Cerro de Pasco: une ville engloutie par une mine

15 octobre 2012
par 
Mary Durran, Chargée de programmes Amérique latine
Lac pollué par une mine à Cerro de Pasco, Pérou

Un écriteau à l’entrée de la ville de Cerro de Pasco indique : « Bienvenue à Cerro de Pasco, la ville la plus haute du monde ».

Cette ville de 299 000 habitants, située à 4 380 m d’altitude, est certainement la ville la plus haute du Pérou mais aussi l’une des plus austères et inhospitalières du monde. Il y règne un froid humide qui pénètre jusqu’aux os; il y tombe régulièrement une pluie glaciale et de la neige fondante, et une bonne partie de la population souffre de maladies respiratoires, comme la pneumonie.

Le froid y est tellement intense et glacial que ses habitants doivent enfiler des anoraks et des bonnets de laine à l’intérieur. Ceux qui n’ont jamais vécu à une telle altitude ont l’impression qu’un poing de fer entoure leur tête : ils ont fréquemment des maux de tête, se sentent essoufflés et ont des palpitations. Les visiteurs vont souvent à l’hôpital pour inhaler de l’oxygène.

La ville est une collection de petites maisons grises, perchées tout autour d’un trou béant et boueux dont les terrasses composent une mine à ciel ouvert en pleine expansion. La mine, qui a déjà causé la destruction de maisons coloniales et d’autres symboles de l’histoire de la ville, risque de tout engloutir sur son passage.

Volcan, la société péruvienne qui exploite la mine, poursuit ses opérations en toute impunité, car les fonctionnaires gouvernementaux prêts à entreprendre un voyage de sept heures pour se rendre dans cette région inhospitalière se font rares. Au fur et à mesure que la mine prend de l’expansion, les habitants de la ville quittent leur maison et vont en construire d’autres, qui poussent comme des champignons toujours plus loin sur les montagnes environnantes.

Près de 14% du territoire de la municipalité a déjà été octroyé à des entreprises d'exploitation minière sous forme de concessions. « Le gouvernement ne se préoccupe pas des habitants de Cerro de Pasco », dit Gladys Huaman, directrice de Labor, un partenaire de Développement et Paix qui travaille dans cette région. « Nous sommes une ville fantôme pour lui».

Elvira, une journaliste locale, se rappelle la maison familiale où elle habitait autrefois. Cette maison a été démolie pour faire place à la mine vorace. Elle se rappelle que les émissaires de l'entreprise d'exploitation minière ont cherché à convaincre son père de la vendre. Le maire de la ville l’encourageait à ne pas la vendre en lui disant que la ville installerait bientôt de meilleurs services, y compris l’eau courante. Quelques semaines plus tard, cependant, le maire a été assassiné et son corps a été retrouvé à proximité de la mine. Le père d’Elvira a alors compris qu’il était temps de déménager.

Aujourd’hui, la violence n'est plus nécessaire pour chasser la population au fur et à mesure que la mine continue de s’étendre. Celia, un travailleur de Labor, habitait tout près de la mine. Un jour, sa cuisine s’est effondrée. Un architecte lui a alors expliqué que cela s’était produit à cause de l’humidité excessive du sol à proximité de la mine. Elle a donc été obligée de déménager plus loin.

On a constaté que le niveau de pollution à Cerro de Pasco était très élevé. L’analyse d’échantillons de sol prélevés sur une terre agricole par l’archidiocèse de Huancayo a montré que le taux de plomb était de 4 556 parties par million (ppm), une concentration dépassant les normes canadiennes acceptables de 70 ppm. Le taux d’arsenic atteignait 314,7 ppm, alors que la norme acceptable est de 12 ppm, et le taux de cadmium était de 76,8 ppm, alors que la norme acceptable est de 1,4 ppm. Des tests effectués par Labor en collaboration avec l’archidiocèse de Huancayo ont révélé que 91% des enfants ont des métaux lourds dans le sang.

Malgré ces niveaux élevés de pollution, le gouvernement a trouvé un moyen de vendre de l’eau potable en provenance de Cerro de Pasco à Lima; une entreprise brésilienne a obtenu le contrat pour la construction des canalisations qui achemineront l’eau jusqu’à la capitale. L'absence d'un système adéquat d’approvisionnement en eau à Cerro de Pasco est un détail qui semble leur avoir complètement échappé.

Labor travaille pour convaincre le gouvernement de se doter d'un plan de relocalisation pour les habitants des 80 000 maisons de la ville. Malgré l’état d’urgence que le gouvernement a déclaré dans la région, peu d’efforts ont été déployés pour trouver une solution à cette crise environnementale, et rien n’a été fait pour arrêter l’expansion sauvage de la mine. Heureusement, Labor défend les droits de la population locale. L’organisation a réussi à obtenir la promulgation d'une ordonnance pour que soit dressé un registre des citoyens déplacés par les activités de la mine et ceux qui souffrent de problèmes de santé liés à la pollution. Selon Labor, ces ordonnances finiront par inciter le gouvernement à passer à l’action. Mais les choses avancent lentement et les habitants de Cerro de Pasco doivent continuer à faire preuve de persévérance.

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