Le procès de quelqu’un qui dit la vérité : défendre une journaliste hondurienne persécutée

Par Minaz Kerawala, Conseiller en communications et relations publiques

La correspondante de Radio Progreso, Sonia Pérez, a dû faire face à la persécution et à l’intimidation pour avoir écrit sur l’expulsion d’un groupe d’Autochtones Lencas de leurs terres au Honduras. (Radio Progreso)

La résolution 21/12 du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies « invite les États à promouvoir un environnement sûr et favorable qui permette aux journalistes de faire leur travail de manière indépendante et sans ingérence excessive, notamment par des mesures législatives… ». Toutefois, au Honduras, les mesures législatives ont été utilisées pour persécuter plutôt que pour protéger une journaliste.

Une voix venant de la base

Sonia Pérez fait partie d’un réseau de journalistes honduriens de la base, formés et soutenus par l’Equipo de Reflexión, Investigación y Comunicación (ERIC – Équipe de réflexion, d’enquête et de communication) et Radio Progreso, avec l’appui de Développement et Paix – Caritas Canada. Ces correspondants ancrés dans les communautés jouent un rôle social crucial, celui de rapporter les problèmes et les événements qui se déroulent dans les milieux isolés et qui concernent les paysans pauvres et les peuples autochtones.

Le travail de journaliste de Sonia Pérez s’appuie sur la formation qu’elle a reçue dans le cadre d’un programme de diplôme en droits de la personne en milieu rural, organisé par CEHPRODEC, un autre de nos partenaires du Honduras.

Expulsion et arrestation

Le 18 mai 2022, Sonia Pérez est allée couvrir une opération policière à San José, dans le Département de La Paz. À la suite d’une plainte déposée par Juan Argueta, un puissant homme d’affaires local, le Bureau du Procureur général a ordonné l’expulsion d’une communauté autochtone Lenca de leurs terres à Nueva Palestina.

Ce jour-là, 70 agents de la police nationale, accompagnés de quelque 200 employés de Juan Argueta, ont violemment exécuté l’ordre d’expulsion, détruisant des maisons, des installations d’irrigation, des greniers de grains. Ils ont aussi arrêté Sonia Pérez et 30 autres personnes pour usurpation et pour modifications illégales de frontières.

Radio Progreso a contesté la revendication territoriale de Juan Argueta, en se fondant sur la reconnaissance du titre foncier du Conseil autochtone Lenca sur ce territoire par l’Institut agraire national en 1999, dénonçant aussi l’arrestation de Sonia Pérez pour l’unique raison d’avoir fait son travail (article en espagnol). Le Bureau du Procureur général a répondu qu’il ne criminalisait pas Sonia Pérez pour son rôle de journaliste, mais plutôt pour son rôle présumé dans un conflit foncier complexe (déclaration en espagnol).

Un schéma récurrent de violations

Les partisans de Sonia Pérez rétorquent que punir une journaliste à cause de son sujet constitue un abus en soi. Elle est défendue par une avocate d’ERIC, Dunia Pérez, qui a dit : « il ne fait aucun doute que le droit pénal est utilisé ici pour dissuader toute résistance légitime des peuples et des communautés autochtones déterminés à défendre leurs territoires. La Commission interaméricaine des droits de l’homme et le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme se sont montrés inquiets d’un tel schéma de détournement du système de justice criminelle au Honduras. »

Je n’ai rien fait que dire la vérité… mais je me sens maintenant impuissante, menacée et dénigrée pour le travail que j’ai fait.

Sonia Pérez, correspondante de Radio Progreso

L’an dernier, Développement et Paix a signalé la défense par CEHPRODEC de Víctor Vásquez, un leader Lenca qui avait été poursuivi de la même manière pour avoir résisté à un accaparement de terres.

Une mesure de justice

Le 15 juin, un tribunal a relâché Sonia Pérez et les autres personnes détenues à condition qu’elles ne reprennent pas contact les uns avec les autres, ni avec Juan Argueta, qu’elles se tiennent loin de ce conflit foncier, et qu’elles aillent régulièrement signer le registre de police (article en espagnol). Un collectif des droits de la personne constate que cela a effectivement muselé Sonia Pérez, qui a affirmé que même si elle est une Lenca, elle ne fait pas partie du Conseil (article en espagnol).

ERIC a continué sans relâche de défendre ce dossier, et Radio Progreso l’a diffusé à l’échelle nationale. Puis, le Comité pour la protection des journalistes et la Coalition for Women In Journalism (articles en anglais) ont attiré l’attention de la communauté internationale sur cette affaire.

Finalement, à la fin de juin, un tribunal a annulé les accusations contre Sonia Pérez et ses coaccusés, arguant qu’elles étaient fondées sur une mauvaise interprétation de la loi et sur la non-reconnaissance du titre foncier du peuple Lenca (article en espagnol).

Soulagée, Sonia Pérez a déclaré : « Je connais les personnes du Conseil autochtone, et leur lutte est juste. Ils vivent sur ces terres depuis de nombreuses générations, et ces terres leur appartiennent. »

Une menace permanente

Bien que la cour leur ait donné raison, Radio Progreso rapportait en août que la communauté Lenca continuait de craindre pour ses terres et qu’elle se battait toujours pour se relever des perturbations et des destructions causées par les expulsions (article en espagnol).

