Cinq façons de vivre Laudato Si’ pendant la pandémie

20 mai 2020
par 
Luke Stocking

Voici une liste, parce que les gens aiment bien les listes. Ce n’est pas une liste sur les façons de maintenir vos bonnes habitudes écologiques alors que la pandémie de COVID-19 les a rendu impossibles à suivre. Elle ne va pas vous indiquer comment combler votre « éco-déficit » maintenant que vous ne pouvez plus apporter vos propres contenants et sacs dans les magasins de vrac et que tout est emballé dans du plastique. Elle ne vous dira pas non plus combien « d’éco-crédits » vous avez gagnés depuis que vos vacances à l’étranger ont été annulées.

Comme le dit le pape François : « La culture écologique ne peut pas se réduire à une série de réponses urgentes et partielles … Chercher seulement un remède technique à chaque problème environnemental qui surgit, c’est isoler des choses qui sont entrelacées dans la réalité, et c’est se cacher les vraies et plus profondes questions du système mondial. » (LS, 111).

Alors que nous vivons derrière des portes closes, ma liste s’inspire d’une phrase de Laudato Si’ dont nous célébrons en ce mois de mai le cinquième anniversaire : « L’authentique humanité, qui invite à une nouvelle synthèse, semble habiter au milieu de la civilisation technologique presque de manière imperceptible, comme le brouillard qui filtre sous une porte close». (LS, 112).

1) Regarder ce brouillard qui filtre sous votre porte close.

Acceptez l’idée que lorsque vous ouvrez la porte du déconfinement, cette porte ne vous  ramènera pas « à la normale ».  Peut-être en aurez-vous de la peine, particulièrement si vous profitiez des grands privilèges que le monde industrialisé avait à offrir. La vérité c’est que Laudato Si’ appelle à la conversion écologique de ce « normal ». Nous ne retournerons pas à la normale … jamais! Nous ne le pouvons pas, si nous souhaitons un avenir durable pour notre planète. Imprégnez-vous de cela. Et lorsque vous aurez eu suffisamment peur, laissez-vous emballer par cette idée.

2) Accomplisser ce difficile travail qu’exigent des relations authentiques.

Laudato Si’ est, essentiellement, un appel à des relations exigeantes – avec Dieu, avec les uns et les autres, avec la Terre. Comme le dit le pape : « Aujourd’hui l’analyse des problèmes environnementaux est inséparable de l’analyse des contextes humains, familiaux, de travail, urbains, et de la relation de chaque personne avec elle-même qui génère une façon déterminée d’entrer en rapport avec les autres et avec l’environnement. » (LS, 141). Alors que la pandémie nous tient éloignés physiquement de la plupart des personnes, elle nous garde aussi plus proches physiquement de notre famille, par exemple. Comment répondons-nous aux défis de ces relations étroites? Sommes-nous prêts à gérer les conflits que cette proximité peut créer? Ou avons-nous recours à la maltraitance ou à la violence quand cela devient trop difficile? La pénible réalité du nombre de femmes et d’enfants à risques de violences domestiques nous révèle à quel point nous sommes loin de vivre Laudato Si’ comme une famille humaine.

3) Remercier Dieu à l’heure des repas.

C’est encore la façon la plus simple de nourrir la spiritualité de relations entrecroisées. Le Saint-Père nous le demande spécifiquement dans Laudato Si’ : « Je propose aux croyants de renouer avec cette belle habitude et de la vivre en profondeur. Ce moment de la bénédiction, bien qu’il soit très bref, nous rappelle notre dépendance de Dieu pour la vie, il fortifie notre sentiment de gratitude pour les dons de la création, reconnaît ceux qui par leur travail fournissent ces biens, et renforce la solidarité avec ceux qui sont le plus dans le besoin. » (LS, 227).

4) Soutenir les politiques qui proposent des changements structurels au système énergétique mondial.

Laudato Si’ demande que la technologie qui s’appuie sur les combustibles fossiles soit « remplacée, progressivement, et sans retard. » (LS, 165). Un rapport récent constate que les émissions de carbone connaîtront leur plus bas niveau depuis la Seconde Guerre mondiale à cause de la pandémie. Cela confirme ce que nous dit la science – le système économique qui est censé améliorer notre qualité de vie est aussi celui qui la met en danger. Mère Nature a mis ce système sur « pause ». De nombreuses entreprises profitent de cette occasion pour réfléchir à ce qui pourrait changer lorsque la machine sera relancée. Si les entreprises n’ont pas la sagesse ou la volonté de le faire, certains gouvernements choisissent d’intervenir en mettant des conditions aux plans de sauvetage des entreprises, pour un fonctionnement plus vert. La pandémie peut nous aider à lancer ce qu’on a appelé le Pacte vert. Vous pouvez soutenir ces politiques autant par vos choix de consommation que par votre vote aux élections.

5) Changer la façon de manger.

Au-delà de l’air que nous respirons, ce que nous mangeons et ce que nous buvons nous connectent aussi très intimement avec la Terre. Mère Nature a mis le système économique industriel sur « pause » et cela concerne aussi la place de la nourriture dans ce système. C’est un bon moment pour réfléchir à une façon de nous alimenter en dehors du système. Au Canada, de nombreux petits producteurs voient exploser l’intérêt pour leurs produits, précisément parce qu’ils sont en dehors du système. Dans les pays du Sud, l’érosion historique des systèmes de production locale entraîne une insécurité alimentaire massive suite au confinement imposé par la pandémie. Laudato Si’ dénonce les effets pervers du système agro-industriel. On le blâme entre autres parce qu’il « détruit le réseau complexe des écosystèmes, diminue la diversité productive, et compromet le présent ainsi que l’avenir des économies régionales. » (LS, 134). On ne peut pas changer notre façon de manger sans quelques sacrifices financiers. Certains d’entre nous peuvent faire ces sacrifices plus facilement que d’autres, mais nous pouvons tous et toutes faire quelque chose. Et si nous faisons tous quelque chose, nous pouvons faire bouger le système dans la bonne direction, en rendant disponible de la nourriture saine, culturellement appropriée, et produite localement, à un nombre de plus en plus grand de personnes. Faisons toutes et tous les changements que nous sommes capables de faire. Bien manger ne devrait pas être un privilège de riches.

Parce que cette pandémie est mondiale, il est important que notre liste prenne en compte le contexte du dialogue mondial — que Laudato Si’ rappelle avec emphase. Le pape François estime que ce dialogue nous permettra d’atteindre un vaste consensus qui pourrait mener « à programmer une agriculture durable et diversifiée, à développer des formes d’énergies renouvelables et peu polluantes, à promouvoir un meilleur rendement énergétique, une gestion plus adéquate des ressources forestières et marines, à assurer l’accès à l’eau potable pour tous. » (LS, 164). Des objectifs certainement très valables pour cette Semaine de Laudato Si’ !

 

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