Campagne électorale 2015 : où se situent les partis politiques par rapport aux enjeux climatiques?

Dans Plaidoyer
13 octobre 2015
par 
Geneviève Talbot, Chargée de recherche et de plaidoyer et Judith Faucher, stagiaire

 

La lutte contre les changements climatiques figure au cœur des préoccupations de Développement et Paix, telles que mises de l’avant dans son Guide électoral 2015. D’ailleurs, plusieurs évènements en 2015 nous rappellent l’importance de cet enjeu. Tout d’abord, il y a eu la parution en juin dernier de l’encyclique du pape François, Laudato Si (Loué sois-tu), dans laquelle il joint sa voix à celles de scientifiques et d’écologistes et souligne la nécessité d’agir sans plus tarder sur les enjeux climatiques. Ainsi, le pape nous invite à tenir des dialogues honnêtes et ouverts avec une variété d’acteurs sur la manière de vivre ensemble de façon juste et durable dans notre maison commune. Ensuite, du 30 novembre au 11 décembre 2015 aura lieu à Paris, la 21e Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques (COP21). Durant cette conférence, les leaders du monde devront travailler ensemble dans une perspective universelle afin de signer un nouvel accord international contraignant. Selon Développement et Paix, cet accord doit limiter les émissions de gaz à effet de serre (GES) et fournir aux pays du Sud les ressources nécessaires pour faire face aux impacts des changements climatiques. Enfin, la campagne électorale actuelle offre une occasion unique pour répondre à l’appel du pape François et entamer le dialogue sur les changements climatiques. En effet, cette question doit occuper une place importante au sein de la campagne fédérale, car le choix des électrices et électeurs canadiens déterminera le rôle du Canada dans les négociations de la COP21, ainsi que ses efforts de réduction de GES. Pour vous aider à faire un choix éclairé le 19 octobre prochain, voici donc un aperçu des positions des cinq principaux partis politiques fédéraux sur les enjeux climatiques.

Le Parti conservateur du Canada


Le site de campagne du Parti conservateur du Canada (PCC) ne contient aucune proposition relative aux enjeux climatiques. Cependant, le PCC a annoncé que, s’il est élu, le Canada s’engagera lors de la COP21 à réduire ses émissions de GES de 30 % d’ici 2030, par rapport au niveau de 2005 (soit une réduction de 14 % par rapport au niveau de 1990). Pour parvenir à cet objectif, le PCC n’a pas l’intention d’établir un prix sur le carbone; il misera plutôt sur la réglementation sectorielle des industries émettrices (comme le transport et l’électricité produite à partir du charbon) dans l’optique de réduire les GES sans interférer avec l'économie. Rappelons qu’en 2011, le gouvernement conservateur a retiré le Canada du Protocole de Kyoto. De plus, le cadre stratégique énergétique à long terme du PCC soutient l’exploitation et l’exploration des énergies fossiles. Le PCC appuie d’ailleurs les projets d’oléoduc Enbridge et Énergie Est de TransCanada. Enfin, les engagements du PCC ne prévoient aucune aide financière aux pays du Sud pour favoriser leur adaptation aux changements climatiques; soulignons toutefois qu’en novembre 2014, le gouvernement canadien a versé 300 millions de dollars au Fonds vert pour le climat.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD)


En 2014, le Nouveau Parti démocratique (NPD) a présenté un projet de loi intitulé Loi sur la responsabilité en matière de changements climatiques. Plus récemment, le NPD a partagé son désir de rétablir la « crédibilité environnementale du Canada » sur la scène internationale. En ce sens, le chef du parti a affirmé vouloir se rendre à la COP21 en compagnie de porte-parole de l'opposition ainsi que de membres de la société civile. Le NPD a également annoncé des cibles de réduction de GES de 34 % sous le niveau de 1990 d’ici 2030, puis de 80 % en deçà du niveau de 1990 d’ici 2050. Pour parvenir à ces objectifs, le NPD désire instaurer un marché du carbone national qui prendra la forme d’un système de plafonnement et d’échange. Les revenus de ce marché seraient redistribués aux provinces pour leur permettre de mieux combattre les changements climatiques. Les provinces qui ont déjà un plan pour lutter contre les émissions de GES pourraient se retirer du plan national, à condition que leurs objectifs leur permettent d'atteindre ou de dépasser les cibles fixées par le NPD. Le parti s’est également prononcé pour l’élimination des subventions aux combustibles fossiles, en faveur des énergies renouvelables et s’est doté d’un plan pour investir dans le transport en commun et les transports électriques. En ce qui concerne le transport du pétrole, la position du parti est moins claire : le NPD appuierait l’implantation d’un pipeline traversant le Canada d’ouest en est, à condition qu’un processus d’évaluation environnementale rigoureux soit mis en place avant de donner le feu vert au projet. Finalement, le NPD s’est engagé à soutenir financièrement l’adaptation des pays du Sud aux changements climatiques, notamment en ce qui concerne le renforcement de leur sécurité énergétique, la mise en place de technologies vertes et la protection de leurs ressources naturelles et de leurs écosystèmes.