Les problèmes de Sonia Pérez n’ont pas cessé non plus. Elle est encore harcelée par des médias hostiles qui adhèrent au récit de Juan Argueta. Elle a aussi constaté la présence d’étrangers intimidants autour de chez elle. Craignant pour la sécurité des siens, elle a temporairement quitté son domicile. De plus, elle craint toujours qu’il y ait un appel pour annuler son acquittement.

« Je n’ai rien fait que dire la vérité en rapportant une nouvelle » a-t-elle commenté, « mais je me sens maintenant impuissante, menacée et dénigrée pour le travail que j’ai fait. »

Notre réponse

ERIC et Radio Progreso font partie de notre projet Voix sans frontières pour la défense de la vie et du territoire, financé par le Ministère des Relations internationales et de la Francophonie du Québec dans le cadre du programme Nouveau Québec sans frontières.

Mary Durran, chargée de programmes pour l’Amérique latine, explique : « Ce projet appuie les défenseurs des droits comme Sonia Pérez. Il offre une formation à un réseau de correspondants ruraux partout au Honduras pour couvrir les problèmes des personnes pauvres des communautés éloignées que les médias commerciaux ignorent le plus souvent, tout en venant en aide aux journalistes menacés. C’est une contribution majeure pour un journalisme indépendant. »

Grâce aux efforts d’ERIC, Sonia Pérez a pu être admise, en juillet dernier, dans un programme gouvernemental pour les défenseurs des droits de la personne menacés. Cela lui donne accès à une ligne spéciale d’assistance téléphonique de la police. Malheureusement, de telles mesures de protection personnalisées ne se sont pas avérées très efficaces dans le passé.

C’est pourquoi le directeur général de Développement et Paix, Carl Hétu, a écrit à l’ambassadrice du Canada au Honduras, Elizabeth Williams, afin de lui demander de présenter le cas de Sonia Pérez au gouvernement de ce pays. Il a présenté cette demande dans le cadre de l’engagement du Canada « à défendre les droits de la personne et la liberté de presse ».

En reconnaissance de ce soutien, Sonia Pérez ajoute : « Je suis touchée de votre sollicitude à mon égard. Cela me donne l’impression d’être moins seule, et que mon travail n’a pas été en vain. »

Comment vous pouvez aider

Vous pouvez aider Sonia Pérez en partageant son histoire afin de la faire mieux connaître. Vous pouvez aussi demander à votre animateur local comment lui faire parvenir des messages de solidarité.

Pour soutenir les défenseurs des droits de la personne à plus grande échelle, vous pouvez appuyer notre pétition demandant au gouvernement du Canada d’adopter des lois rigoureuses afin de prévenir les violations des droits humains et environnementaux commises par des entreprises de notre pays œuvrant à l’étranger.

Inondations dévastatrices au Pakistan : une occasion d’aider doublement

Par Minaz Kerawala, Conseiller en communications et relations publiques

Développement et Paix ― Caritas Canada a fait une contribution de 40 000$ pour aider notre partenaire Caritas Pakistan à répondre aux inondations en cours, les pires dans l’histoire du pays.

Nous invitions aussi le public canadien à donner généreusement dès maintenant, alors que le gouvernement du Canada double tous les dons, jusqu’à concurrence de 3 millions $, et ce jusqu’au 28 septembre 2022. Nous participons à ce mécanisme de la Coalition humanitaire à titre de membre de la Banque canadienne de grains.

Des millions de personnes touchées, des milliers de personnes déplacées

Pendant que les basses terres du Pakistan sont lavées depuis juin dernier par les pluies inhabituellement fortes de la mousson, une vague de chaleur liée au changement climatique fait rapidement fondre les glaciers dans les hautes terres. À la fin d’août, on estimait que le tiers du pays était sous les eaux.

Dans des rapports récents (en anglais seulement), les agences internationales comme le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) estiment que, dans 116 des 160 districts du pays :

  • plus de 33 millions de personnes sont touchées par les inondations
  • environ 1 400 personnes sont mortes et 12 700 personnes ont été blessées
  • plus de 1,72 million de maisons sont endommagées ou détruites, et près de 800 000 personnes sont déplacées
  • quelque 755 000 têtes de bétail ont été perdues
  • plus de 6 700 kilomètres de routes ont été endommagés
  • plus de 1 460 centres de santé sont endommagés

De plus, l’OMS craint une recrudescence de COVID-19 et des flambées de cas de diarrhées, typhoïde, rougeole, leishmaniose, VIH et polio. Malheureusement, la météo annonce encore des épisodes de pluie au-dessus des bassins versants de toutes les grandes rivières.

La ministre du Changement climatique du Pakistan, Sherry Rehman, déplore l’injustice de ce désastre climatique alors que son pays contribue pour moins de 1 % aux émissions mondiales de gaz à effet de serre. Et pourtant, le Pakistan est l’un des dix pays les plus touchés par les risques climatiques à long terme.

Une réponse immédiate et efficace

Avec le soutien financier de Développement et Paix, Caritas Pakistan vient en aide à 13 500 ménages affectés par les inondations, dans 17 districts. Dans les semaines qui viennent, Caritas Pakistan fournira :

  • des paniers alimentaires pour 4 500 ménages
  • des produits d’hygiène, de l’eau potable et des toilettes portatives pour 4 500 ménages
  • des kits de cuisine et de couchage pour 4 500 ménages
  • du matériel pour ramasser les débris pour 1 200 ménages
  • des services de santé pour 10 000 personnes grâce à 60 cliniques mobiles gratuites
  • des services psychosociaux et d’éducation pour 300 enfants dans 6 centres de formation temporaires

Grâce à ses relations de longue date avec les communautés, à sa connaissance fine du milieu et à ses liens avec les autorités, Caritas Pakistan est en mesure de répondre à l’urgence de manière coordonnée, efficace et adaptée à la culture et d’atteindre les ménages les plus vulnérables.

