise alimentaire qui sévit en Afrique subsaharienne et qui atteint des niveaux catastrophiques.

La crise alimentaire atteint des niveaux catastrophiques en Afrique subsaharienne, où des millions de personnes sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë atteignant des niveaux d’urgence et de catastrophe, y compris la famine généralisée. En tant que membre de la Banque canadienne de grains, Développement et Paix – Caritas Canada participe au fonds de contrepartie de 5 millions de dollars lancé par le gouvernement du Canada et la Coalition humanitaire jusqu’au 17 juillet en réponse à cette crise de la faim en Afrique subsaharienne.

L’aggravation de la situation

L’Afrique subsaharienne est régulièrement confrontée à des températures extrêmes, à des déficits de précipitations et à d’autres chocs liés aux changements climatiques. À la suite de plusieurs mauvaises saisons des pluies consécutives, l’Afrique de l’Est, y compris la Corne de l’Afrique, connaît actuellement sa pire sécheresse depuis 40 ans. Comme la sécheresse devrait s’aggraver jusqu’en septembre 2022, environ 81,6 millions de personnes en Afrique de l’Est sont confrontées à une insécurité alimentaire aiguë élevée, et l’Éthiopie, la Somalie et le Soudan du Sud sont actuellement confrontés à la famine. Le Sahel subit également les conséquences de l’une des pires saisons des pluies des 40 dernières années, et plus de 12 millions de personnes sont menacées d’insécurité alimentaire grave, dont 1,7 million au niveau d’urgence, dans cinq pays du Sahel : Mali, Niger, Burkina Faso, Mauritanie et Tchad.

À ces facteurs liés aux changements climatiques s’ajoutent les déplacements de populations et les perturbations de marchés provoqués par les conflits armés locaux et par les deux années de mesures liées à la COVID-19, ainsi que les pénuries importantes de nourriture et d’engrais et les fortes hausses de leurs prix en raison de la guerre en Ukraine et des sanctions prises à l’encontre de la Russie. La moitié des importations de blé de l’Afrique proviennent de Russie et d’Ukraine, et ces deux pays sont également d’importants producteurs et fournisseurs mondiaux d’engrais et d’autres produits alimentaires de base, comme le maïs, les graines de tournesol et l’huile.

Notre réponse

Face au risque croissant de famine en Afrique subsaharienne, Développement et Paix fournit une aide d’urgence afin d’éviter une catastrophe humanitaire. En Somalie, notre partenaire sur le terrain fournit déjà un traitement de première nécessité contre la malnutrition aiguë sévère et modérée aux enfants de moins de cinq ans et aux femmes enceintes et allaitantes, ainsi que des formations et des sessions de sensibilisation aux parents et aux personnes aidantes afin d’améliorer leurs connaissances et leurs compétences en matière de nutrition. Les fonds collectés par le biais de l’appel actuel nous permettront d’augmenter notre aide d’urgence afin de sauver plus de vies en Somalie. De plus, en fonction de la réponse à cet appel, nous envisageons la possibilité de soutenir d’autres partenaires locaux, y compris des organisations du réseau Caritas, qui sont en mesure d’apporter une aide vitale dans d’autres pays touchés par la crise, comme le Soudan du Sud et le Nigeria.

Nous produisons suffisamment de nourriture pour tous les peuples, mais beaucoup sont privés de leur pain quotidien. Cela « est un véritable scandale », une infraction qui viole les droits fondamentaux de la personne. Il est donc du devoir de chacune et de chacun d’éliminer cette injustice par des actions concrètes, des bonnes pratiques et des politiques locales et internationales audacieuses. — Pape François, message à l’occasion du pré-sommet du Sommet des Nations unies sur les systèmes alimentaires de 2021

En plus d’une aide d’urgence, nous appuyons déjà des solutions locales à long terme à ces crises en mettant en œuvre des projets de sécurité et de souveraineté alimentaires dans les secteurs de production et de transformation des pays du Sud, par exemple au Sahel et à Madagascar. Ces projets appuient les pratiques agricoles de petites exploitations qui sont résilientes aux changements climatiques et aux fluctuations des marchés internationaux, tout en combattant les contraintes auxquelles sont confrontés celles et ceux qui travaillent dans d’autres maillons de la chaîne alimentaire. Cet investissement dans les petites exploitations agricoles contribuera davantage à renforcer les marchés agroalimentaires locaux, à encourager les pratiques agricoles écologiques durables, à accroître la souveraineté alimentaire de l’Afrique subsaharienne et à éviter de futures famines.

Comment vous pouvez aider aujourd’hui

Nous ne pouvons rester sans rien faire alors que des gens meurent de faim. Les dons faits par les Canadiennes et Canadiens en réponse à cette crise de la faim seront jumelés par le gouvernement du Canada jusqu’au 17 juillet. Cette période est déterminante pour faire en sorte que, avec nos partenaires, nous aidions les victimes de cette catastrophe humanitaire. Votre générosité permettra de fournir une aide d’urgence aux populations en Afrique subsaharienne. Votre générosité permettra de sauver des vies.

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