Aux Philippines : le consentement préalable, est-ce trop demander ?

6 novembre 2013
par 
Kelly Di Domenico, agente de communications
Un dirigeant subanen

Dans le village de Bayog, plus de trente personnes sont réunies dans une petite maison en bois entourée de montagnes et de rizières. À l’intérieur, un débat animé fait rage.

« Lorsque les agents de la compagnie minière ont installé des bornes pour délimiter le terrain de la mine, ils ont inclus une partie des terres que nous possédons. Nous ne voulons pas que nos terres appartiennent à la mine », déclare une de ces personnes.

« C’est le fleuve Dipori qui coule en aval, alors s’il y a des dégâts à la mine, nos rizières en subiront sûrement les conséquences. L’érosion des sols qui se produira en amont aura également une incidence sur nos rizières », ajoute un participant, en indiquant sur une carte de la région l’endroit précis où la mine désire s’installer.

Le groupe comprend des chefs de village de la nation autochtone Subanen. Ils se sont réunis pour discuter de l’arrivée dans leur île d’une société minière canadienne. Il y a plusieurs années, la compagnie a obtenu une concession et elle vient tout juste de commencer à délimiter le terrain sur lequel elle prétend détenir des droits. Elle évalue actuellement la richesse et l’accessibilité des dépôts de minerais en vue d’ouvrir éventuellement une mine à ciel ouvert. Cela a entraîné l’éviction de quelques orpailleurs et, d’après les villageois, amené le déplacement de quelques familles.

Un dirigeant subanenLes chefs locaux ont beaucoup de questions. Que va-t-il arriver aux personnes qui vivent sur le terrain circonscrit ? Quelles sources d’eau seront touchées ? La collectivité pourra-t-elle négocier avec la société minière ? La mine va-t-elle créer des emplois ? Il n’est pas facile de répondre à ces questions, car la collectivité a l’impression que le gouvernement et la compagnie minière ont déjà tout négocié sans prendre en compte le questionnement des chefs locaux.

« Ils n’en sont qu’à l’étape de l’exploration, mais ils ont déjà mis en place leurs gardes de sécurité. Ils ont même leur certificat de conformité environnementale sans jamais avoir obtenu notre accord. Ils prétendent avoir suivi le principe du consentement, mais ce n’est pas le cas. Ils nous ont simplement informés de leur présence. Que nous le voulions ou non, ils sont là, mais ça n’est pas un consentement adéquat », explique Timuay Lucenio Manda, chef tribal et représentant élu de son village, qui préside la réunion. Il est un ardent défenseur des droits de son peuple et de leurs terres ancestrales ; des droits qui devraient être garantis, mais qui, dans les faits, le sont rarement.

« Ce que nous voulons, dit-il, c’est parler au propriétaire de la mine, parce que c’est lui qui prend les décisions. Si la compagnie veut obtenir notre consentement, ce ne sont pas des employés qui devraient venir nous parler. C’est sa compagnie et ce sont nos terres ancestrales. »

Lucenio sait très bien ce qu’il en coûte de s’opposer à de puissants intérêts comme ceux des compagnies minières. L’année dernière, il a perdu son fils de 11 ans dans une embuscade. Les coupables n’ont jamais été retrouvés, mais ce qui est clair, c’est que l’arrivée de la mine a entraîné la violence au sein de la collectivité en dressant les personnes qui en bénéficieront contre les autres qui n’en retireront rien. 

Le groupe se trouve maintenant dans une situation délicate : il lui faut décider quelle attitude  adopter vis-à-vis de la mine, en sachant que la violence et les conflits au sein de la collectivité risquent d’augmenter fortement. Mais ce sont leurs terres ancestrales, leurs traditions et l’avenir de leur peuple qui sont en jeu.

« Je ne veux pas que les peuples autochtones soient manipulés par d’autres, par des étrangers notamment, pour réaliser des profits. Je veux que nos gens puissent bénéficier de toutes les richesses que l’on trouve ici, à Bayog. Qu’ils puissent aussi y trouver leur compte. Je suis du côté des populations autochtones et avant que je ne puisse être en faveur de la mine, il faut d’abord que le processus établi soit respecté et que l’ensemble de l’opération serve vraiment les intérêts de la collectivité », conclut Ramon Limigui.

La population de Bayog ne fait que réclamer justice. Ils veulent qu’on leur demande la permission d’exploiter la terre sur laquelle ils vivent depuis des siècles et qui leur fournit leurs moyens de subsistance. Est-ce trop demander ?

Agissez maintenant ! Dites à votre député que le Canada a besoin d'un ombudsman pour une exploitation minière responsable.

Pour en savoir plus au sujet de la campagne Une voix pour la justice.