À notre tour de les aider

Pour réaliser ce travail, et pour en faire encore plus, Caritas Pakistan compte sur notre soutien. Veuillez donner généreusement pour la population du Pakistan. Jusqu’au 28 septembre, votre don sera jumelé.

Après le déluge : répondre aux inondations dans le nord-est de l’Inde

Par Minaz Kerawala, Conseiller en communications et relations publiques

Depuis la mi-mai 2022, le nord-est de l’Inde a connu des pluies torrentielles qui ont laissé dans leur sillage des inondations catastrophiques et des glissements de terrain. C’est presque tout l’État d’Assam qui est touché, ainsi que des portions de l’État voisin du Meghalaya. Développement et Paix – Caritas Canada a accordé plus de 136 000$ à notre partenaire Caritas Inde pour répondre à cette urgence.

Des dégâts étendus

Même s’il n’a que peu d’échos dans les médias occidentaux, le problème est majeur. La Direction générale de la protection civile et opérations d’aide humanitaire européennes estimait (document en anglais seulement), à la mi-juin, que plus de 1,1 million de personnes, dans plus de 1 700 villages de 35 districts, avaient été affectées. Un mois plus tard, Caritas Inde estimait que ce nombre avait quintuplé. Dans l’État d’Assam seulement, à la fin de juillet, le Centre national indien de réponse d’urgence rapportait (en anglais seulement) que :

  • Près de 200 personnes s’étaient noyées ou avaient été emportées par les glissements de terrain
  • Plus de 25 000 maisons avaient été détruites, et plus de 280 000 aient été gravement endommagées
  • La perte de bétail dépassait les 54 000 têtes
  • Plus de 742 000 personnes vivaient dans plus de 4 000 camps d’urgence
  • Plus de 240 000 hectares de terres cultivées étaient affectés

Il ne reste presque rien de ma maison – ni nourriture ni matériel de cuisine. Tout a été emporté par l’inondation.

Parboti Chawra (à droite), village de Thepelaguri, Assam

Ces rapports ont été confirmés par les observations de terrain des équipes de Caritas Inde, qui sont très préoccupées par la sécurité alimentaire, car plus de la moitié des ménages, dans une région déjà appauvrie par les effets de la pandémie de COVID-19, ont perdu entre 30 et 70 % de leurs ressources alimentaires à cause des inondations.

De l’aide, là où on en a le plus besoin

En répondant à cette urgence, Caritas Canada visera les populations les moins bien desservies, identifiées en consultation avec les agences gouvernementales, d’autres organisations non gouvernementales, les diocèses locaux, ainsi que des partenaires des communautés de base.

Forte de son expérience et de ses solides réseaux locaux, Caritas Inde est en mesure d’atteindre les zones éloignées de cinq des districts les plus affectés, là où la sécurité alimentaire était déjà problématique. Priorité sera accordée aux ménages composés de femmes seules ou de veuves, ainsi qu’aux ménages comportant de jeunes enfants ou des personnes handicapées. On portera attention aux familles tribales et à faibles revenus, ainsi qu’à d’autres groupes traditionnellement marginalisés.

J’ai été réveillé par l’inondation vers 3 heures du matin, un dimanche. Avant que j’aie le temps de sortir de la maison, j’avais de l’eau jusqu’à la poitrine. J’ai attendu, en essayant désespérément de trouver la route. Quand l’armée est arrivée avec un bateau, j’ai enfin pu retrouver la terre ferme. Ma famille s’en est tirée, mais nous avons dû tout laisser derrière nous. Ici, dans le camp 2, nous ne sommes pas assez protégés de la pluie. Parfois, nous ne trouvons même pas de nourriture.

Shefali Das, village de Jathera, Assam

Une approche à plusieurs volets

Avec l’appui de Développement et Paix, Caritas Inde pourra rejoindre 40 000 personnes au sein de 8000 ménages au cours de l’année qui vient. Les femmes et les filles constitueront plus de la moitié des bénéficiaires. La réponse à court et à moyen terme comprendra :

  • Des transferts en argent auprès de 800 ménages les plus pauvres afin de les aider à répondre à leurs besoins nutritionnels de base
  • Un soutien financier auprès de 400 familles pour les aider à réparer leurs maisons
  • Des sessions d’information sur les mesures d’hygiène, d’assainissement, de santé et de sécurité auprès de 40 000 personnes
  • La distribution de 2 000 trousses d’hygiène auprès de 10 000 personnes
  • La réparation de 225 toilettes pour les besoins sanitaires de 1 125 personnes
  • La réparation et l’entretien de 175 pompes manuelles pour restaurer l’accès à l’eau auprès de 5 000 personnes
  • Le soutien aux moyens de subsistance pour 1 200 familles d’agriculteurs, par la fourniture de semences, d’équipements et de formation, ainsi que de l’aide pour la reprise des réseaux de commercialisation.

Sous la supervision de Caritas Canada, ces activités seront coordonnées par des comités villageois dont au moins 30 % des membres seront des femmes.

Comment vous pouvez aider

Nous vous invitons à faire un don pour soutenir les efforts de nos partenaires qui contribuent à sauver des vies et à restaurer la dignité de nos sœurs et frères les plus vulnérables, en Inde et ailleurs dans le monde.