Le Parti libéral du Canada (PLC)


La lutte contre les changements climatiques et le développement d’emplois verts constituent les premiers objectifs du plan pour l’environnement du Parti libéral du Canada (PLC). Le PLC n’a annoncé aucune cible spécifique en vue de la COP21, mais il a indiqué vouloir travailler en partenariat avec les provinces et les territoires pour établir des cibles de réduction d’émissions nationales. En outre, le chef libéral compte inviter les premiers ministres des provinces à la COP21 et tenir une réunion avec ces derniers dans les trois mois suivant la conférence afin d’élaborer un cadre d’action pour lutter contre les changements climatiques. Le PLC établirait des normes et des principes auxquels les provinces devront se conformer, tout en s’assurant de leur fournir les outils et le financement nécessaires.  Par ailleurs, le PLC est favorable à une tarification du carbone au Canada et promet d’appuyer les provinces en ce sens. Le PLC propose la création de l’Obligation «verte» du Canada pour appuyer les projets d’énergie renouvelable ainsi que d’un nouveau Fonds pour une économie à faibles émissions de carbone. Le chef propose des investissements massifs dans le transport en commun, ainsi que du financement pour développer des technologies de pointe dans les secteurs de l'énergie propre, de l'efficacité énergétique et de l'eau propre. Le PLC prévoit également emboîter le pas aux provinces dans leurs efforts pour développer « une stratégie énergétique nationale » et souhaite supprimer progressivement les subventions accordées à la production de combustibles fossiles pour les orienter vers les nouvelles technologies propres. Cependant, la position du parti n’est pas claire quant au transport du pétrole. Le chef soutient que le pétrole doit être acheminé aux marchés, mais il déclare que les projets de pipeline doivent obtenir un grand degré d’acceptabilité sociale pour être acceptables. Il ne précise pas non plus si le projet Énergie Est sera soumis à une nouvelle méthode d’évaluation environnementale. Finalement, le PLC n’a pas encore divulgué ce qu’il compte faire pour financer l’adaptation des pays du Sud aux changements climatiques, mais il critique le gouvernement actuel pour son manque d’engagement sur la question.

Le Parti vert du Canada (PVC)


Le Parti vert du Canada (PVC) parle ouvertement des « limites à la croissance » établies par les capacités de la planète; ainsi, son programme de parti propose des façons de réduire notre dépendance au pétrole et de limiter les bouleversements climatiques. Le PVC compte réduire les émissions du Canada de 40 % sous le niveau de 2005 d’ici 2025, puis de 80 % par rapport au niveau de 1990 d’ici 2050, tout en poursuivant l’objectif d’éliminer les carburants fossiles au Canada d’ici 2050. Pour y parvenir, le PVC entend mettre en œuvre une stratégie sur le climat et l’énergie qui comprendra des partenariats avec les provinces sur la tarification du carbone, un plan canadien de rente et de dividende du carbone, et l’élimination rapide de la production d’électricité à partir du charbon pour assurer la transition vers une économie propre et décarbonisée. De plus, le PVC compte miser sur les énergies renouvelables, soumettre les bâtiments à des normes environnementales accrues, soutenir l’agriculture biologique et investir dans les transports collectifs. Le PVC souhaite également mettre fin aux subventions versées aux sociétés de pétrole, de charbon et de gaz produit par la houille. Le PVC s’oppose à tout nouveau moyen d’exportation du bitume brut, ce qui comprend le prolongement de l’oléoduc Kinder Morgan et le projet Énergie Est. Finalement, le PVC s’est engagé, s’il est élu, à verser 500 millions de dollars par année au Fonds vert pour le climat, afin d’aider les pays du Sud à s’adapter aux changements climatiques.

Le Bloc Québécois


Le Bloc Québécois n’aspire pas à former le gouvernement mais plutôt à défendre les intérêts du Québec à Ottawa. Pour cette raison, il ne présente des candidats qu’au Québec. Ainsi, même si le Bloc ne propose pas de cibles de réduction nationales en vue de la COP21, il a été l’un des plus ardents défenseurs du Protocole de Kyoto et compte exiger que le gouvernement fédéral se dote d’un plan concret de lutte contre les changements climatiques. En ce sens, le Bloc propose d’adopter une approche nationale territoriale plutôt que sectorielle, afin de tenir compte des efforts passés des provinces et d’éviter de pénaliser celles qui ont déjà fait des efforts de réduction, comme le Québec. Dans son programme de parti, le Bloc adhère aux principes du développement durable, favorise la transition vers une économie sans pétrole et appuie le transport en commun ainsi que l’électrification des transports. Le Bloc propose, entre autres, un crédit fédéral pouvant procurer jusqu’à 5000 dollars de rabais sur l’achat d’un véhicule électrique ou hybride. Le Bloc s’oppose fortement au projet de pipeline Énergie Est et compte proposer un projet de loi affirmant la primauté du Québec en matière d’environnement sur son territoire, ce qui accorderait à la province un droit de veto sur tout projet de transport de pétrole par oléoduc ou par train. Finalement, le Bloc appuie l’idée de financer l’adaptation des pays du Sud aux changements climatiques, sans toutefois préciser le montant qu’il juge approprié.

Conclusion
Avant de choisir pour quel parti voter, réfléchissez à la question suivante : « Quel candidat ou candidate de ma circonscription représente le parti qui fait preuve d’une ambition réelle, d’un engagement ferme et d’un plan solide pour mener une action climatique juste et efficace?» Tentez d’y répondre non seulement à titre individuel et citoyen, mais également en tant que membre d’une maison commune.

Références