Au fil des années, la solidarité et la générosité de personnes comme vous ont permis à Développement et Paix de répondre à de nombreuses urgences. En Inde, nous avons répondu à la crise de la COVID-19, aux inondations de 2017, 2009, 2008 et 2001, au tsunami du 26 décembre 2004, à la violence ethnique en 2003, et aux tremblements de terre en 2005 et 2001.

Développement et Paix rend hommage à un collègue partenaire tué au Mali

Le personnel et les membres de Développement et Paix – Caritas Canada sont profondément attristés par le décès de M. Koman Barry. Notre cher ami et partenaire dirigeait le bureau régional de Kayes de l’Association malienne pour la sécurité et la souveraineté alimentaires (AMASSA).

M. Barry a perdu la vie lors d’une attaque armée le 1er juin 2022, alors qu’il revenait d’une mission à Yélimané, dans le sud-ouest du Mali.

L’AMASSA est le membre malien du réseau Afrique Verte International et l’une des organisations partenaires impliquées dans notre projet SANC2S récemment annoncé, qui vise la sécurité alimentaire au Sahel. Depuis 1994, l’AMASSA travaille au renforcement des capacités de production et de commercialisation des coopératives d’agriculture et des unités de transformation alimentaire locales.

La chargée de programmes Ann Dominique Morin, qui a travaillé avec M. Barry sur le projet SANC2S, a déclaré : « M. Barry constituait un pilier de notre organisation partenaire au Mali et du réseau Afrique Verte. Il œuvrait avec cœur et ardeur auprès des communautés de Kayes depuis plusieurs années et son engagement était source d’inspiration. Nous pouvons imaginer le sentiment de douleur qui habite ses proches et ses collègues depuis l’annonce de son décès. »

Carl Hétu, directeur général de Développement et Paix, a déclaré : « Nous sommes totalement choqués et extrêmement attristés par la mort de M. Barry dans des circonstances aussi brutales. Il était bien connu de nous et respecté partout au Mali comme un homme de conviction et de compassion. C’est une perte majeure pour tous ceux qui ont travaillé avec lui. Au nom de Développement et Paix, je présente nos plus sincères condoléances à la famille et aux collègues de M. Barry. »

Développement et Paix-Caritas Canada reconnait l’engagement, le travail et le courage des membres du personnel des organisations partenaires locales qui prennent des risques dans l’accomplissement de leur mission. Aujourd’hui, nous rendons hommage à notre collègue qui a péri aux mains de criminels alors qu’il travaillait à l’amélioration des conditions de vie et de la dignité des personnes les plus vulnérables. En communion avec nous, nous vous invitons à porter M. Barry et ses collègues dans vos pensées et prières.

Un appel du Pérou à l’industrie minière canadienne

La Comisión Episcopal de Acción Social (Commission épiscopale pour l’action sociale, CEAS) a écrit une lettre ouverte aux délégués du congrès annuel 2022 de l’Association canadienne des prospecteurs et entrepreneurs (ACPE), qui se tiendra à Toronto du 13 au 16 juin.

La CEAS, partenaire de longue date de Développement et Paix – Caritas Canada, est l’organisation officielle de la Conférence épiscopale péruvienne qui œuvre pour la défense et la promotion des droits de la personne à la lumière de l’Évangile et de la doctrine sociale de l’Église catholique.

Dans la lettre ouverte, Mgr Jorge Izaguirre Rafael, président de la CEAS, note que le secteur minier péruvien, dans lequel les entreprises canadiennes jouent un rôle majeur, « n’a pas entraîné, comme on le promettait, une amélioration de la qualité de vie pour la plupart des communautés des zones minières. » Il demande également à l’ACPE d’appuyer le projet de loi C-262, « qui devrait exiger des compagnies qu’elles exercent une diligence raisonnable en matière de droits humains et d’environnement avant d’entreprendre des opérations dans un autre pays. »

Assemblée d’orientation : découvrez notre conférencier principal

L’un des évènements marquants de notre Assemblée d’orientation, qui se tiendra du 16 au 19 juin 2022 à Halifax, en Nouvelle-Écosse, sera l’allocution de Son Éminence le Cardinal Michael Czerny, S.J., préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral.

Le cardinal Czerny a connu une carrière remarquable en tant que bâtisseur d’institutions, éducateur, artisan de la paix et défenseur des pauvres et des démunis.

Né en Tchécoslovaquie (aujourd’hui la République tchèque), il est arrivé au Canada avec sa famille à l’âge de deux ans. Il a fréquenté l’École secondaire Loyola à Montréal, au Québec, a été ordonné prêtre en 1973, et a obtenu un doctorat en sciences humaines et sociales et en théologie de l’Université de Chicago en 1978.

En 1979, il a fondé le centre qui s’appelle aujourd’hui le Forum jésuite pour la foi et la justice sociale (Jesuit Forum for Social Faith and Justice) à Toronto, en Ontario, qu’il a dirigé jusqu’en 1989. En 1990 et 1991, il a été directeur de l’Institut pour les droits de la personne de l’Université de l’Amérique centrale à San Salvador, au Salvador. Il a agi comme médiateur lors des négociations menées par les Nations unies qui ont permis de mettre fin aux 12 années de guerre civile dans ce pays.

Pendant une décennie, jusqu’en 2002, le cardinal Czerny a été le secrétaire du Secrétariat pour la justice sociale des Jésuites à Rome. En 1995, il a fait partie d’une commission d’enquête des Nations unies envoyée en Haïti à la suite d’un coup d’État.

De 2002 à 2010, le cardinal a travaillé en Afrique, où il a fondé et dirigé le Réseau jésuite africain contre le SIDA (African Jesuit AIDS Network – AJAN), un collectif de jésuites répondant à l’épidémie de VIH ; il a enseigné à l’Université catholique de l’Afrique de l’Est à Nairobi, au Kenya ; et il a collaboré avec la Conférence des évêques du Kenya.

En 2009, le pape Benoît XVI l’a affecté comme expert à la deuxième Assemblée spéciale pour l’Afrique du synode des évêques. L’année suivante, il était rappelé à Rome en tant que consultant au Conseil pontifical « Justice et Paix ».

En 2017, le pape François l’a nommé sous-secrétaire, responsable pour les personnes migrantes et réfugiées, au Dicastère pour le service du développement humain intégral. Il a participé au Synode sur la jeunesse, la foi et le discernement vocationnel en 2018 et a servi aussi en tant que secrétaire spécial lors du Synode des évêques pour la région pan-amazonienne en 2019.

Le pape François l’a créé cardinal en 2019 et nommé préfet du Dicastère pour le service du développement humain intégral en avril 2022.

Nous sommes très heureux de le compter parmi nous lors de ce grand moment de la vie de Développement et Paix – Caritas Canada.

En deuil d’une tragédie à Marioupol

Une attaque d’un char russe contre ce centre Caritas à Marioupol, en Ukraine, a coûté la vie à sept personnes. (Caritas Marioupol)

Alors que Marioupol, en Ukraine, commence à peine à devenir accessible, une nouvelle déroutante est tombée hier au sujet d’une attaque dévastatrice dans la ville le 15 mars 2022 contre le centre Caritas. Sept personnes, dont deux membres du personnel, auraient perdu la vie, et le bâtiment aurait subi des dommages importants.

En condamnant fermement cette dernière atrocité, Carl Hétu, directeur général de Développement et Paix – Caritas Canada, déclare : « Nous sommes unis dans la douleur avec toute la famille Caritas. Notre chagrin et notre indignation ne font que renforcer notre conviction en faveur de la paix et redoubler notre solidarité avec le peuple ukrainien. »

Développement et Paix se joint au Cardinal Luis Antonio Gokim Tagle, président de Caritas Internationalis, dans son appel à la communauté internationale pour « mettre fin à cette violence », exprimé dans l’entretien suivant avec Alessandro Gisotti de Vatican News :


« Cette nouvelle dramatique laisse la famille Caritas horrifiée et choquée. Nous nous associons à la douleur et à la solidarité avec la souffrance des familles et de nos collègues de Caritas Ukraine qui vivent cette tragédie ». C’est par ces mots que le Secrétaire général de Caritas Internationalis, Aloysius John, a exprimé ses condoléances pour la mort de deux travailleurs de Caritas Ukraine à Marioupol. Selon les sources locales de Caritas, le 15 mars dernier, un char russe a tiré des coups de feu sur le centre Caritas de Marioupol, tuant deux employés et cinq membres de leurs familles qui s’étaient réfugiés dans le bâtiment. La nouvelle a été communiqué lundi 11 avril. « Nous avons besoin de votre solidarité et de vos prières pour les familles des victimes », a déclaré quant à elle la présidente de Caritas Ukraine, Tetiana Stawnychy. Le cardinal Luis Antonio Tagle, président de Caritas Internationalis, souligne au micro de Radio Vatican la valeur du témoignage de ceux qui aident le peuple ukrainien au péril de leur vie.

Le centre Caritas de Marioupol a été détruit. Au moins sept personnes sont mortes, dont deux femmes membres du personnel. Quels sont vos sentiments à l’égard de cette tragique nouvelle ?

Je ressens une profonde tristesse et un choc à l’annonce de l’attaque qui a entraîné la perte de vies humaines. Caritas Internationalis exprime sa plus profonde sympathie et sa proximité aux familles de ceux qui ont perdu la vie et de ceux qui ont été blessés. Notre tristesse se transforme en un appel à la communauté internationale pour qu’elle mette tout en œuvre afin de mettre fin à cette violence, de renouer le dialogue et de reconnaître chaque personne comme un frère et une sœur.

Qu’avez-vous envie de dire aux femmes et aux hommes qui, chaque jour, au risque de leur vie, font de leur mieux pour aider le peuple ukrainien ?

Aux femmes et aux hommes qui risquent leur vie, nous adressons un mot de sincère gratitude. Vous faites une action sainte, une œuvre sainte ! Pour chaque bonne action accomplie de manière désintéressée, vous semez des graines de vérité, de justice, d’amour et de paix qui changeront le monde. Dieu veillera à ce que vos efforts ne soient pas vains. Vos efforts porteront leurs fruits.

Que pouvons-nous faire pour honorer le sacrifice de ces travailleurs humanitaires de Caritas et de toutes les victimes de cette terrible guerre ?

Nous honorons le sacrifice des travailleurs humanitaires en priant pour eux et pour leurs familles. Nous croyons que Dieu entend le cri des pauvres et des justes. Nous leur rendons hommage en affirmant la valeur du service rendu par les organisations humanitaires, qui doit être respecté. Nous les honorons en priant Dieu et en appelant les personnes de bonne volonté à penser et à travailler pour la paix.

Un au revoir n’est jamais un adieu…

Par Serge Langlois, Directeur général

Au fil des dernières années, les défis ont été nombreux, notamment en gouvernance, en relations interorganisationnelles, en financement, en relations syndicales et en positionnement national et international, pour n’en citer que quelques-uns tant ils étaient nombreux. Lors de mon arrivée en poste le 1er février 2017, l’organigramme ne mentionnait pas les nombreux postes vacants à combler et une équipe de direction à reconstituer. De plus, la Conférence des évêques catholiques du Canada m’avait alors ouvertement informé de leur insatisfaction quant aux relations avec notre organisation. Ils estimaient que nous ne communiquions pas adéquatement avec eux et, de ce fait, ils avaient le sentiment d’être mis à l’écart de manière délibérée et intentionnelle.

Et que dire de la santé financière de l’organisation qui périclitait en raison d’un déficit structurel qui, année après année, nous menait vers un destin funeste si on n’arrivait pas rapidement à y trouver une solution.

J’arrivais avec un bagage professionnel où j’avais eu la chance d’œuvrer pendant plusieurs années à titre de vice-président de la Fédération internationale du diabète et de président de sa région Amérique du Nord et Caraïbes, ainsi que de travailler en collaboration avec les Nations Unies et l’OMS (Organisation mondiale de la santé), entre autres. J’avais donc vécu et été impliqué dans le secours de nombreux désastres à chaque année et connaissais avec une vive appréciation l’excédent de travail et leur impact important au sein des communautés soutenues par les partenaires de Développement et Paix ― Caritas Canada.

Le chemin parcouru au fil des cinq dernières années a été semé de nombreuses embûches, mais toujours et contre vents et marées, il importait de rester debout et de défendre nos valeurs et nos convictions. Il fallait laisser l’ego de côté et s’investir dans la recherche de solutions tant pour Développement et Paix que pour ses partenaires. Je suis aujourd’hui fier du travail accompli dont les réalisations des dernières années témoignent des nombreuses retombées positives qui constituent maintenant la réalité de notre organisation.

Nous bénéficions aujourd’hui d’une équipe de direction d’un haut niveau d’expertise et d’une grande cohésion et fraternité professionnelles et personnelles. Le climat au sein des ressources humaines est sain et positif et les relations syndicales sont bonnes et empreintes de transparence. Nous avons d’ailleurs convenu d’une nouvelle convention collective dans l’harmonie et le respect mutuel et je tiens à en exprimer ma vive reconnaissance. Les relations avec les évêques sont désormais constantes et le sentiment de confiance s’est rétabli.

Nos sources d’auto-financement et de philanthropie sont à la hausse et le Fonds de solidarité atteint maintenant près de 10 millions de dollars et générera, à chaque année, des revenus considérables pour soutenir nos activités. Notre positionnement au sein de Caritas Internationalis est assuré, notamment avec notre participation au RepCo (Conseil représentatif) et à des comités internes. Et le déficit structurel récurrent sera désormais un souvenir du passé, car nous avons traversé avec succès une année de transition et entrepris une étape de consolidation qui permettra une sécurité financière future sans déficit pour le financement de nos projets et programmes avec nos partenaires internationaux.

C’est donc avec fierté de ce bilan que j’ai confirmé au Conseil national mon intention de ne pas solliciter un nouveau mandat de cinq ans au poste de Directeur général de Développement et Paix.

Comme vous le savez, je me suis investi sans compter les heures ni les efforts consentis, car les valeurs et la mission de Développement et Paix me tiennent à cœur et font partie de mes convictions profondes pour un monde plus équitable qui sait entendre et répondre de manière tangible au cri des pauvres.

Je souhaite le meilleur futur pour Développement et Paix ― Caritas Canada et je remercie les membres du Conseil national, ainsi que toute l’équipe de direction de leur soutien et leur implication au fil de ces cinq années. Je salue aussi et remercie tous les membres de la grande famille de Développement et Paix qui, au quotidien, permettent de réaliser notre vision et notre mission malgré les embûches et les contrariétés qui viennent joncher le chemin. À toutes et à tous, j’offre mes hommages les plus sincères et vous dit au revoir, mais non adieu…

Serge Langlois
Directeur général
Développement et Paix ― Caritas Canada
(2017-2022)

Un Avent de résilience : l’histoire des maisons fortes

Par Minaz Kerawala, Conseiller en communications et relations publiques

La maison dans laquelle Laroche Carole vit avec ses trois enfants a survécu à un important tremblement de terre en Haïti il y a quelques mois.

Quiconque vient à moi, écoute mes paroles et les met en pratique, je vais vous montrer à qui il ressemble. Il ressemble à celui qui construit une maison. Il a creusé très profond et il a posé les fondations sur le roc. Quand est venue l’inondation, le torrent s’est précipité sur cette maison, mais il n’a pas pu l’ébranler parce qu’elle était bien construite.

Luc 6,47-48

« Elles se tiennent encore bien droites, alors que la destruction s’étend pourtant à perte de vue », écrit Vincent Larouche dans La Presse du 19 août 2021.

Le journaliste faisait référence à un groupe de maisons exceptionnelles qui ont résisté au séisme de magnitude 7,2 qui avait frappé Haïti cinq jours auparavant. Les maisons que M. Larouche a trouvées debout devaient une partie de leur robustesse à la solidarité de milliers de sympathisantes et de sympathisants de Développement et Paix ― Caritas Canada.

La solidarité après la tempête

Quelques jours après que l’ouragan dévastateur de catégorie 5 Matthew a frappé Haïti en octobre 2016, Développement et Paix a lancé un appel aux dons, auquel les Canadiennes et les Canadiens ont répondu avec la générosité qui les caractérise. Cela a permis à nos partenaires de répondre aux besoins immédiats de la population touchée en matière d’abris, de fournitures d’hygiène et de nourriture, et d’aider les femmes à assurer la sécurité alimentaire de leurs communautés à moyen terme.

Développement et Paix avait décidé de soutenir les partenaires qui pouvaient aider les groupes les plus vulnérables dans les régions les plus reculées du pays, où la plupart des organismes n’avaient pas les liens et les capacités nécessaires pour intervenir et que les secours rejoignaient généralement en dernier.

Cette décision a été déterminante dans le mode de construction des maisons qui ont survécu au tremblement de terre du 14 août 2021.

Pour le peuple, avec le peuple, par le peuple

Notre partenaire, l’Institut de technologie et d’animation (ITECA), a dirigé le programme de reconstruction consécutif au passage de l’ouragan dans la commune rurale haïtienne de Cavaillon, où des centaines de maisons ont été endommagées sans espoir de réparation. Compte tenu du budget limité, il a été initialement décidé de reconstruire 100 maisons.

Avant de commencer les travaux, l’ITECA a mené des consultations d’envergure auprès de la communauté locale pour bien comprendre ses besoins et ses aspirations. Le directeur de l’ITECA, Chenet Jean-Baptiste, ne voulait pas non plus encourager « la passivité des populations face aux distributions et aux opérations d’aide ».

La communauté voulait que les nouvelles maisons soient résistantes aux séismes et aux ouragans. Pour préserver le sentiment d’autonomie des habitants, il a été décidé de rendre le processus de construction aussi participatif que possible. Ces deux impératifs ont posé plusieurs défis.

Compte tenu des coûts supplémentaires qu’entraînerait une construction de meilleure qualité et plus participative, il a finalement été décidé de limiter le projet à la construction de 25 nouvelles maisons. Les familles ont été invitées à effectuer elles-mêmes les travaux d’excavation et à fournir des matériaux de construction représentant environ un tiers des 9 000 $ que coûterait chaque nouvelle maison.

Même cette contribution relativement modeste s’est avérée très lourde. Malgré le temps requis pour ce faire, les familles ont rempli les conditions avec joie et fierté. Pourtant, les maisons n’ont été construites que plusieurs mois plus tard, après que de nombreux obstacles logistiques liés à l’éloignement de la région ont finalement été surmontés.

Noé Lacombe, le chef d’une coalition de la société civile locale qui a collaboré avec l’ITECA sur le projet, a déclaré : « Aujourd’hui, les gens sont fiers de leurs maisons et des sacrifices qu’ils ont faits pour les construire. C’est une démarche qui respectait leur dignité ».

Une approche éprouvée

Après avoir emménagé dans l’une des nouvelles maisons, qu’elle avait travaillé fort pour aider à construire, Laroche Carole, mère de trois enfants, a déclaré : « J’aime tout dans ma nouvelle maison. Je n’avais plus rien, mais aujourd’hui j’ai un toit où faire vivre ma famille ». Ses sentiments ont été partagés par Jean-Claude Exil, qui a décrit sa nouvelle maison comme « une richesse », appréciant particulièrement son réservoir d’eau, un équipement précieux dans une région où l’eau potable peut être difficile à trouver.

Construites à la sueur de leur front et selon leurs spécifications, les maisons ont toujours été chères à la population. Cependant, leur valeur aux yeux de la population s’est considérablement accrue après le tremblement de terre du 14 août 2021. En plus de faire plus de 2 200 victimes, le séisme a détruit ou endommagé plus de 137 000 maisons1. Mais à l’exception de dommages mineurs, principalement subis par des extensions ajoutées par les propriétaires, ces 25 maisons ont tenu bon.

Ce n’était pas non plus la première fois que des maisons construites avec l’aide de Développement et Paix survivaient à une catastrophe. Même les rafales de l’ouragan Matthew n’ont pas pu détruire les maisons que l’ITECA avait construites après le tremblement de terre de 2010 en Haïti.

Ces maisons robustes sont la preuve concrète de la valeur et de la validité de l’approche à long terme de Développement et Paix, axée sur les personnes. Seul un travail soutenu, patient et clairvoyant peut rendre les communautés ainsi résilientes aux catastrophes naturelles, aux conflits et aux changements climatiques. Et un tel travail n’est pas possible sans votre soutien.


À lire aussi :

  1. Rapporté par la Direction générale de la protection civile d’Haïti.

Un Avent de liberté : l’histoire de Víctor

Par Minaz Kerawala, Conseiller en communications et relations publiques

Comme de nombreux défenseurs des droits humains au Honduras, Víctor Vásquez a été faussement criminalisé et emprisonné sur la base d’accusations douteuses.

Alors vous connaîtrez la vérité, et la vérité vous rendra libres.

Jean 8,32

Aux yeux de certains au Honduras, Víctor Vásquez est un fauteur de troubles habituel. Il se met en travers des plans des puissants hommes d’affaires. Il pense que les pauvres ont des droits. Il fait la lumière sur ce que beaucoup préféreraient garder dans l’ombre. Et il ne se tait jamais. Pas même quand on lui tire dessus !

Pour son peuple indigène Lenca, Víctor est une personnification de la quête de justice.

Un défenseur irrépressible des droits

Víctor est membre du Consejo Indígena de Simpinula (Conseil indigène de Simpinula) et leader du Movimiento Indígena Independiente Lenca de La Paz (Mouvement indigène lenca de La Paz, Honduras – MILPAH) au Honduras. À ce titre, il défend les droits de son peuple sur ses terres ancestrales et l’aide à résister à leur privatisation illégale.

Pour cette audace, Víctor et de nombreux autres défenseurs des droits autochtones et humains comme lui sont menacés et persécutés depuis des années. Víctor a même reçu une balle dans le genou lorsque l’armée a violemment dispersé une manifestation de paysans en janvier 2017.

Sans surprise pour ceux qui le connaissent, Víctor est resté déterminé. Ses récents malheurs ont été documentés par Mary Lawlor, la rapporteuse spéciale des Nations Unies sur la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains (voir le rapport original en espagnol).

Une incarcération injuste

En 2018, les paysans pauvres de Nueva Esperanza ont poussé un soupir de soulagement lorsque l’État a reconnu leur titre foncier sur le petit terrain qui leur permettait de gagner à peine de quoi vivre. Mais leur joie fut éphémère.

De puissants hommes d’affaires locaux qui avaient des visées sur leurs terres ont commencé à envoyer des voyous armés pour menacer les 32 familles de paysans, pour occuper et bloquer l’accès à leurs terres et pour détruire leurs cultures et leur bétail. Les plaintes officielles répétées étant restées lettre morte, la communauté a demandé l’aide du groupe de Víctor, qui a porté l’affaire devant les autorités locales.

Piqués au vif par cette intervention, les entrepreneurs ont allégué que le 20 juillet 2020, Víctor et son collègue, José Santos Vigil Girón, ont pénétré illégalement dans leur propriété et l’ont endommagé. Víctor et José, qui affirment qu’ils n’étaient même pas présents dans les environs à cette date, ont été arrêtés sur la base de fausses accusations de dommages criminels et de vol aggravé en décembre 2020 et placés en « détention préventive ».

Une longue lutte

Les accusations de vol et de dommages ont été rejetées pour manque de preuves, mais paradoxalement, une accusation de déplacement forcé, dont la communauté était en fait la victime, a été portée contre Víctor et José !

Heureusement, leur cas a été pris en charge par le partenaire de Développement et Paix ― Caritas Canada, le Centro Hondureño de Promocion Para el Desarrollo (le Centre hondurien de promotion du développement communautaire, CEHPRODEC).

Depuis plus d’une décennie, la générosité et la solidarité des Canadiennes et des Canadiens permettent à Développement et Paix d’aider le CEHPRODEC à former, à soutenir et à sauvegarder les droits humains, sociaux, culturels, économiques et environnementaux de nombreuses communautés vulnérables du Honduras.

L’équipe juridique du CEHPRODEC a représenté Víctor et José tout au long de la tortueuse procédure judiciaire. Alors que les audiences se succédaient en leur défaveur, Víctor et José ont langui en prison. Pendant ce temps, le CEHPRODEC a également aidé à organiser des manifestations devant les salles d’audience, attirant l’attention locale et internationale sur cette affaire.

Les Canadiennes et les Canadiens ont eux aussi découvert cette histoire lorsqu’elle a été mise en lumière dans le cadre de notre actuelle campagne Les gens et la planète avant tout.

Enfin la liberté

Finalement, après des mois de batailles juridiques inégales contre un système judiciaire qui semblait s’acharner contre eux, le CEHPRODEC a obtenu la libération de Víctor et José le 15 octobre 2021.

Lors de ses premiers moments de liberté, entouré de supporters en liesse, Víctor a déclaré : « Je remercie Dieu en premier lieu. Je remercie également l’équipe juridique qui a pris en charge ma défense… »

Plaçant la préoccupation de son organisation pour Víctor et José dans son contexte plus large, le directeur exécutif du CEHPRODEC, Donald Hernandez Palma, a déclaré : « CEHPRODEC soutient depuis longtemps la cause de la défense des droits des peuples autochtones dans la région de La Paz … où nous avons d’abord accompagné les leaders… pour qu’ils reprennent possession des titres que l’État hondurien leur avait déjà accordés. »

Víctor a ajouté avec gratitude : « Dans ce centre pénitentiaire, je ne me suis pas senti seul, je me suis senti fort grâce à la chaleur et au soutien apportés par tous mes frères et mes sœurs aux niveaux national et international. »

Víctor Vásquez et José Santos Vigil Girón ont été libérés de prison le 15 octobre 2021.

Plus de luttes, et un peu d’espoir

Bien que Víctor et José soient libres, les chefs d’accusation sont toujours retenus contre eux. Le CEHPRODEC continuera à les défendre, ainsi que plusieurs autres défenseurs des droits humains confrontés à des intimidations similaires par le biais de l’abus de la loi.

Il y a cependant un certain espoir que le vent tourne au Honduras.

Lors des élections de novembre 2021, Xiomara Castro, du parti de gauche, le Libre, a été élue présidente sur un programme progressiste. Son parti, qui bénéficie d’un fort soutien parmi les Lenca, a promis de lutter contre la corruption et de soutenir des programmes sociaux en faveur des pauvres.

Tout en faisant preuve d’un optimisme prudent, le CEHPRODEC, comme d’autres groupes de la société civile, reste vigilant.

Pour continuer à aider les personnes les plus vulnérables à défendre leurs droits précaires, nos partenaires au Honduras et partout dans le monde ont besoin de votre soutien.


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